Donald Trump ou la maîtrise/traîtrise du langage… Par Thérèse Zrihen-Dvir

Rupture des codes et bras de fer souverain

Si l’on associe les excès de langage à une forme de roture, c’est parce que Donald Trump cultive délibérément cette image. En brisant le vernis de la diplomatie traditionnelle, il emploie la vulgarité et l’intimidation comme des outils politiques pour imposer ses objectifs, au risque de fragiliser l’alliance historique entre les États-Unis et Israël.

Les récents éclats verbaux de Donald Trump envers Benjamin Netanyahu mettent en relief un style politique populiste, pragmatique et profondément transgressif, plutôt qu’une condition de « roturier » au sens strict du mot. Cependant, si on l’interprète comme un manque de diplomatie classique, de retenue ou de « noblesse d’État », le comportement du président américain illustre une rupture totale avec les codes des élites traditionnelles. Les coulisses et la réalité stratégique derrière cette rhétorique explosive s’articulent autour de plusieurs axes précis.

Une diplomatie transactionnelle et agressive

Donald Trump a adopté un ton d’une rare violence verbale envers le Premier ministre israélien, allié de longue date, fustigeant en coulisses ses décisions militaires au Liban et son attitude face à l’Iran. Des fuites diplomatiques massives (notamment via Axios) ont révélé que Trump a qualifié Netanyahu de « complètement fou » (f*ing crazy) et d’« ingrat », allant jusqu’à lui lancer au téléphone : « Tu serais en prison sans moi, je te sauve les fesses », en référence au soutien politique qu’il lui a apporté face à ses nombreux ennuis judiciaires.

Ce comportement s’apparente à une technique de négociation commerciale agressive, fidèle au style Art of the Deal. Pour Trump, la politique étrangère n’est pas une affaire de protocole courtois, mais un rapport de force direct où l’insulte et l’humiliation publique servent de leviers de pression pour plier l’autre à sa volonté.

Au-delà de la forme : la fracture géopolitique et le mépris de la souveraineté :

Ces excès traduisent une profonde divergence stratégique. Donald Trump donne la priorité absolue à la désescalade pour finaliser un accord diplomatique désastreux avec l’Iran, tentant de limiter l’engagement militaire des États-Unis au Moyen-Orient. Dans cette vision purement utilitaire, Israël est parfois traité comme un pion que Washington cherche à faire fléchir, au mépris de l’histoire de l’État hébreu et des compromis sécuritaires complexes auxquels il fait face.

Cette posture révèle une volatilité déconcertante. Trump semble avoir oublié qu’il était le premier à menacer l’Iran militairement en positionnant son armada dans la région et en promettant que « les portes de l’enfer » s’ouvriraient en cas de refus de l’Iran de capituler. Cette propension à changer radicalement de cap au gré de ses intérêts immédiats dessine le profil d’un dirigeant imprévisible et impulsif. Certains prétendent qu’il est déséquilibré…

Agacé par les critiques de l’aile isolationniste américaine l’accusant d’être la « marionnette de Netanyahu », Trump orchestre une mise à distance brutale pour réaffirmer l’autorité de Washington. Il est allé jusqu’à déclarer sur la BBC : « Si je lui dis de faire quelque chose, il le fait ». Une affirmation de vassalisation que le Premier ministre israélien et son cabinet s’efforcent de contester fermement en réordonnant la souveraineté absolue d’Israël face aux exigences de la Maison-Blanche.

Un cynisme politique absolu

Le rejet du politiquement correct et le parler cru sont les marques de fabrique de Trump. Cela lui permet de se distancier des élites diplomatiques qu’il accuse de faiblesse. Pourtant, son cynisme politique saute aux yeux : après s’être affiché comme le plus grand soutien d’Israël, il n’hésite pas à piétiner publiquement son allié dès que l’impact de la guerre au Moyen-Orient risque de nuire à sa popularité ou à son image auprès de l’opinion publique américaine.

Mais enfin, Israël est un État souverain. Si son Premier ministre est accusé — à tort ou à raison —, c’est le ressort exclusif de la justice israélienne que de prouver son innocence ou sa culpabilité. Nul besoin d’une ingérence ou d’un chantage affectif de la part d’un président américain, une telle assistance devenant nuisible lorsqu’elle renie la souveraineté de l’État juif.

On ne s’improvise pas dirigeant du monde pour régenter la vie de ses alliés depuis le haut de son donjon.  

© Thérèse Zrihen-Dvir

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