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Rony Akrich a écrit une lettre. Une lettre de dignité, de mémoire et de souveraineté. Elle s’adressait à un vice-président américain qui avait cru rappeler une dette et révélé une ignorance. Je veux prolonger cette voix — non pour la répéter, mais parce qu’elle a ouvert une porte que je veux franchir plus loin.
Plus loin vers Washington. Plus loin vers Téhéran.
Parce qu’il y a dans ce drame trois acteurs, et que l’on ne peut pas répondre à deux d’entre eux sans regarder en face le troisième.
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I. À WASHINGTON : L’ALLIANCE NE S’ACHÈTE PAS
Messieurs Trump et Vance, vous avez parlé. L’Amérique a parlé avec la voix de la puissance — cette voix qui confond parfois le poids de ses budgets avec le droit de dicter les consciences.
Akrich vous l’a dit mieux que quiconque : deux cent cinquante ans d’histoire ne donnent pas autorité sur trois mille ans de mémoire. Je n’y reviendrai pas. Mais je veux ajouter ceci, que la colère légitime de sa lettre n’épuise pas entièrement.
L’alliance israélo-américaine est réelle. Elle est précieuse. Elle est, à certains moments, vitale. Mais une alliance entre nations libres n’est pas une relation entre un propriétaire et sa propriété. Elle est un pacte entre égaux qui partagent des valeurs, des intérêts, et parfois des désaccords. Les désaccords entre alliés se règlent dans la franchise, non dans l’humiliation publique.
Vous avez voulu un accord avec l’Iran. Peut-être par conviction. Peut-être par calcul. Mais voilà la question que cet accord ne résout pas :
L’histoire du XXe siècle a répondu à cette question. Munich aussi avait ses signatures. Les démocraties fatiguées aussi avaient leurs raisons de croire que la diplomatie suffit lorsqu’on la décrète suffisante.
Israël n’est pas fatigué de la paix. Israël est fatigué des paix qui préparent les guerres suivantes.
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II. AUX MOLLAHS : L’IRAN N’EST PAS VOUS
Et c’est ici que je veux aller là où la lettre d’Akrich ne s’est pas encore aventurée.
Messieurs les mollahs, vous régnez sur l’Iran. Mais vous n’êtes pas l’Iran.
Vous avez fait de la destruction d’Israël un dogme d’État, une obligation constitutionnelle, une liturgie politique répétée à chaque parade militaire, gravée sur vos missiles, scandée dans vos stades. Vous avez construit votre légitimité intérieure sur cette haine extérieure. Sans Israël comme ennemi absolu, que reste-t-il de votre récit révolutionnaire ? Que reste-t-il de votre cohésion idéologique ? Vous avez besoin d’Israël comme repoussoir pour ne pas regarder ce que vous avez fait de l’Iran.
Mais l’Iran que vous gouvernez n’est pas l’Iran qui existe.
L’Iran réel est un pays de soixante millions de jeunes qui regardent vers le monde, pas vers la guerre. Un pays de femmes qui ont bravé vos matraques pour le droit de vivre libres. Un pays d’ingénieurs, de poètes, de médecins, de philosophes, de musiciens — un peuple de civilisation ancienne et profonde, qui n’a pas attendu votre révolution pour exister et qui survivra à votre régime.
Et cet Iran-là — l’Iran réel, l’Iran profond, l’Iran d’avant et d’après vous — n’a jamais été l’ennemi d’Israël.
III. LA MÉMOIRE LONGUE CONTRE LA HAINE COURTE
Il faut le rappeler, parce que la propagande l’a presque effacé.
Pendant des siècles, les Juifs de Perse ont vécu sous la protection des rois achéménides. Cyrus le Grand — roi de Perse, fondateur de l’empire que vous prétendez hériter — est le seul souverain non-juif de l’histoire à être appelé Mashiah, Messie, dans les Écritures hébraïques. C’est lui qui a permis le retour des Juifs de Babylone vers leur terre, qui a financé la reconstruction du Temple de Jérusalem, qui a proclamé la première déclaration des droits de l’homme de l’histoire.
La Perse n’a pas toujours été l’ennemie d’Israël. Elle en a été, à certains moments décisifs, la protectrice.
La communauté juive d’Iran — l’une des plus anciennes du monde, présente depuis vingt-six siècles sur cette terre — a vécu pendant des millénaires aux côtés du peuple persan. Elle a contribué à sa culture, à son commerce, à sa médecine, à sa littérature. Elle était chez elle. Elle était iranienne et juive, sans contradiction, sans honte, sans dissimulation.
Ce n’est pas l’islam qui a rompu ce lien. Ce sont quarante-cinq ans d’idéologie révolutionnaire qui ont transformé en ennemi absolu ce qui était un voisinage millénaire.
Vous n’avez pas hérité de l’Iran. Vous l’avez confisqué.
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IV. L’IRAN DE DEMAIN ET LA PAIX POSSIBLE
Il y a dans les rues de Téhéran, dans les universités d’Ispahan, dans les cafés de Chiraz, dans les foyers de Tabriz, une jeunesse qui ne rêve pas de détruire Israël. Elle rêve de visa, de liberté de presse, d’internet sans filtre, d’élections sans résultat prédéterminé, d’un avenir qui lui appartienne.
Cette jeunesse ne chante pas Marg bar Esrâ’il — mort à Israël. Elle chante autre chose. Elle chante la vie.
Et c’est à cette jeunesse que je veux parler. C’est à cet Iran-là que je veux adresser non une mise en garde, mais une promesse.
Prêts à une normalisation qui ne sera pas une capitulation, mais une reconnaissance mutuelle entre deux peuples anciens, deux civilisations qui ont davantage à construire ensemble qu’à se détruire. Prêts à une coopération qui transformerait un Moyen-Orient épuisé par les guerres en un espace de prospérité partagée. Prêts à une relation entre l’Iran de la liberté et Israël de la souveraineté — deux nations qui ont payé le prix de leur existence et qui savent mieux que quiconque ce que valent la paix et la dignité.
Un Moyen-Orient où l’Iran serait libre et en paix avec Israël serait un Moyen-Orient transformé. Ce n’est pas une utopie. C’est une géographie. Deux grands peuples, deux grandes cultures, deux grandes mémoires — Perse et Hébraïque — qui ont plus en commun que les idéologues de la haine ne veulent bien l’admettre.
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V. CE QUI DEMEURE
Akrich a rappelé que les empires passent et qu’Israël demeure. Il a raison. Mais je veux ajouter quelque chose à cette vérité.
L’Iran aussi demeure. Pas la République islamique — les régimes idéologiques ont une date de péremption. Mais l’Iran, le peuple perse, la civilisation iranienne — elle demeure. Elle a précédé les mollahs. Elle leur survivra.
Et dans cette perspective longue, dans cette mémoire partagée des peuples anciens, la haine que le régime de Téhéran a institutionnalisée apparaît pour ce qu’elle est : une parenthèse. Une parenthèse sanglante, tragique, coûteuse en vies humaines — pour les Israéliens, pour les Libanais, pour les Syriens, pour les Irakiens, pour les Yéménites, et d’abord pour les Iraniens eux-mêmes. Mais une parenthèse.
L’histoire ne s’arrêtera pas là.
EN CONCLUSION
Alors voici ce que je dis, à Washington comme à Téhéran.
À Washington : traitez Israël en allié, pas en client. Une démocratie souveraine ne se gère pas, elle se respecte.
Aux mollahs : vous passerez. L’Iran demeurera. Et l’Iran libre saura retrouver le chemin de sa propre grandeur — une grandeur qui n’a jamais eu besoin de la haine pour exister.
À la jeunesse iranienne : le monde vous attend. Israël aussi.
Et à Israël : continue.
Continue de vivre. Continue de construire. Continue de te défendre sans te définir par tes ennemis. Continue de tendre la main à ceux qui, parmi nos voisins, cherchent la main et non le couteau.
Car le vrai triomphe d’Israël ne sera pas seulement de survivre à ses ennemis.
Il sera de voir, un jour, ces ennemis devenus des partenaires.
Cyrus l’avait compris. L’histoire peut se souvenir d’elle-même.
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En hommage et en dialogue avec la tribune de Rony Akrich
© Richard Abitbol
© Richard Abitbol

Président d’honneur de la Confédération Juifs de France et Amis d’Israël CJFAI, Conseil en relations internationales, Conseil en stratégie de développements et d’investissements pour les Etats, et notamment pays émergents, et les grandes entreprises, Chercheur indépendant en histoire des systèmes et géopolitique des cultures.

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