
Ce matin, tant de beautés s’offraient à moi.
Le cyprès dans la cour, le figuier et son odeur sucrée, les iris mauves, le bruissement du laurier, le pépiement de l’oiseau bousculé dans ses feuilles par un bourdon grincheux, et puis entre deux cafés et des câlins d’amour toujours, j’ai entendu que le premier ministre Keir Starmer démissionnait, juste avant de lire sur la page d’un ami « free Israël ».
J’aurais pu l’embrasser pour ça, l’enlacer, le remercier à l’infini.
Un cadeau privilège dans notre société amnésique qui a oublié qu’elle peut demander et forcer le Hamas et le Hezbollah à se désarmer. Parler de paix ici et ailleurs, au lieu de ne parler que de guerre.
Si elle voulait, si elle voulait juste un peu regarder ce tout petit monde de 14 millions d’âmes qu’est Israël, dont chaque habitant fait l’armée, en conscience de ce que cela recouvre d’oubli de soi, de courage, d’honneur et de deuils.
On est loin de l’Ukraine qui capture des gamins de 16 ans et qui manu militari les envoie sur les fronts pour une guerre de tranchées qui a fait plus d’un million de morts et trois fois plus d’handicapés à vie.
Il est vraiment temps que la paix revienne à l’Est.
Mais le mot paix semble en Europe devenu une injure, alors qu’en Israël, les Israéliens attaqués et obligés de se défendre pour seulement vivre, n’aspirent et ne rêvent que de paix, d’enfants rieurs et de parents plus jamais obligés d’aller sur un front perdre des jambes, des bras, la vie.
Hélas, même si l’Europe vient de perdre un de ses cavaliers de l’apocalypse, assise sur son gros derrière, champagne et coke à la bouche, elle ne veut que la guerre, et pour ça n’en finit pas d’idolâtrer un corrompu à qui elle offre des milliards, alors qu’en France l’indigence règne.
Le coût à payer pour faire d’un proxénète cocaïnomane, un héros?
Ce matin, j’ai regardé le soleil se dresser sur l’horizon, flamboyant, arrogant dominant d’heures soumises, en pensant à Israël sous les missiles et les roquettes depuis sa création.
78 ans à courir dans les abris ou dans les chambres sécurisées, enfants sous le bras dans les escaliers et dans les étages à attendre la fin de l’alerte et du danger.
Israël qui proposa tant de paix, offrit tant de lui à un monde qui n’a d’obsession que sa disparition.
J’ai pensé à Marco un ami israélien à qui j’ai dit « regarde, le ciel est empli d’étoiles ce soir » et qui m’a répondu qu’il ne pouvait plus s’émerveiller de les voir, parce que dans le ciel d’Israël les missiles qui explosent se dispersent en milliers de fragments lumineux, en milliers d’étoiles mortelles.
Voilà ce qui traversa mon âme et mes yeux, tandis que ce matin le soleil s’élevait sur les monts et les plaines, présageant d’une journée trop chaude.
J’ai appelé ma famille en Israël, Muriel m’a répondu, volubile et puissante, parlant de plage et d’amour, de projets, d’avenir conjugué au présent, de l’absolu bonheur d’être israélienne et de vivre dans le plus beau pays du monde.
Alors j’ai oublié les mauvais à tout qui trainent dans les rues de France, j’ai mis des transats sur la terrasse et tête à l’ombre, à l’abri d’un soleil déjà trop chaud, face aux montagnes et aux plaines, j’ai ouvert un livre au titre consolateur « avec les fées »
© Louise Gaggini
Ecrivain, journaliste, mais aussi sculpteur et peintre, pianiste, bref une « artiste plurielle ». Diplômée de lettres, d’Histoire de l’Art et de Conservatoire de musique. Auteur de nombreux dossiers pour la presse et la télévision, dont certains ont été traduits par l’Unesco, des organismes humanitaires et des institutions étrangères à des fins d’éducation et de prévention et d’autres furent diffusés par l’EN, Louise Gaggini est l’auteure d’essais et de romans dont La résultante ou Claire d’Algérie et d’un livre d’art pour l’UNICEF: Les enfants sont la mémoire des hommes. Elle est aussi l’auteure d’essais de société, et expose régulièrement, récemment à New York.
elle a publié son premier roman pour littérature jeunesse en 2001, et son premier roman pour adultes en 2004.
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