À quoi joue Matthieu Pigasse ? Par Paul Germon

En septembre dernier, TribuneJuive me faisait l’honneur de publier mon texte sur Matthieu Pigasse.

À l’époque, certains trouvaient sans doute le propos excessif. Voyons… Pigasse n’était-il pas ce milliardaire cool, punk de conseil d’administration, banquier révolutionnaire en perfecto de luxe, mécène autoproclamé des causes progressistes et gardien officiel de la “liberté d’expression” ?

Quelques mois plus tard, même Libération — pourtant peu suspect d’être devenu une annexe du Bétar entre deux brunchs vegan — décrit aujourd’hui les tensions internes autour de Radio Nova, les signalements de contenus jugés antisémites ou complotistes, et cette étrange atmosphère où tout semble excusable dès lors que cela se drape dans l’humour militant.

Comme quoi il arrive même à Libé de découvrir avec quelques mois de retard ce que certains observaient déjà depuis longtemps : lorsqu’on transforme la “transgression” en religion mondaine, on finit toujours par ouvrir la porte aux vieux démons… mais avec une bande-son électro et des sneakers responsables.

La question reste donc entière :

À quoi joue Matthieu Pigasse lorsqu’au nom de la liberté d’expression il tolère sur Radio Nova un pseudo-humoriste tenant des propos indéniablement antijuifs ?

Car nous ne parlons plus ici d’irrévérence.

L’irrévérence suppose du talent.

Ni même d’humour noir. L’humour noir suppose une intelligence de la nuance.

Non. Nous parlons d’un climat culturel où le Juif redevient progressivement une cible acceptable à condition d’utiliser le bon emballage idéologique : antisionisme chic, décolonialisme automatique, militantisme à géométrie variable et indignation sélective.

Le procédé est désormais parfaitement huilé.

On commence par expliquer que tout cela n’est “que de l’humour”. Puis on ajoute qu’il serait extrêmement suspect de s’en offusquer. Ensuite arrivent les sociologues médiatiques de permanence expliquant que le véritable problème serait la “réaction” des Juifs eux-mêmes.

Vieille mécanique française d’ailleurs : le problème n’est jamais l’antisémitisme.

Le problème, c’est celui qui ose le nommer.

Curieusement, la liberté absolue connaît cependant quelques limites extrêmement précises.

Essayez donc de faire les mêmes “blagues” sur d’autres minorités sanctifiées par le clergé moral contemporain. Vous découvrirez rapidement que les gardiens de la transgression deviennent soudain d’une sensibilité presque victorienne.

Mais concernant les Juifs, tout devient possible.

Là, on philosophe.

Là, on contextualise.

Là, on déconstruit.

Et surtout : là, on excuse.

Matthieu Pigasse n’est pourtant ni naïf ni inculte. Il connaît parfaitement les symboles, les sous-entendus, les effets de climat. Il sait ce que diffuse sa radio. Il sait ce qu’il cautionne lorsqu’il invoque mécaniquement la “liberté d’expression” comme d’autres brandissaient autrefois un certificat d’indulgence.

Le plus ironique reste d’ailleurs cette posture de résistance permanente.

Pigasse aime se présenter comme un combattant culturel contre l’extrême droite. Très bien. Mais il devient alors fascinant d’observer à quel point certains milieux prétendument progressistes tolèrent aujourd’hui des formes d’hostilité obsessionnelle envers les Juifs qui auraient provoqué un scandale absolu il y a vingt ans.

Le vieux logiciel antisémite ne disparaît jamais vraiment en France.

Il change simplement de veste.

Hier nationaliste.

Aujourd’hui militant.

Hier réactionnaire.

Aujourd’hui « subversif ».

Et dans cette grande comédie morale, le milliardaire punk finit parfois par ressembler à un notable de l’Ancien Régime expliquant gravement qu’il faut “laisser les artistes provoquer” pendant que sa cour applaudit des obsessions devenues parfaitement prévisibles.

Au fond, la vraie question est peut-être celle-ci :

À partir de quel moment la défense abstraite de la liberté cesse-t-elle d’être du courage pour devenir simplement une confortable lâcheté mondaine ?

© Paul Germon

(qui constate avec tristesse qu’en France même les milliardaires rebelles finissent parfois par devenir des bourgeois conformistes… mais avec des vinyles de The Clash dans le salon 😂)

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6 Comments

  1. L’alliance de grandes fortunes avec le Nazisme n’est pas un fait nouveau. Certains ont collaboré avec l’Allemagne nazie au siècle dernier. ceux d’aujourd’hui collaborent avec l’UE, l’islamisme, et les mouvements néo-fascistes tel LFI. Ce Pigasse est une ordure, à l’image de ceux qui travaillent pour ses médias et à l’image de leur public.

  2. The Clash est ultra conformiste et leurs paroles ou interviews transpirent le politiquement correct. Des punks de pacotille au service du système.
    Cela m’étonnerait qu’il aime John Lydon ou Morrissey, d’authentiques rebelles.

    Certains milliardaires sont des fanatiques très dangereux, semblables à des chefs de mafias ou d’organisation extrémistes. Il faut les traiter comme tels. Soros en est le cas le plus emblématique. Pigasse est un peu du même acabit, pour l’instant en moins puissant.

    Ils réussissent même à rendre sympathique Elon Musk, dont je n’apprécie ni les méthodes envers ses employés ni l’aide au régime criminel de Kiev ni les délires transhumanistes mais qui a au moins le mérite majeur de représenter un contre-pouvoir face à ces apôtres du Mal Absolu.

  3. Un bobo d’extrême gauche, donneur de leçons. Et que dire de radio Nova avec les dernières blagues pas drôles de Pierre Emmanuel Barré sur Gabriel Attal et Sophia Aram. Ce n’est pas de l’humour ni de la liberté d’expression, c’est de l’insulte et de l’appel à la haine. Cette extrême gauche de Pigasse mélenchoniste, ce sont les nouveaux totalitaires en France.

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