Les électeurs viennent de donner une grande leçon de démocratie en accordant leur confiance à ceux qui ont fait preuve de courage en s’opposant aux accords d’appareil contre nature !
Les rideaux sont tombés sur le second acte des élections municipales. Après les bruits de couloirs, les alliances de revers de manche et les sombres calculs que nous redoutions, le verdict est tombé. Et il est sans appel : vendre son âme a un prix, et ce prix, c’est le désaveu. Les électeurs ont montré aux politiques le chemin à suivre. Espérons qu’ils retiendront la leçon pour les présidentielles !
Le mirage des alliances « techniques »
Le premier enseignement de ce scrutin est cinglant pour les stratèges de bureau. L’alliance purement technique, dépourvue de colonne vertébrale idéologique, entre le Parti Socialiste d’Olivier Faure et La France Insoumise, a rencontré son plafond de verre. Le « pacte d’opportunité » — celui qui sacrifie la clarté sur l’autel de la survie arithmétique — n’a pas dupé les Français. Là où la politique s’est résumée à une addition de slogans plutôt qu’à une vision de la cité, l’électeur a sanctionné le manque de lisibilité et la dérive vers les extrêmes.
La géographie de ce sursaut : Quand la conscience l’emporte sur l’arithmétique !
Quatre cités incarnent le refus des « ficelles » et du pacte faustien par des choix qui honorent la République.
À Marseille, le courage d’être seul plutôt que mal accompagné. Face à la menace d’un Rassemblement National aux portes de l’Hôtel de Ville, Benoît Payan a fait un choix qui fera date. En refusant une alliance délétère avec une France Insoumise et ses dérives inacceptables, que certains qualifient de « passionnément antisémite », il a affronté seul la « tenaille identitaire ». Ce refus de la compromission au profit de la clarté a payé. Marseille a prouvé que l’on peut gagner sans vendre son âme à des radicaux. C’est la victoire de la dignité sur le calcul. La Cité Phocéenne, forte de ses 26 siècles d’existence a toujours été le refuge et l’espoir de se reconstruire ensemble pour ceux qui avaient tout perdu. Elle ne pouvait pas devenir un bastion de l’exclusion. Elle devient un exemple pour la France. La Marseillaise n’a jamais aussi bien porté son nom !
À Strasbourg, le grand rassemblement des démocrates. La capitale de l’UE a offert un spectacle précieux : l’alliance des démocrates, de la droite modérée à la gauche de gouvernement. Ce bloc des modérés n’était pas un mariage de raison grisâtre, mais un véritable marqueur de la vitalité politique au sens le plus noble, celui de l’éthique de la responsabilité. En dépassant les clivages partisans pour préserver l’essentiel — les valeurs républicaines et l’ancrage européen —, Strasbourg a montré que l’intelligence collective est le meilleur rempart contre les mirages populistes. C’est un cinglant camouflet à Olivier Faure qui voulait évincer Catherine Trautmann, figure historique du PS, au profit d’un accord mortifère de renoncement.
À Toulouse, la mémoire contre l’oubli. Cité meurtrie par les attentats de Mohamed Merah, la ville rose portait en elle une exigence morale absolue. Le verdict des urnes y a été un acte de justice mémorielle. En rejetant des candidats dont le silence sur ces crimes barbares fut indécent, les Toulousains ont rappelé qu’on ne peut prétendre diriger une cité sans en respecter les douleurs les plus profondes. Toulouse a choisi la lumière et l’intégrité pour construire l’avenir plutôt que l’amnésie et l’indifférence tactiques. Une victoire qui réveille les consciences.
À Toulon, le symbole est fort ! Ce devait être une simple formalité, signant le retour sous le giron de l’extrême droite d’une ville emblématique et la confirmation d’une progression nationale sans entrave. Le Rassemblement National y a été battu, prouvant que le « front républicain », lorsqu’il est porté par une conviction réelle et non par une consigne de dernière minute, reste un rempart inébranlable.
Un bilan national entre maintien, recul et l’éveil d’un ancrage
Au niveau national, ce scrutin dessine une France qui cherche sa stabilité. Si les écologistes marquent un certain recul par rapport à l’euphorie passée — payant souvent un manque de pragmatisme ou un positionnement dogmatique —, la droite traditionnelle parvient à maintenir ses positions grâce à son ancrage local. Quant au rassemblement LFI-PS, c’est une machine à perdre son âme et les élections. Là où la gauche a gagné, c’est le plus souvent grâce à des unions de projet local et non à une logique d’appareil. Enfin, le RN n’a ni su convaincre ni rassembler. Il essuie des revers significatifs dans des villes qu’ils croyaient acquises. Ces échecs patents n’empêchent pourtant pas les états-majors de crier victoire…
Mais la véritable nouveauté réside dans l’émergence du « bloc central ». Pour la majorité présidentielle, longtemps critiquée pour son absence de racines territoriales, ces municipales marquent un tournant. La victoire éclatante d’Édouard Philippe au Havre en est la preuve manifeste : elle valide une ligne de conduite capable de s’imposer par-delà des étiquettes partisanes. Ce premier véritable ancrage local démontre que la légitimité ne se décrète pas depuis Paris, mais se conquiert sur le terrain, par le courage des engagements tenus. Un espoir qu’il faudra concrétiser au travers d’une candidature unique d’ici 2027.
Le courage contre le cynisme
Le cynisme n’est pas l’unique option. Ce scrutin nous en donne la preuve. Des femmes et des hommes politiques courageux, refusant les alliances contre-nature, sont allés à la rencontre d’électeurs lucides prouvant « que la politique pouvait être une source d’inspiration plutôt qu’un lieu de perdition. »
Les grandes figures nationales d’hier, tels Léon Blum, Pierre Mendès-France, Simone Veil, Robert Badinter ou Lionel Jospin qui vient de nous quitter, ont des héritiers locaux aujourd’hui. Ceux qui ont choisi la clarté plutôt que la « ficelle » ont été récompensés. Car l’électeur possède une arme absolue : son bulletin de vote !
La France républicaine n’est pas une simple incantation ; c’est une volonté qui s’exprime quand la lucidité des citoyens rencontre la dignité de ceux qui les sollicitent. Le pacte faustien n’est pas une fatalité. Il s’efface dès lors que l’on préfère la lumière du débat à l’ombre des officines.
Elle est belle la France quand elle vote avec sa conscience plutôt qu’avec ses peurs.
Oui elle est belle la France quand elle refuse d’être dupe des tacticiens pour redevenir l’actrice de son destin.
Cet article est la 3ème partie d’un triptyque « Faust et la politique, on connait la musique » : La politique est un art qui demande une partition sans fausse note.
© Hagay Sobol
Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée. Il est Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham ».

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