Delphine Horvilleur, j’ ai honte à votre place.
Il y a des moments où écrire n’est pas un acte de courage.
C’est un réflexe.
Un réflexe d’exposition.
Un réflexe d’existence.
Un réflexe presque pavlovien chez certains intellectuels de la diaspora dès qu’une caméra s’éteint ou qu’un plateau les oublie.
La récente lettre adressée au Président Herzog signée notamment par vous n’échappe pas à cette règle.
Elle prétend dénoncer.
Elle prétend alerter.
Elle prétend incarner une exigence morale.
En réalité, elle révèle autre chose :
une déconnexion. Et une tentation.
La tentation d’exister… sur le dos d’Israël
Il faut appeler les choses par leur nom.
Quand Israël brûle, certains écrivent.
Quand Israël enterre ses morts, certains signent.
Quand Israël combat, certains commentent.
Et parfois, ils commentent surtout… pour continuer d’exister.
Car il y a une constante troublante :
ces prises de position surgissent souvent là où la lumière médiatique commence à faiblir.
Or, Horvilleur n’a jamais fait mystère de son rapport à la parole publique.
Elle y excelle.
Elle y brille.
Elle s’y installe.
Mais ici, la plume ne sert pas une cause.
Elle sert une présence.
Nommer « terrorisme » : le mot de trop, ou le calcul de trop
Parler de « terrorisme extrémiste juif » dans un moment où Israël fait face à une guerre existentielle n’est pas une maladresse.
C’est un choix.
Un choix lourd.
Un choix politique.
Un choix qui sera repris, amplifié, déformé.
Car il ne faut pas être naïf.
Chaque mot signé par une figure juive de diaspora est immédiatement recyclé :
• par ceux qui délégitiment Israël
• par ceux qui relativisent le terrorisme palestinien
• par ceux qui cherchent à retourner les Juifs contre eux-mêmes
Et vous le savez parfaitement, Delphine Horvilleur.
L’irresponsabilité confortable de la distance
Il est toujours plus simple de parler de morale quand :
• on n’entend pas les sirènes
• on ne court pas vers un abri
• on n’envoie pas ses enfants à l’armée
La diaspora a le droit de s’exprimer.
Elle a même le devoir de réfléchir.
Mais elle a aussi une responsabilité :
ne pas fragiliser ceux qui vivent ce qu’elle analyse.
Aujourd’hui, Israël n’a pas besoin de leçons venues de loin.
Israël a besoin d’unité.
Pas d’unité aveugle.
Mais d’une unité lucide.
Or ce type de tribune fracture.
Elle fracture moralement.
Elle fracture symboliquement.
Elle fracture stratégiquement.
L’angle mort volontaire
Oui, des actes condamnables existent.
Oui, ils doivent être sanctionnés.
Mais pourquoi cette obsession à les ériger en symbole central ?
Pourquoi ce besoin de grossir le marginal…
et de minimiser le structurel ?
Pourquoi cette incapacité chronique à nommer avec la même intensité :
• le terrorisme palestinien
• l’endoctrinement
• la haine systémique
Parce que cela expose moins.
Parce que cela dérange davantage.
Parce que cela rapporte moins de lumière.
La morale sélective est une posture
Une morale qui :
• voit tout d’un côté
• atténue tout de l’autre
• et choisit soigneusement ses indignations
n’est pas une morale.
C’est une mise en scène.
Et dans cette mise en scène, Israël devient un décor commode.
Un théâtre sur lequel certains viennent rejouer, inlassablement, leur rôle préféré :
celui de la conscience éclairée.
Mais éclairée pour qui ?
Car pendant que ces textes circulent dans les cercles intellectuels,
ils produisent ailleurs des effets bien réels :
• ils alimentent la défiance
• ils nourrissent les amalgames
• ils légitiment des discours hostiles
Et ils offrent, surtout, une arme précieuse à ceux qui n’attendaient qu’une chose :
que des Juifs parlent contre Israël… pour parler contre les Juifs.
Une question simple, une fois encore
Madame Horvilleur,
Vous dites agir au nom de la morale.
Soit.
Mais une morale qui tombe toujours au moment où elle est médiatiquement audible,
et qui oublie systématiquement l’urgence existentielle d’Israël…
est-ce encore une exigence,
ou déjà une stratégie personnelle ?
Israël n’est pas parfait.
Aucun pays ne l’est.
Mais dans un moment où il lutte pour sa sécurité, sa stabilité, et parfois sa simple survie,
il mérite autre chose que des tribunes écrites à distance pour exister dans la lumière.
Il mérite du courage véritable.
Et le courage véritable, aujourd’hui,
ce n’est pas de signer contre lui.
C’est de se tenir, enfin, à ses côtés
sans chercher à briller plus que l’incendie.
Pendant que le peuple israélien court plusieurs fois par jour vers des abris pour sauver sa vie, vous, Delphine Horvilleur, trouvez encore le temps de courir vers la lumière pour sauver votre place.
Si votre seule réussite est de retrouver le chemin des plateaux de télé, alors oui, vous êtes probablement sur la bonne voie.
© L’Etoile de David

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