Les pieds dans le tapis moyen-oriental 2/2. Par Nidra Poller

L’esprit du 8 octobre

Les anti-guerre se réveillent aux rares moments où le monde libre décide de se défendre contre les tyrans. Ils n’étaient pas contre la guerre impitoyable menée par le régime islamique contre ses citoyens, pas choqués par la tuerie génocidaire de janvier. Pas contre la guerre du Hamas contre Israël, pas horrifiés par  l’invasion génocidaire du 7 octobre. Pas contre la guerre « asymétrique » qui grignote la liberté de tous depuis un demi-siècle.

D’autres encore, conscients de l’enjeu et favorables, par ailleurs, à la défense de l’Ukraine, sont heurtés par « l’action brutale américaine au Moyen-Orient ». Se croyant sans sympathie pour le régime des mollahs, ils restent pourtant bloqués dans leur déjà-vu. Oui, en finir avec les tyrans, mais pas comme ça, pas en tuant des enfants [l’école de filles à Minab], pas en frappant aveuglément. D’ailleurs, frapper ne sert à rien. On aura les mêmes ou pires. Ça ne marche jamais. Faire confiance à Trump qui ne respecte rien, ni intra-muros ni à l’étranger ? Aider les combattants de la liberté, oui, s’ils existent comme tu dis. Mais les autres ? Les pro-régime ? Ils vont se laisser faire ? Guerre civile, certainement. Aider oui. Mais pas comme ça. Diplomatie. Négociations. Reconnaître nos limites. Avouer nos fautes. La colonisation, les guerres bâclées, l’ingérence des Yankees dans l’hémisphère sud et maintenant l’affreux Trump. Le Groenland, la Venezuela et demain Cuba.

L’esprit du 8 octobre. Scandalisés par la puissance militaire américano-israélienne, des commentateurs effacent du discours l’agressivité génocidaire du régime islamique. La riposte bien tardive devient une attaque injustifiable et, qui plus est, mal préparée, bêtement menée, sans capitaine, sans gouvernail, vouée à l’échec. On ne tient pas compte de la menace existentielle pour Israël, des coups bas encaissés sans réponse par les Américains et des Européens, des risques incalculables de laisser en place une puissance sans merci. Une guerre défensive devient, dans les récits, une aventure gratuite de flingueurs surarmés face à un régime inébranlable. 

Alexandra Schwartzbrod sur BFM TV sait de quoi elle parle : Cette guerre, c’est l’hubris de Trump allié au besoin de Netanyahou de se faire réélire.

Au début de la troisième semaine, le verdict est tombé. C’est raté. Ça coûte une fortune. Les crâneurs sont à bout de munitions.  Maintenant que les méchants (siono-yankees) ont déstabilisé la région, voire le monde entier, qui va leur montrer la porte de sortie ?

Oui, mais après un mois dans le brasier et face au cocorico trumpien de victoire frelatée, l’esprit collectif se raffine. On commence à reconnaître que la défaite serait cataclysmique ?

Le problème, mes bien-aimés, c’est le jihad.

Nous ne faisons pas la guerre. C’est de la légitime défense. Contre le jihad. Tu dis « jihad » et c’est le court-circuit. Le blackout. L’amnésie sur l’histoire de la conquête islamique. Il faut se contenter du générique « terroriste ».

Comment est-ce possible ? Avec tout ce qui nous arrive depuis le début du siècle, depuis un demi-siècle, depuis le VIIe siècle, on ne peut pas encore expliquer au grand public que l’Iran mène en bonne et due forme le jihad contre les kuffars au nom d’Allah, pour imposer la sharia jusqu’au dernier converti ou mort. Nous allons enfin nous défendre. Plus ou moins.

Identifier le jihad c’est assembler d’un coup sec un puzzle 1000 pièces. Comprendre le jihad et tout tombe en place. Les liens entre le petit dealer du coin et le développement de l’arme nucléaire iranienne, la corruption des élites et la haine du Juif, une immigration de conquête et des zones sous l’emprise de la sharia ; les attentats en Israël, en Europe, aux Etats-Unis, partout ; l’alliance entre les jihadistes et des puissances infidèles hostiles à l’Occident ; l’impossibilité absolue de négociation, d’accord, d’entente, de confiance mutuelle … En remettant tous ces éléments disparates à leur place dans l’histoire et la pratique de l’islam de conquête, on reconnaît l’État juif comme le rempart, pas le fauteur de trouble.

Andrew McCarthy expose dans la National Review l’argument que l’administration Trump n’arrive pas à formuler. Le régime iranien n’est pas nationaliste, pas enraciné dans la riche civilisation perse ; il est sharia-suprémaciste, son but est de faire le jihad au nom d’Allah pour imposer l’islam universel. Des citoyens qui cherchent à déboulonner le régime et à adopter des valeurs occidentales sont marqués comme infidèles et apostats qui méritent la mort.

Le président vacille, dit McCarthy. Changement de régime, troupes au sol, capitulation iranienne, retour du service militaire obligatoire aux Etats-Unis, oui, non, oui & non. On a été horrifié de le voir  en casquette blanche lors du transfert des corps des soldats tombés sur le champ de bataille. En fait, croyant que l’opération serait vite fait bien fait, il ne voyait pas le besoin d’expliquer. Maintenant, ce n’est plus le cas. D’habitude, quand sa volonté n’est pas exaucée, il se plie.

Le Washington Examiner, de son côté,donne raison au président qui tente de se soustraire du piège par lui-même tendu …  mais, il ne devrait pas le faire sans livrer le coup de grâce. Il devrait au moins débloquer le détroit d’Ormuz.

Hatikvah

La Corée, le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, so what ? On n’est pas intervenu en Syrie. C’était mieux ? Huit ans de guerre civile, un demi-million de morts. Assad enfin éliminé. Du regime change. Mené, de grâce, par un ancien (et futur ?) jihadiste. Pas par voie diplomatique. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas trouvé la bonne stratégie qu’il faut être fier d’éviter le combat contre des puissances tyranniques qui menacent, au-delà de leurs propres sujets, la paix du monde. Car il est rare qu’elles se contentent de persécuter les leurs.

Ce n’est pas bête, c’est noble de vouloir aider les vrais résistants épris de liberté. C’est salutaire de développer notre intelligence collective afin de mieux les reconnaître. Ne pas s’égarer derrière des héros pourris, les Che Guevara, les Pol Pot, et des causes empoisonnées comme le palestinisme. 

On a honte de le rappeler : oui, c’est vrai, on n’impose pas la démocratie avec des bombes. L’action militaire sert à affaiblir le pouvoir tyrannique. Si le peuple n’ose pas lutter, on ne peut pas lui apporter de l’Uber liberté. Les résistants iraniens ont besoin de notre aide. Ils la méritent.

L’incohérence contagieuse

Trump a pris la décision courageuse de lancer la campagne militaire préemptive. Il pourrait rendre possible une transformation géopolitique monumentale. Pour une fois les superlatifs seraient justes. A condition de tenir la route, de ne pas se fatiguer, se désintéresser, baisser les bras devant les difficultés énormes rencontrées.

N’empêche, son incohérence n’est pas anodine. Il voudrait bien reprendre langue avec les dirigeants iraniens mais ils sont tous morts. Des troupes au sol ? Peut-être bien …  bien que l’opération, totalement et absolument réussie, touche à sa fin. Forcer l’ouverture du détroit d’Ormuz ? Fastoche. Mais ces minables lâches de l’Otan ne lèvent pas le petit doigt pour défendre leurs intérêts.

Les résistants craignent justement que, de guerre lasse, il cherche le deal pour calmer le jeu et tant pis pour le peuple héroïque abandonné à la merci de l’Occupation islamique et tant pis pour l’intrépide allié Israël.

[Je n’aime pas le rythme saccadé de ce texte, mais c’est justement ça, les pieds dans le tapis. L’actualité sonne en coups de feu étourdissants. Les contradictions fusent.]

24 mars : Qu’est-ce qui se passe ? C’est vrai ? Il négocie avec le régime ? Ce qu’il en reste ? Derrière notre dos ? Il parle avec qui ? Des gens raisonnables, respectés, dit-il. L’Iran veut la paix. Rubio est remballé ? JD Vance en avant. Witkoff & Kushner, l’Egypte, la Turquie, le Pakistan. Oman aussi ?

26 mars : On dit que Vance a grondé Netanyahu, l’accusant d’avoir entrainé Trump dans une entreprise casse-gueule vendue comme gagnée d’avance. Oublions l’étoile montante de Rubio. Elle a crashé. JD Vance est désormais le MSB du président américain. Lors de la réunion du Cabinet, il a assumé solennellement la charge de négocier un cessez-le-feu avec l’Iran, en soulignant que les  pourparlers auront lieu pendant des jours lourds de sens, la semaine sainte de Paques.

Je le demande sans arrêt. On ne me répond pas. Les pourparlers sont toujours dans des pays arabo-musulmans. Pourquoi ? Trump déteste l’Europe. Pas question de sommets à Paris. Mais ça n’explique pas tout.

C’est chouette, dit le président, c’est une sorte de regime change parce qu’ils sont tous morts. Son équipe pourparle avec un dur des durs. Pleure pas ma petite dame, c’est une ruse. Je ne suis pas une petite dame et ce n’est pas une ruse. Il se croit. Il ne comprend pas la différence entre un changement au sein du régime et un changement de régime. Le NY Sun croit savoirque c’est Vance le favoris pour 2028.

J’en connais qui décrochent. Ils ne peuvent plus supporter l’Info. Moi, c’est le contraire. J’encaisse, je trie, je cours de la presse écrite à l’audiovisuel, je puise, je survole, je passe des sites confidentiels aux grands titres internationaux, j’écoute, je lis, je consulte, je m’épuise, je cherche l’équilibre, je m’interroge, je note, j’écris, je ne peux pas m’arrêter de déverser dans mon dossier « documentation » des extraits, des citations, des analyses, des énormités. 

Une amie israélienne haute placée et digne de foi dit tout le bien qu’elle pense de Witkoff et Kushner, des négociateurs hors pair qui se sont rendu compte, après le troisième round de pourparlers [du 27 février], que les Iraniens n’offraient rien. Gosh ! D’autres encore, amis et collègues estimés, s’émerveillent de l’entente incroyablement serrée entre les deux héros, Bibi et Trump, chacun  souverain et les deux unis en vision, objectifs, programme, timing. Ces amis savent à quel point on redoute un non-lieu trumpien. A vrai dire, la trahison. Ils savent qu’Israël ne peut pas s’arrêter en chemin et ne pourrait pas poursuivre sans les Américains.

Dans un monde bouleversé, on espère trouver auprès des spécialistes un peu de lumière, une conscience de l’enjeu. Pas ces dérives de joie maligne à voir, à s’imaginer, à inventer la déroute inévitable d’une aventure militaire hasardeuse … en oubliant que cet échec les toucherait, eux aussi, bien enfoncés dans leurs fauteuils. Un journaliste s’amuse à pointer les imprévus de la guerre et enchaîne sur le sujet suivant : un professeur menacé de mourir « comme Samuel Paty » .

Nos doutes sont-ils calmés par un André Bercoff, « le seul Français à avoir interviewé Donald Trump », qui repasse le plat « Art of the Deal » ?  Comment ? DJT n’a pas écrit le texte, n’a pas pratiqué l’art—sa carrière de businessman était plutôt l’art de l’arnaque—et personne n’a su démontrer les effets heureux de cet art appliqué sur le terrain des affaires étrangères.

Ecoutons Tony Schwartz qui regrette amèrement d’avoir rédigé le texte : Trump est un menteur sans complexe. Il y a un vide dans son for intérieur. Pas d’âme, pas de cœur.

L’ouvrage a été loué à sa parution en 1987 par Chris Lehmann-Haupt dans le New York Times (« Jay Gatsby lives »). « Trump a restauré ma foi dans le rêve américain ».

Frappe ou frappe pas ?

Février : Des milliers de voyageurs, confiants que Trump laissera son armada poireauter encore longtemps dans des eaux troubles, ont été bloqués dans les pays bling bling du Golfe. Râleurs, mécontents de l’absence de secours,  indifférents à l’enjeu vital, ils voulaient qu’on leur ouvre un bout d’espace aérien et n’en parlons plus. Tant pis pour les Israéliens dans les abris, les résistants Iraniens enjambant les ruines laissées par des bombardements bienvenus et les infrastructures du tourisme de luxe bientôt immolées.  

Justice poétique

L’information tombe en pleine guerre. Kobili Traoré, l’assassin pénalement irresponsable du meurtre sauvage antisémite de Sarah Halimi, sera enfin jugé pour quelque chose ! Pas content d’être logé nourri blanchi dans un gentil hôpital psychiatrique, il a trouvé le moyen d’organiser, avec quelques complices, la séquestration et vol avec arme d’un homme de 40 ans.

J’entends des voix

La saine colère de Mona Jafarian, le joyeux optimisme  d’Abnous Shalami, la voix forte et lucide de tant de résistants iraniens qui affirment l’espoir courageux et la juste détermination. 

La voix posée, solide, stable, rassurante et bienveillante du dover tsahal, le général de brigade Effie Defrin, transmise chaque soir sur i24 news.

Et des voix qui m’énervent :

Le ministre omanais des Affaires étrangères, ex-médiateur dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis, a accusé l’administration américaine de «s’être laissée entraîner» par Israël dans la guerre à un moment où un accord semblait «réellement possible».

Témoignage dans le Wall Street Journal : « ‘Ce que j’ai appris sur l’islam pendant la carême’  Les chrétiens devraient mieux connaître le ramadan et trouver des voies partagées vers Dieu».  

Et encore le président américain :

Sur le décès de Robert Mueller, l’ancien procureur chargé de l’enquête sur l’ingérence russe dans sa campagne de 2016 : « C’est bien, ça me plaît ».

Sur son homologue israélien :  Herzog est faible et pathétique. Il devrait accorder la grâce tout de suite et laisser Netanyahou se concentrer sur la guerre en Iran.

L’éternel présent de la haggadah :

Nous étions esclaves dans la contrée d’Egypte. Nous sommes des Hébreux mis à l’épreuve dans l’antichambre de la liberté. Qui aura le courage de poursuivre le chemin ? D’affronter les dangers ? De vaincre les ennemis ?

Qui rejoindra les idolâtres prostrés aux pieds du veau d’or ?

J’avais posé la question avant. Je la pose encore :

Donald Trump va-t-il, comme de coutume, déclarer une victoire factice, trahir ses alliés, nos valeurs, la résistance, empocher ses bénéfices pécuniaires, confirmer la concordance entre sa pensée, sa parole, ses stratégies et les prémisses de son ultime défaite personnelle et politique ?

Est-ce qu’il va agir selon la logique exposée ici ?

Non ?

Sommes-nous face à un paradoxe monumental ? Sera-t-il, lui– le lourdingue, l’incohérent, le faux jeton, l’inculte au cœur fourchu, le petit dictateur à la casquette blanche– contre toute évidence, un brillant chef des armées capable de tenir bon, d mettre l’immense puissance militaire, économique et financière des Etats-Unis au service d’une libération globale :  vaincre le jihad du 21e siècle ?

© Nidra Poller


                                                           Nidra Poller

Nidra Poller, née aux Etats-Unis dans une famille d’origine mitteleuropéenne et posée à Paris depuis 1972,  est une romancière devenue journaliste, le 30 septembre 2000, par la force des choses, dit-elle, par  l’irruption brutale, dans mon pays d’adoption, d’un antisémitisme génocidaire, Nidra Poller est connue depuis comme journaliste, publiée entre autres dans  CommentaryNational Review OnlineNY SunControversesTimes of IsraelWall Street Journal EuropeJerusalem PostMakor Rishon , Causeur,  Tribune JuivePardès …

Elle rédigea longtemps le vendredi une Revue de la Presse anglophone pour la newsletter d’ELNET.

Elle est l’auteur d’une œuvre élaborée en anglais, en français, en fiction et en géopolitique, dont L’Aube obscure du 21e siècle (chronique), madonna madonna (roman), So Courage & Gypsy Motion (novel)

J’assume la contradiction, ajoute Nidra, me disant romancière mais pas auteure.

Observatrice des faits de société et des événements politiques, elle s’intéresse particulièrement aux conséquences du conflit israélo-palestinien et aux nouvelles menaces d’antisémitisme en France. Elle fait partie des détracteurs de Charles Enderlin et France 2 dans la controverse sur l’Affaire Mohammed al-Durah  et soutient la théorie d’Eurabia (en particulier avec Richard Landes).

Elle a fondé les Éditions Ouskokata.

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1 Comment

  1. Mme Poller affirme, comme la majorité des médias français et européens « Trump déteste l’Europe. »
    C’est stupide et de mauvaise foi!
    Trump déteste la mollesse, la lâcheté, la pusillanimité de l’Europe qui se laisse envahir, contaminer et pervertir par les Frères Musulmans, l’argent du Qatar et l’invasion arabo-musulmane massive voulue par la gauche « bien pensante ».
    Il déteste la faiblesse suicidaire de l’Europe parce qu’il aime justement l’Europe et revendique des racines européennes pour lui même, sa famille et aussi pour les USA.
    La chute en cours de l’Europe dans l’escarcelle du djihad est une catastrophe pour le Monde Libre!
    Mais Mme Poller est aveuglée par sa haine irrationnelle de Trump et se contente de répéter les mensonges des médias dominants !

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