Zikhronam Livrakha
En souvenir de ceux qui ont connu cette plage, profité de cette ambiance unique : Mon père , Frank, Jackie M, Elsa, Gilles, Jose T, Guitou, Denis, Claude S, Carlo, Alain S, Alain H, Coco S, Julot T, Lasry G, Willy L, Serge T , Patrick B, Claude B, Brigitte A et tant d’autres, plus âgés, et que HBH connait .
Une journée au mois d’août, entre La Goulette et Gammarth.
Régulièrement je revois ces images de ce temps unique de nos vacances tunisiennes. On s’éloigne de ce temps, mais les photos n’ont pas jauni, les couleurs sont toujours fraiches, vives, emplies de joie. Chacun d’entre nous porte avec lui sa caméra virtuelle et promène son regard sous un angle différent.
Mais, vu de 10 mètres au-dessus du sol, la scène est invariante. C’est connu, les Tunes n’aiment pas beaucoup les grands changements : ce sont des sédentaires du Kif.
Il est environ 10 heures et demi, et je viens de terminer mon très rapide petit déjeuner pour rejoindre la meute pacifique de la célèbre buvette de Khair-Eddine. Sous 38 degrés à l’ombre j’avance pour faire les 150 mètres du parcours maison/ buvette.
J’ai le temps d’admirer des deux côtés de la rue les jardins discrets et de passer devant la fameuse maison des Hoze, un bâtiment de style local des années 20 ou 30 d’un charme fou. Quelques mètres et j’y suis.
Je passe le court muret qui sépare la chaussée du sable, et me voilà face au café de Flore, version chakras et hurlements. La buvette est pile face à moi, et ça grouille tout autour de consommateurs de Coca, Fanta, Boga, Salah el meddeb, et Bière Celtia.
Ça crie beaucoup, pour commander ou pour parler plus fort que le voisin.
Le boss et son acolyte distribuent les liquides contre argent sonnant et trébuchant, ou bien souvent contre une ligne de plus sur le calepin du patron, à valoir d’ici la fin des vacances.
Ça grouille de partout, et il y a un air de Samba do Brasil: les occupants sont de toutes les couleurs, depuis les quasi martiniquais jusqu’aux pauvres rouquins, dont le seul moyen de ne pas s’effondrer avec des brulures au troisième degré était de se tartiner une énorme couche de crème, qui n’est pas forcément ce qui attire le plus les filles en fleur.
Cette agitation, à cette heure, reste correcte, en tout bien tout honneur: les mamans ne sont pas loin et veillent au grain.
On sort vite de ce tourbillon fatigant pour regarder les différents groupes autour du pivot central.
Sur la droite, en s’avançant à peine vers la mer, c’est le groupe des beautés de la cinquantaine.
Ce sont toutes les amies de ma mère, qui connaissent avant Trump ses actions au Groenland. Toutes sont magnifiquement belles et plutôt réservées. Dans ce coin, ça ne crie pas . En revanche, ce sont toutes les mères des plus grands agités.
Un cran devant elles, se tiennent les stars des raquettes de plage, Pierrot , Miko, Zitron, Jeannot, qui se relayent et font le spectacle, pour ceux qui auraient loupé Wimbledon. Les coups sont secs, les gestes purs. Et les échanges peuvent être longs.
Parfois, l’une des filles du Rabbin Loubavitch de la station venait échanger quelques balles , avec beaucoup d’élégance , avec l’un des acteurs de la scène.
A peine un ou deux mètres à fleur d’eau une dizaine de sportifs bien musclés , répartis en deux équipes, organisaient le volley du matin. Les cris bien sûr, parfois pour être retombé sur un débris d’oursin ou une pierre tranchante . Les parties sont interminables , et comptent
quelques joueurs d’excellence; certains ont joué en équipe nationale .
Ce niveau attire évidemment le spectateur oisif avec son Boga Cidre.
Pour finir le travelling côté droit, il y a un très grand espace de sable, tant en largeur qu’en longueur pour les adeptes du foot. Énormément de très bons joueurs aussi, sur ce rectangle de 5 ou 6 mètres sur une bonne trentaine de mètres. Sur ce bout de sable se rencontrent plusieurs générations, de 20 à 35 ans. Mon préféré, c’est mon cousin Nani, trop élégant dans ses gestes. Et Tati, Coco, Baby, Gilles, Laurent, Patrick Sarfat, Guilou Krief et les autres.
Que des acharnés. Des gagneurs.
Retour un instant face à la buvette. Tout le coin gauche, très large, est occupé par plusieurs petits groupes. Une bonne partie est allongée aux trois-quarts sur le sable, la tête reposant sur le mur d’un blanc éclatant de la maison des Lasry. Plusieurs autres groupes papotent tranquillement.
Bien entendu, on sent bien qu’il manque un peu de piment dans ce décor bruyant mais supportable.
Il s’agit de la très célèbre armée de marchands ambulants. L’un est spécialisé dans les kakis, trois autres dans les cacahuètes, amandes grillées et pistaches, et le dernier pour les frigolos ( glaces garanties colorants E338, E 256, Z 122, C 305).
Chacun est littéralement déguisé, selon son origine régionale ou de quartier. Officiellement, il n’y a ni Mahmoud, ni Abderazzak, ni Moncef. Ils ont des noms de guerre, et personne ne sait quand ils ont été déclarés à l’Etat Civil. Le plus grand – immense- et maigrichon s’appelle « La Perche». Le second, un vieux monsieur discret, se nomme « Oui Oui », pour dire qu’il est toujours de bonne composition.
Le troisième c’est « Ravaillac », bien qu’il n’ait jamais eu affaire à la police des siècles précédents.
Comme pour toutes les transactions du coin, ces marchands avaient sur eux leurs calepins pour les très nombreux consommateurs qui avaient besoin d’un crédit fournisseur de plusieurs semaines. Je vous passe les quelques discussions épiques de fin août autour des pages de ces carnets.
Généralement, cette séquence se terminait autour de 13h30/14h, pour une grosse transhumance de Kherredine/ la buvette vers La magnifique plage de La Vague à Gammarth.
© José Boublil

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