Donc, apologie de la résistance ou apologie du terrorisme ? Ç’aurait dû être l’enjeu du procès de Rima Hassan mardi 7 juillet, s’il n’avait été renvoyé pour des raisons de procédure. De toute façon, les débats, s’ils avaient eu lieu, auraient été occultés par le suspense politico-judiciaire entourant le sort de Marine Le Pen. Partie remise donc en ce qui concerne le tribunal. Mais pas en ce qui nous concerne.
Et d’abord, qui résiste à qui ?
Depuis maintenant plus d’un demi-siècle, le palestinien et son keffieh monopolisent l’image glorieuse du résistant. C’est d’ailleurs ce que signifiait le post effacé de Rima Hassan, raison pour laquelle elle est poursuivie (pas pour l’avoir effacé, pour l’avoir posté). Le post citait une phrase d’un certain Kozo Okamoto : « j’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne, avait-il écrit et reprenait-elle. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir. » Voilà de magnifiques paroles qui pourraient avoir été prononcées, au cinéma par exemple, par un héros « épris de justice », et c’est d’ailleurs ainsi que le keffieh fonctionne sur et dans la tête de Rima Hassan et de millions d’individus à travers le monde. Or qu’a fait cet Okamoto pour mériter d’être ainsi rappelé à notre souvenir ? Membre de l’Armée rouge japonaise d’extrême-gauche, il a, avec son commando, pour le compte du FPLP – toujours actif, d’ailleurs –, mitraillé des voyageurs dans l’aéroport israélien de Lod. Au hasard. Bilan : 26 morts. Des civils évidemment. Délibérément des civils. C’était en 1972. Il y a donc 54 ans. Des civils, déjà, et ensuite, des civils presque toujours : l’assassinat de civils n’a jamais empêché l’héroïsation de la « résistance » palestinienne. Au contraire. La preuve par le 7 octobre : sur les cadavres mutilés de ses quelques mille civils assassinés a poussé la fleur vénéneuse du « palestinisme » qui s’est répandu comme une espèce de folie dans le monde entier. Depuis un demi-siècle, plus c’est atroce et insoutenable, plus la figure du palestinien « résistant » en sort grandie au lieu d’en être salie.
Après ce énième massacre de civils – énième mais exceptionnel par son ampleur et sa cruauté –, une partie de la jeunesse occidentale et la quasi-totalité des populations non occidentales – jeunes et moins jeunes – se sont pris d’un amour exalté pour le Hamas, malgré, ou peut-être à cause, justement, du préambule de sa fameuse charte : « Israël existera et continuera d’exister jusqu’à ce que l’islam l’anéantisse, comme il a anéanti ce qui l’a précédé », ce que traduit le slogan exterminateur « from the river to the sea » ; malgré ou plutôt à cause de son article 7 : « L’Heure n’adviendra pas avant que les musulmans ne combattent les Juifs et ne les tuent », selon le hadith cité par la charte : « Le Juif se cachera derrière les pierres et les arbres, et les pierres et les arbres diront : Ô musulman, ô serviteur d’Allah, il y a un Juif derrière moi, viens le tuer. » ; malgré ou plutôt à cause de son article 13 : « Les initiatives de paix, les prétendues solutions pacifiques et les conférences internationales sont contraires aux principes du Mouvement de résistance islamique ». Résistance : c’est le maître mot dans la construction du mythe palestinien.
Car il s’agit bien d’un mythe et non d’une réalité. Un mythe qui s’est solidifié après la guerre des six jours et la conquête par Israël sur l’Egypte et la Jordanie de Gaza et de la Cisjordanie. Une « divine surprise », pour reprendre l’expression de Charles Maurras qui saluait ainsi l’avènement de Pétain après la défaite, c’est-à-dire l’instauration d’un régime où « les Juifs et les immigrés ne seraient plus ni maîtres, ni directeurs, ni bénéficiaires ». Pour Arafat et son keffieh, la défaite de ses alliés arabes permettaient, divine surprise, donc, de maquiller une « libération » exterminatrice (l’Organisation de Libération de la Palestine est née en 1964 alors qu’il n’y avait aucun territoire « occupé » à « libérer », à part Israël lui-même) en « résistance » héroïque contre un « occupant », reprenant ainsi le flambeau de la résistance contre les nazis. Et il faut reconnaître que ça a marché. Des esprits sincèrement candides et « épris de justice » s’y sont laissés prendre. Pendant des décennies. L’attaque systématique de civils, évidemment juifs pour la plupart ? Ils passaient l’éponge, détournaient le regard, oubliaient, au nom de l’intérêt supérieur de la « résistance ». Et c’est ainsi qu’une résistance sans honneur, celle que glorifie Rima Hassan et LFI, et tous ceux qui ont vaguement la fibre à gauche, la résistance palestinienne, s’est installée en héroïne dans l’imaginaire mondial, et même parfois dans le nôtre… Et, hélas, le pogrom du 7 octobre ne leur a pas ouvert les yeux. Ne leur ouvrira pas les yeux. On a vu qu’au contraire, les aveuglés volontaires sont de plus en plus nombreux.
Pendant ce temps-là, Israël résiste. Dans l’honneur.
Israël résiste depuis le premier jour de son existence, depuis que ses voisins arabes l’ont attaqué en 1948, en lui déniant tout simplement le droit d’exister (voir plus haut la charte du Hamas…), droit qui avait été reconnu, tout le monde le sait, par un vote à l’Onu. Israël résiste depuis que, 20 ans plus tard, en 1967, l’Égypte a tenté de l’étrangler en fermant le détroit de Tiran, lui interdisant l’accès à la mer Rouge et au canal de Suez (ça vous rappelle quelque chose ? …). Parenthèse : Israël avait expressément demandé à la Jordanie du roi Hussein de ne pas intervenir dans cette guerre qui ne le concernait pas ; il est intervenu et il a perdu la Cisjordanie et Jérusalem-est qu’il avait annexés en 1948 ; et depuis, par sa faute, Israël porte le poids de l’occupation de territoires qu’il ne revendiquait pas. Israël résiste depuis Kippour 1973, six ans plus tard seulement, quand à nouveau ses voisins arabes l’ont attaqué ; l’Égypte, cette fois, a perdu le Sinaï qui finalement lui a été rendu en échange de la paix. Et tout récemment Israël a résisté contre l’Iran qui agite depuis un demi-siècle la menace de l’apocalypse (relire encore la charte du Hamas). Et on en passe : Hezbollah, Hamas, les Houthis qui se sont réveillés tardivement, et encore plus récemment Erdogan…
Seulement voilà : dans notre civilisation plombée par le remords, malheur aux vainqueurs ! Jusqu’à présent, Jérusalem a gagné toutes les guerres qu’on lui a faites. Et les a gagnées dans l’honneur (on ne revient pas sur le déshonneur de l’accusation absurde de génocide par un Hamas qui planquait ses combattants mais exposait ses civils aux bombardements). La morale chrétienne, depuis un millénaire et demi, préfère les vaincus.
Donc, oui, Israël fait de la résistance. Résistance à ses voisins immédiats, et plus largement au monde arabo-musulman, voire musulman tout court (rerelire la charte du Hamas) qui, peut-être, un jour, finira par lâcher prise : voir les accords d’Abraham. Mais il ne faudrait pas que ce jour tarde trop. De Gaulle, dans son appel du 18 juin, disait que la France n’était pas vaincue car elle avait avec elle ses alliés britanniques et américains, et, surtout, l’Empire.
Israël n’a pas d’empire, et n’a pas la sympathie du monde, parce qu’il semble qu’il est le plus fort. Rima Hassan et ses semblables surfent sur cette double fragilité d’Israël : honni parce que fort, vulnérable parce que seul. Quelque chose de la meute, qui ne connaît pas l’honneur.
© Julien Brünn
Journaliste. Ancien Correspondant de TF1 en Israël
A relire:
Dernier ouvrage paru :
L’origine démocratique des génocides. Peuples génocidaires, élites suicidaires. L’harmattan. 2024
