Tribune juive ne soutient pas les actes illégaux qui pourraient être commis par des juifs en Judée Samarie ou ailleurs en Israël. Chacun doit respecter les lois et la police doit y veiller. Le gouvernement israélien démocratiquement élu s’est positionné avec clarté.
À l’approche de Pessah, alors que des familles entières vivent depuis bientôt un mois au rythme des sirènes, que des enfants apprennent trop tôt le son des alertes et le chemin des abris, que des soldats tombent, une parole s’est élevée. Elle s’est élevée. Non pas pour tenir, non pas pour soutenir, mais pour juger. À distance. À contretemps.
La signature de Delphine Horvilleur au bas de la lettre* adressée à Isaac Herzog relève d’une faute de position.
Nous ne débattrons pas ici du fond ni ne discuterons du droit à la critique, lequel existe, vital. Mais nous redirons la hiérarchie des urgences, la décence du moment, la responsabilité de prendre publiquement position.
Quand un peuple est frappé, traqué, épuisé, tel l’est celui d’Israël depuis le 7 octobre, la parole qui choisit ce moment précis pour oser venir donner des leçons depuis la sécurité d’un autre pays ne se hisse pas à la hauteur de la critique : elle s’en exclut. S’en excluant, la voilà devenue autre chose. Une forme de surplomb moral ignorant le réel qu’elle prétend éclairer.
Plus qu’une question d’opinion, nous fustigeons ici une question de tenue. Mot qui d’évidence n’appartient pas au logiciel de Madame Horvilleur.
Cette dernière, en miroir à certaines postures contemporaines, cède irrésistiblement à une tentation persistante : celle de parler « au nom de », sans en assumer le prix. Celle encore de s’ériger en conscience, sans partager l’épreuve. De convoquer l’éthique, tout en s’épargnant le tragique.
Nous redirons donc à Delphine Horvilleur qu’on ne parle pas de guerre depuis un salon, qu’on ne parle pas de survie comme d’un concept, qu’on ne convoque pas la morale alors même que d’autres paient, chaque jour, le prix du réel.
Ce décalage, Madame Horvilleur, a un nom. Ce n’est pas du courage.
Ce qui choque ici, au-delà de la critique, c’est l’indécence du moment choisi. L’absence de retenue. C’est l’assurance tranquille de celle qui sait toujours — depuis loin — ce qu’il faudrait faire, dire, être.
Madame Horvilleur a dû savoir un jour -et peut-être même lui est-il en des temps lointains arrivé de l’enseigner en sa qualité de rabbin-, que le silence est parfois une forme supérieure de responsabilité. Que tout ne se dit pas toujours.
Ce n’est pas du courage dont fait montre aujourd’hui notre rabbin, disais-je.
Il faut appeler les choses par leur nom.
Ce nom existe encore : la honte.
© Sarah Cattan
* »Lettre ouverte de leaders juifs du monde entier au Président Herzog«
