Une bergère nommée Brebis
C’est Rachel
Marie Vidal

Kî ro‘âh hî’.
Oui, bergère, elle.
Ces trois mots hébreux dans le premier livre de la Torah désignent Rachel arrivant avec l’OVIN de son père près du puits qu’a atteint Jacqob quelques instants auparavant. Lui, en fuyant la rancœur de son frère, a bénéficié de la nuit à La Maison de Dieu, Beit ’El.
Il l’entend, il la voit, il la rencontre. « Oui, elle [est] bergère » et justement, il décide d’abord d’abreuver ces petits ruminants qui languissent les efforts conjugués de tous pour rouler la lourde pierre. Tout seul, Jacqob roule la pierre de dessus la bouche du puits et l’eau jaillit à la stupéfaction des quelques hommes qui se tiennent là. Rarement la Torah montre l’eau propre et fraîche qui jaillit, mais c’est pour la Bergère et ses brebis, la Bergère nommée Brebis. (p. 31 et 191)
« Car elle [était] bergère », unique fois de la Torah, et même du Tanakh, où le nom de bergère est donné. En cela, Rachel est unique. Ce livre découvre son itinéraire géographique et familial, de sa prime jeunesse à son deuxième enfantement sur le chemin de Beit Lèhèm. La famille, avec la compréhension profonde des exigences de fraternité donnée par le quatrième chapitre du Livre de la Genèse dans les rapports et les gestes entre Caïn et Abel, compréhension indispensable pour la santé de chaque génération de sœurs, de frères, de parents et d’enfants. La famille encore, avec l’énigme des quatre épouses de Jacqob, leurs proximités et leurs éloignements. La géographie, avec la visite des Lieux importants de la Torah et l’accueil des visiteurs, comme ce Lieu de Louz où est enseignée la Résurrection des morts.
Mais l’itinéraire spirituel de Rachel ne s’arrête pas sur le chemin de Beit Lèhèm qui est ’Éphrat, car elle n’en finit pas de consoler toutes les mères en peine comme elle consola son fils Joseph banni par ses frères et charrié par des caravaniers, comme elle console tous ceux et toutes celles qui passent près d’elle. Elle fut placée en effet sur ce chemin, au point de passage des exilés selon le constat du Prophète Jérémie qui entendit sa mélopée funèbre, qui en tendant l’oreille, ouït même comment L’Éternel interpellait Rachel à retenir sa voix du pleur et ses yeux de la larme afin de lui parler du retour des prisonniers et des otages.
Les soins et les regards donnés aux brebis et à l’OVIN rendent attentifs aux danses que les poètes psalmistes décrivent pour les agneaux et les béliers, les veaux, les biches et les oryx, avec des Psaumes pour la fête de Pèsah et pour le jour de Shabbat. Et le Psaume souvent chanté, Hashèm ro‘î, l’Éternel est mon berger. En désignant l’Unique Berger, Le Seigneur, il retrouvait l’unique bergère, Rachel, Brebis solitaire et solidaire. Oui, c’est elle, la bergère ! Oui, celle qui paît, c’est elle ! (p. 189)
La Torah Orale enseigne que l’eau jaillie grâce à la pierre roulée par Jacqob de dessus la bouche du puits est la même que celle de la fête de Soukôt, lors de « la Joie du puisement de l’eau ». Ainsi, la Matriarche Rachel est présente à cette fête. De même, pour Shavouôt, avec la lecture du Rouleau de Ruth qui « revint » à Beit Lèhèm, le lieu de Rachel.

Ce livre a donné place à dix intervenants dont un d’un pays de vignes comme l’auteur, c’est le rabbi de Troyes, Rashi, signalé par sa grappe. Et neuf amis, huit en préludes avec leurs plumes, et une en applaudissements, neuf lectures qui ont émerveillé l’auteur.
210 pages avec des illustrations
Éditions du Cosmogone à Lyon

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