Du cynisme en politique: accord Iran-USA. Par Sydney Touati

La plupart des amis d’Israël et de Trump sont totalement abassourdis par la volte-face soudaine du président américain.
Dans un précédent article, j’examinais la face noire de l’accord que les USA et l’Iran ont signé ce vendredi 19 juin 2026.
Nous constatons que par la magie de cet accord, Trump redevient un chef d’Etat fréquentable, courtisé par les « grands » de ce monde. Tel le Roi des  Roi, il  trône en majesté à Versailles.
Le philosophe allemand Hegel estimait que tout ce qui est réel est rationnel…
Essayons de trouver un sens rationnel au chaos politique qui agite perpétuellement le Moyen-Orient.
Utilisons une nouvelle fois le vieil Hegel et sa théorie sur la « ruse de l’histoire » pour démêler l’écheveau embrouillé  des évènements.


Une chose est incontestable (que le président Macron ignore ou feint d’ignorer…)
L’Iran sort affaiblie du conflit. La classe dirigeante  a été décapitée,  son potentiel militaire en partie détruit, son économie en berne.
Pourquoi ne pas avoir achevé le monstre blessé ? Il suffisait d’une chiquenaude. Les Iraniens l’espéraient. Trump les avait invités  à se battre…
Et puis Trump signe un accord qui fait en apparence de l’Iran le grand vainqueur de la guerre.
Pourquoi ?
« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute »
Cyniquement, un Iran affaibli mais qui continue à faire peur est le scénario idéal pour permettre aux USA de rester le maître du jeu au Moyen-Orient.

L’Iran des Mollahs présente l’immense avantage pour l’Occident d’être un puissant facteur de division  du monde musulman qui vit toujours dans « l’ère des croisades ». La  terreur que ce régime répand contraint ses voisins arabes qu’il a bombardés à se surarmer, permettant ainsi  au complexe militaro-industriel d’engranger de beaux profits.
Tout le monde espère tirer quelques miettes  du mini Plan Marshall que Trump met en place. La soupe est bonne!

Qu’importe si ce cynisme implique le sacrifice du peuple iranien.
Imaginons le régime des Mollahs abattu, imaginons ce grand pays libéré. Il deviendrait rapidement la plus  grande puissance du Moyen-Orient, exerçant son hégémonie sur toute la région.
Manifestement les Américains et l’Arabie-saoudite  ne veulent pas d’un tel scénario, aux conséquences imprévisibles. Ils ont en mémoire le rôle néfaste  joué par le Shah en 1973 et les années suivantes où il pesa de tout son poids de 2ème producteur mondial de pétrole, derrière l’Arabie saoudite, pour provoquer au sein de l’OPEP  le traumatisant choc pétrolier qui a fragilisé les économies occidentales. Le Shah mégalomaniaque voulait faire passer le baril de brut de 4 dollars à 17 dollars! Finalement celui-ci se stabilisa autour de 13 dollars, quelques mois avant sa chute programmée par les USA et la France… qui firent  au monde le somptueux cadeau de l’Ayatollah Khomeini !

Le monde en général, Europe, Chine, Russie inclus, ont de solides raisons d’avoir peur d’un monde musulman uni et d’un Iran rétabli dans sa toute puissance.

Qu’on se rassure, face à un Iran menaçant mais très affaibli, Israël continuera à développer ses moyens de défense, occupant l’une des premières places dans ce secteur en pleine expansion.
Un Iran pacifié, passant des accords avec l’Arabie saoudite et les monarchies du Golf, prendrait Israël en tenaille, et constituerait pour ce dernier,  un danger redoutable .

Imaginons que les pays musulmans cessent de diaboliser Israël, et renoncent à l’antisémitisme: que se passerait-il ?

La haine  des Arabo-musulmans a rendu un vrai service à Israël en l’obligeant  à surmonter ses divisions, à se doter d’une armée puissante, d’une  économie dynamique, d’un état souverain, bref à mobiliser toutes ses forces pour assurer sa survie perpétuellement menacée.
L’amour des arabo-musulmans serait plus problématique. Partout où il sévit, les populations accueillantes-accueillies sont en grande souffrance . L’état hébreu n’échapperait pas à la règle et  serait, comme  la Belgique ou la France, en état de décomposition avancée.

Pour ceux qui agissent au nom de la morale, c’est dur, c’est insupportable de le reconnaître , mais Trump a joué cyniquement  une trés belle partie…
Certes, cet accord n’est qu’une trève… et la guerre recommencera… qu’importe! Tant que le monde musulman sera dominé par le désir de conquérir la planète il n’y aura jamais de paix, mais seulement des trèves.
Tant pis pour lui s’il  est au final, le dindon de la farce! On est puni par là où l’on a fauté. 
Si l’on fait le bilan des 70 ans de règne des Mollahs, le constat est sans appel: les pays arabes ont pour la plupart régressé et certains sont au bord du chaos. Pas de meilleur alliés que l’Iran pour les ennemis du monde arabe. Il est nullement exagéré de dire que  la « victoire » fantasmée de l’Iran des Mollahs signe la défaite de tout le monde musulman.

Voilà pourquoi ce traité de paix réjouit tant les USA et  l’Union européenne. Leur suprémacie est incontestable. Trump est le héros du G7.
Israël est cependant triste. Il voulait en finir vraiment. Netanyahu avait pris le risque de la paix, la vraie, celle qui se construirait sur la destruction de la dictature des Mollahs et de ses proxys.

Il était bien seul  et il l’est toujours. A part lui, nul ne veut d’une vraie paix avec les pays arabo-musulmans. Nul n’y croit.
Trump a fait comme s’il voulait la fin du monde d’avant. Il jouait. Pour avoir laissé entendre qu’il croyait  en ce rêve, l’Union européenne le traitait de fou.
La fausse paix, la trève semble combler tout le monde. La course aux armements connait une belle embellie.
Ne faut-il se préparer d’ores et déjà à  la prochaine guerre ? La der des ders ?

Paradoxe:
Le monde musulman n’a pas d’ennemis déclaré; pourtant il est un élément majeur de presque tous les conflits.
L’Union européenne, la gauche, la droite modérée, le clan des progressistes, des écologistes… jouent un drôle de jeu qui les pousse à préserver, comme le veulent les Mollah, l’Islam dans son état actuel, les juges allant jusqu’à  interdire toute critique de cette religion. Or, nul n’ignore que seule la libre  critique aiderait le monde musulman à sortir de la prison dans laquelle il s’est enfermé depuis le 11ème siècle, quand les juristes -(et donc les politiques)-, pour pérenniser leur pouvoir totalitaire, ont interdit à cette religion de s’adapter, d’évoluer.

Les Mollahs et leurs proxys remplissent magnifiquement bien cette fonction hyper-conservatrice que les progressistes musulmans tentent de combattre en vain, se heurtant au veto de la bienpensance mondiale.

Netanyahu voulait débarrasser la planète de ces fléaux. Le fou!  Il s’est mis le monde à dos.

L’ONU est contre. L’UE est contre; les universitaires sont contre, Mélenchon, Mediapart sont contre, le Vatican est contre,  Macron et Trump sont contre…
Le camp de la paix est bien vide. Netanyahou prêche dans le désert. C’est une vieille manie juive.

Saint Just avait raison: l’art de la politique n’a engendré que des monstres. Nous sommes contraints de vivre avec.

© Sydney Touati

Avocat, essayiste, Sydney Touati s’intéresse aux transformations contemporaines du droit public, du droit international et à leurs effets sur les États démocratiques. Dernière publication: « De Voltaire à Badinter. Un essai sur la transformation du droit en France »


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