Comprendre les réactions asymétriques des diverses aires civilisationnelles au cœur de l’antisémitisme contemporain
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La puissance de la déferlante antisémite depuis le 7 octobre 2023 en Occident est fortement corrélée au vieux fond antisémite inhérent à l’histoire de cette civilisation. Pour l mpontrer, Léon Ouaknine a comparé ce qui s’est passé depuis le 7 octobre dans les aires civilisationnelles d’Asie. À noter: ce texte fera partie du 5ème chapitre du livre sur la nouvelle donne de l’antisémitisme.
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Depuis le 7 octobre 2023, un tsunami antisémite qui se maintient sans aucunement s’épuiser agite massivement les pays historiquement façonnés par le christianisme (catholicisme, orthodoxie, protestantisme) principalement l’Europe, incluant la Russie, l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, l’Australie, mais épargne presque entièrement les aires civilisationnelles chinoise, indienne, japonaise et les pays du sud-est asiatique non musulmans, alors même que ces sociétés reçoivent les mêmes images de Gaza que l’Occident, par les mêmes canaux mondialisés.
Je précise d’emblée que je mets de coté les réactions du monde islamique (hors les 3 pays musulmans du sud-est asiatique), les 57 pays musulmans affichant depuis toujours ouvertement et sans complexe un antisémitisme théologique fondationnel, inscrit dans le coran, donc impossible à répudier.
Mon hypothèse : Ce tsunami, cette fièvre de cheval antisémite, n’est pas une réaction universelle et spontanée d’ordre moral aux événements du Proche-Orient : il résulte de l’activation d’un substrat civilisationnel spécifique. La présente fièvre antisémite suppose des conditions de possibilité — matrice théologique antijuive, « question juive » historique, démographie musulmane politisée, idéologies de la culpabilité occidentale, caisse de résonance numérique branchée sur ce qui précède. Là où ces conditions manquent, la fièvre ne prend pas.
1. Rappel des cinq facteurs clés, requis pour que la fièvre antisémite se déclenche et se maintienne
a. L’existence de fortes communautés musulmanes sous emprise dans toutes les grandes agglomérations de l’Occident (il suffit d’une minorité décidée et ou de réseaux très structurés comme les frères musulmans pour mobiliser idéologiquement une communauté.
b. Le « palestinisme » idée emblématique de la victime absolue (la Palestine comme cause universelle et totalisante) suppose une culture politique où le conflit israélo-palestinien fonctionne comme écran de projection moral.
c. L’Islamo-gauchisme, (la dernière trahison des clercs) suppose une gauche postcoloniale en quête d’un sujet révolutionnaire de substitution et une culpabilité coloniale à expier.
d. Les réseaux sociaux : Suprématie de la réaction pulsionnelle sur la réflexion. Énorme caisse de résonnance. ils supposent un substrat à amplifier et des communautés militantes préexistantes.
e. L’antijudaïsme, terreau inavouable mais inamovible de l’inconscient occidental. Dix-sept siècles de matrice chrétienne antijuive (déicide, peuple témoin), sécularisée en antisémitisme racial puis recyclée en antisionisme.
2. Les faits pour mesurer l’asymétrie
Données distinguant 3 registres clés : Les discours, les attitudes, les actes.
a. Occident : séries d’incidents (SPCJ/ministère de l’Intérieur pour la France, CST pour le Royaume-Uni, ADL Audit pour les États-Unis, RIAS pour l’Allemagne) ; attitudes (Radiographie Fondapol/AJC/IFOP 2024, ADL Global 100, AJC State of Antisemitism) ; mobilisations de rue et campus.
b. Asie : quasi-absence d’incidents recensés, de mobilisations de rue et de politisation du sujet. Certains pays asiatiques affichent des scores élevés d’adhésion aux stéréotypes sans aucun passage à l’acte ni saillance politique — d’où une distinction analytique importante entre stéréotype latent et antisémitisme militant. Par exemple, la poussée de contenus antisémites sur les réseaux chinois (Weibo) après le 7 octobre — antisémitisme discursif d’opportunité, toléré tant qu’il sert la critique de l’Occident, sans traduction sociale ni violence. À distinguer du phénomène occidental.
3. Modélisation contre-factuelle pour l’Asie :
a. Pas de matrice théologique antijuive
Confucianisme, bouddhisme, shintoïsme, hindouisme n’ont ni déicide, ni peuple maudit, ni théologie de la substitution : le Juif n’y est nulle part. L’antijudaïsme théologique, condition première du substrat occidental, y est structurellement absent. Le christianisme y est minoritaire et tardif ; l’islam n’y est structurant qu’en Inde, mais dans un contexte hostile.
b. Pas de « question juive » historique
Présences juives infimes et jamais constituées en altérité problématique : Kaifeng (assimilée), communautés de Cochin et Bene Israel en Inde (deux mille ans sans persécution — cas presque unique de la diaspora), Bagdadis de Bombay et Shanghai, Kobe. Les épisodes marquants sont plutôt des épisodes d’accueil : Shanghai refuge des Juifs d’Europe (1938-1941), visas de Sugihara, « plan Fugu » japonais. Sans présence juive significative, pas de sédimentation d’imaginaire hostile transmis par la culture populaire, la langue, ou le folklore.
c. Démographie musulmane faible ou politiquement contenue
Japon, Corée, Thaïlande, Vietnam, Philippines : populations musulmanes négligeables ou périphériques. Chine : islam présent (Hui, Ouïghours) mais étroitement contrôlé, sans expression politique possible sur la Palestine. Le cas indien est le plus intéressant : environ 200 millions de musulmans, une solidarité palestinienne réelle, mais contenue par un contexte politique dominé par le nationalisme hindou et un rapprochement politique et stratégique du pays avec Israël. Le deuxième bassin démographique musulman hors monde arabe n’y a pas produit de vague antisémite, probablement du fait de l’absence des quatre autres facteurs. L’altérité principale du champ politique indien est le musulman, non le Juif.
d. Ni islamo-gauchisme ni prisme postcolonial appliqué à Israël
Le postcolonialisme asiatique vise ses propres colonisateurs (Occident, Japon) et ne fait pas d’Israël l’archétype de l’État colonial. Pas de culpabilité coloniale à expier par procuration, pas de concurrence victimaire où le Palestinien détrônerait le Juif. Israël y est perçu comme un État-nation parmi d’autres, voire un modèle (agriculture, high-tech, armée : Inde, Singapour, Vietnam). Israël n’est pas dans ces pays « le juif des nations ». L’antisionisme d’État chinois existe mais reste un instrument diplomatique, sans relais social militant.
e. Réseaux sociaux : amplificateur sans substrat
Écosystèmes numériques distincts (WeChat, Weibo, LINE, Naver), modération étatique en Chine, absence de communautés militantes préexistantes. L’algorithme n’invente pas la haine, il amplifie un stock disponible ; sans stock, pas de fièvre antisémite. Le contre-exemple chinois post-7 octobre (montée de discours antisémites en ligne) montre la limite : un antisémitisme discursif peut s’improviser à partir de stéréotypes importés, mais sans profondeur historique, il se dissipe sans conséquences.
f. Pas de mémoire de la Shoah comme enjeu identitaire
En Occident, la Shoah structure le rapport aux Juifs dans les deux sens : culpabilité fondatrice et, en retour, inversion accusatoire (« les victimes devenues bourreaux »). En Asie, la Shoah est un fait historique lointain, ni refoulé ni instrumentalisé : ni philosémitisme de contrition, ni besoin d’en inverser la charge. L’absence de ce nœud mémoriel prive l’antisionisme radical de son ressort le plus pervers.
4. Cas limites
a. « L’antisémitisme sans Juifs » japonais : diffusion des Protocoles dans les années 1920 (via l’armée en Sibérie), vague de best-sellers antisémites des années 1980 (Uno Masami), Aum Shinrikyo. Référence : Goodman et Miyazawa, Jews in the Japanese Mind. Ce fut un phénomène d’importation livresque, sans hostilité sociale, résorbé faute de substrat.
b. Le philosémitisme stéréotypé sino-coréen : « les Juifs sont riches et intelligents », best-sellers sur le Talmud comme manuel de réussite (Corée), littérature chinoise sur le « génie juif ». Le stéréotype positif partage la structure essentialiste du négatif et peut s’inverser (Zhou Xun sur les images chinoises du Juif). Ce sont ces quelques faits qui alimentent les dérapages en ligne post-7 octobre.
c. Le trio musulman du Sud-est asiatique (Malaisie, Indonésie, Pakistan) : antisémitisme virulent sans aucun Juif (Mahathir : « les Juifs dirigent le monde par procuration »), importé par l’islamisation (wahhabisation, Frères musulmans, prédicateurs satellitaires). Ici, le facteur islamiste suffit à produire l’antisémitisme même sans matrice chrétienne ni présence juive.
d. « l’Asie est simplement indifférente au Proche-Orient ». Les mêmes images, les mêmes réseaux mondiaux, et aucune cristallisation antijuive. L’indifférence asiatique prouve que la « colère spontanée devant Gaza » n’a rien de spontané.
5. Synthèse : la grille des conditions de possibilité
Chaque colonne identifie une aire civilisationnelle, chaque ligne une condition. La conclusion s’impose : seul l’Occident cumule toutes les conditions; l’Asie orientale n’en présente aucune.

J’ai posé comme principe pratique que les individus appartenant aux civilisations chinoise, hindoue, japonaise, coréenne n’étaient pas moins moraux que les Occidentaux, face aux malheurs du monde.
Leur relative indifférence aux drames du Proche-Orient est le miroir de l’oubli très rapide de l’Occident concernant un immense éventail d’autres tragédies internationales : les 700.000 Rohingyas expulsés de Birmanie vers le Bangladesh, les 150.000 Arméniens expulsés de leurs enclaves ancestrales en Azerbaïdjan, la dépossession politique totale des natifs du Tibet, bien qu’ils constituent toujours de 70 à 90% de la population du plateau tibétain, l’extinction progressive de la présence millénaire des Chrétiens dans le monde arabe du Moyen-Orient, passant de 13% en 1948 à 4% en 2026. Etc. etc. etc. Et, last but not least, leur totale indifférence à l’expulsion des 850.000 juifs des pays arabes et de l’Iran.
Note : J’ai utilisé la version « Fable » de Claude pour collecter les données sur l’Asie.
© Léon Ouaknine
Juillet 2026

Cher Mr Ouaknine , j apprecie d autant ce texte que je defend depuis longtemps l idée que » le monde entier n est pas antisemite » .en effet le rejet de notre liberté ( sionisme) de notre etat souverain ( Israel) et de notre capitale millenaire est bien le resultat d une culture antijuive millenaire plus que d une hypothetique » solidarité » avec un supposé » peuple palestinien » dont chacun en occident se contrefout .
J ai moi meme pondu ici meme un petit texte a ma façon pour illustrer cette meme idee ( mon voisin vietnamien n est pas antisemite) .
Cdlt
TA