Le 30 septembre 1938, à la foule qui l’accueille à l’aéroport au retour de Munich Chamberlain brandit une feuille de papier. Elle contient une phrase signée par Hitler et par lui: « Cet accord témoigne du désir de nos deux peuples de ne plus jamais faire la guerre l’un contre l’autre».
A Downing Street le Premier Ministre britannique ajoute «Je suis venu d’Allemagne en apportant la paix avec honneur. C’est la paix pour notre époque. Maintenant, rentrez chez vous et dormez tranquillement». L’expression «la paix avec honneur», présente dans les livres d’histoire de l’époque, se référait au succès diplomatique du Premier Ministre Disraeli qui avait fait plier le Tsar à la conférence de Berlin de 1878.
Au discours de Chamberlain, Churchill répliqua à la Chambre des Communes: «Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre».
Six mois plus tard, Hitler envahissait la Tchécoslovaquie; Chamberlain, sur des arguties juridiques refusait de l’accuser d’avoir violé ses engagements.
La suite, ce fut l’invasion de la Pologne, et pendant l’année après Munich, l’industrie de guerre allemande ne s’était pas endormie…..
Depuis la guerre mondiale, qui contrairement à ce qu’a dit cette semaine le vice-président JD Vance, n’a pas fini par une négociation de paix, mais par une capitulation sans condition, la liste est longue des guerres asymétriques qui ne se sont pas terminées glorieusement pour les USA, pourtant puissance ultra-dominante.
En 1953, l’armistice de Panmunjom en Corée a gelé jusqu’à aujourd’hui la frontière sur le 38e parallèle, là même où une guerre terrible avait commencé trois ans plus tôt.
Vingt ans après, aux accords de Paris, les Américains acceptent se retirer du Vietnam. Quelques mois plus tard, c’est la prise de Saigon par les troupes communistes et les hélicoptères évacuant en toute hâte le toit de l’ambassade américaine.
Encore vingt ans, c’est la Somalie, où après le spectacle de corps de soldats américains trainés dans les rues de Mogadiscio, Bill Clinton retire les troupes américaines de la mission de paix de l’ONU , plongeant le pays dans un chaos dont il n’est plus sorti.
Encore près de 20 ans, 2011, les Américains quittent l’Irak. Ils laissent un vide sécuritaire dans lequel s’engouffrera Daech, ce qui les obligera à revenir dans une coalition antiterroriste.
Août 2021, c’est la chute de Kaboul entre les mains des talibans. Les Américains abandonnent l’Afghanistan et les images dramatiques de la fuite de l’aéroport de Kaboul restent dans les esprits Si le retrait a eu lieu sous l’administration de Biden, il avait été négocié avec les talibans par l’administration Trump, qui en avait exclu le gouvernement afghan.
On doit évidemment ajouter Yalta où la réalité a été plus complexe que ce qu’en dit l’interprétation habituelle d’un Roosevelt moribond qui abandonne l’Europe de l’Est à Staline.
Quoi qu’il en soit, de nombreux alliés des Etats Unis s’interrogent désormais sur la solidité de leur alliance. L’ Europe depuis plusieurs mois, Israel depuis deux semaines…..
Après son écrasant succès à la bataille de Cannes, Hannibal a eu peur de marcher immédiatement sur la ville de Rome. «Tu sais vaincre mais tu ne sais pas profiter de la victoire», lui dit un de ses généraux, si on en croit Tite Live. Trump ignore le nom du grand chef carthaginois, mais il est convaincu qu’il est lui-même un des grands stratèges de l’histoire. Le 8 avril, en décidant contre l’avis du chef du Centcom un cessez-le-feu avec l’Iran, il a détruit l’avantage qu’avaient donné à la coalition israélo-américaine six semaines de frappes aériennes. Ce cessez-le-feu fut mis à profit par le régime iranien pour renforcer ses positions et mettre en avant une arme fatale, le contrôle du détroit d’Ormuz.
Roosevelt à Yalta n’avait pas voulu engager les Américains dans une nouvelle et terrible guerre. Trump a craint que la hausse des prix du pétrole ne fasse fuir sa clientèle électorale. Le niveau des préoccupations diffère….
Il s’est lancé dans un jeu supposé subtil de déclarations contradictoires dont l’objectif était de faire croire qu’il dominait la discussion. En fait il est devenu le jouet des négociateurs iraniens, lui qui cherche à passer pour l’Artiste du deal, titre d’un livre qu’il s’attribue, mais qu’il n’a pas écrit et qui enseigne l’art de vendre des vessies pour des lanternes.
Les modalités de l’accord dont le protocole sera signé vendredi 18 juin ne seront pas finalisées avant au moins une période de soixante jours de cessez le feu. Les échéances électorales se rapprochant, il sera de plus en plus difficile pour Trump de résister aux Iraniens en raison du contre coup potentiel d’une reprise des hostilités et de l’inflation. Pour faire accepter un message aussi difficile, il faudrait être Churchill, et non pas «Taco», Trump, l’homme qui «always chickens out», qui se dégonfle toujours.
Les sites spécialisés tracent un panorama qu’on espère exagérément pessimiste des concessions américaines. L’arrêt de l’enrichissement de l’uranium est rejeté par Vahidi, l’homme fort du régime iranien, et les dizaines, peut-être les centaines de milliards de dollars reviendront à l’Iran serviront à renforcer son potentiel militaire et celui de ses proxies, le Hezbollah en tête. Les Iraniens ne s’en cachent pas.
Trump, lui, redoute qu’une intervention israélienne au Liban ne mette à mal ce plan. qu’ill présentera, comme Chamberlain en son temps, comme apportant la paix avec l’honneur,
L’histoire risque de le retenir comme l’exemple type d’une incohérence politique qui met à bas des succès militaires et renforce un régime qui par son fanatisme est un danger gravissime pour le monde encore dit civilisé.
Quant au peuple iranien, victime de ce régime criminel, il s’avère que son sort n’intéresse pas un Président américain qui lui a conseillé de se révolter puis l’a abandonné en son moment de détresse, comme il l’a fait avec d’autres peuples privés de liberté.
Le peuple israélien a heureusement lui-même les moyens de sa défense….
© Richard Prasquier

Même si cela n’a rien changé, « Ah les cons ! S’ils savaient » ou plus simplement « Ah les cons ! » est une exclamation attribuée au président du Conseil Édouard Daladier en découvrant la foule venue l’acclamer sur le tarmac de l’aérodrome de Paris-Le Bourget, à sa sortie d’avion le 30 septembre 1938, après avoir signé les accords de Munich avec Adolf Hitler.
C’est aussi de cela qu’il faut se souvenir avec ces dirigeants du G7 unanimes et aveugles pour saluer et féliciter Trump et son accord néfaste pour Israël, le Liban et le peuple iranien.
Ah les cons !