
En pleine effervescence politique parisienne, Rachida Dati se tient au carrefour de l’expérience et de l’ambition. Ancienne ministre de la Justice et maire du 7ᵉ arrondissement depuis 2008, elle incarne une vision de Paris à la fois exigeante et concrète, où autorité et proximité se conjuguent au quotidien. Dans cet entretien, elle nous parle de ses engagements, de sa lecture de la capitale et de ce que signifie, pour elle, porter la responsabilité de la ville lumière.

Tribune Juive
Pourquoi vouloir Paris maintenant ? Est-ce un aboutissement ou une responsabilité historique ?
Rachida Dati : Je suis maire du 7ᵉ arrondissement depuis 2008 et également conseillère de Paris. Depuis toutes ces années, je suis engagée auprès de l’ensemble des Parisiens sans jamais opposer les uns aux autres.
Contrairement à la gauche actuelle qui, selon moi, a divisé la ville : l’Est contre l’Ouest, le Nord contre le Sud, les mobilités entre elles, les générations entre elles, les propriétaires contre les locataires, la voiture contre le vélo, le piéton contre la trottinette. Ces fractures ont été entretenues et parfois même provoquées de manière idéologique. Je veux y mettre fin. Mon objectif est de réconcilier les Parisiens entre eux, mais aussi les territoires, les arrondissements et les différentes mobilités.
Au Conseil de Paris, je défends les intérêts de tous les habitants, bien au-delà de mon arrondissement. C’est pour cela que je dis souvent que Paris est le combat de ma vie.
Tribune Juive : Qu’est-ce qui vous inquiète le plus aujourd’hui : la sécurité, la propreté ou la fatigue morale des habitants ?
Rachida Dati : La majorité sortante a trop longtemps laissé l’idéologie et le dogmatisme guider ses décisions au détriment des habitants.
Les Parisiens se plaignent aujourd’hui d’une insécurité croissante. Lors de la dernière mandature menée par Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, les atteintes aux personnes ont fortement augmenté, de même que les agressions sexuelles et le narcotrafic.
On constate également une hausse galopante des actes antisémites. Tout cela s’inscrit dans un climat où la culture de l’excuse et une forme d’impunité ont trop souvent dominé.
Les Parisiens sont fatigués et parfois résignés. Quand je vais à leur rencontre, je leur dis que le moment du changement est venu et que cette élection municipale peut marquer un véritable tournant.
Tribune Juive Faut-il choisir entre une ville écologique et une ville fluide ? Ou ce dilemme est-il un faux débat ?
Rachida Dati : Je ne crois ni à l’écologie punitive ni à l’écologie idéologique.Ce débat est en grande partie artificiel. La majorité sortante a souvent privilégié des mesures symboliques ou coercitives sans penser suffisamment au quotidien des Parisiens.Le premier geste écologique est pourtant simple : la propreté et l’entretien de la ville.Par ailleurs, cette mandature a beaucoup artificialisé les sols. Cela a contribué à créer des îlots de chaleur et à accroître les risques liés aux fortes pluies ou aux canicules.Je veux au contraire végétaliser davantage en pleine terre, restaurer environ 500 parcs et jardins dégradés et mieux protéger les deux grands poumons verts de la capitale : le Bois de Vincennes et le Bois de Boulogne Un dispositif spécifique sera mis en place pour leur protection.
Tribune Juive : Si vous n’aviez qu’une seule réforme à lancer dès les premiers jours à l’Hôtel de Ville, laquelle serait-elle ?
Rachida Dati : On ne peut pas vivre sereinement dans une ville où l’on ne se sent pas en sécurité.Ma priorité sera donc de rétablir la sécurité dans l’espace public. Je propose de doubler le nombre de caméras de surveillance, en passant de moins de 4 000 aujourd’hui à environ 8 000. Paris compte près de 7 000 rues : l’objectif est qu’il n’y ait plus d’angles morts. Nous rétablirons également l’éclairage dans les zones insuffisamment éclairées, car l’obscurité favorise l’insécurité et la dégradation de l’espace public
Enfin, je souhaite déployer 5 000 policiers municipaux, équipés, formés et présents jour et nuit dans tous les quartiers.
Tribune Juive Si vous deviez résumer votre projet pour Paris en trois mots — non pas des slogans mais des engagements — lesquels choisiriez-vous ?
Rachida Dati : Trois priorités très claires : la sécurité, la propreté et la végétalisation.
Tribune Juive :Vous avez exercé des responsabilités nationales. La mairie de Paris est-elle un pouvoir plus contraint qu’un ministère ?
Rachida Dati : Au contraire, un maire est souvent plus libre d’agir. D’abord parce qu’il est élu. Ensuite parce qu’il dispose directement des leviers pour appliquer le programme pour lequel il a été choisi par les citoyens
La responsabilité est plus lourde, mais aussi plus concrète. Et je compte tenir mes engagements comme je l’ai toujours fait dans mes fonctions précédentes.
Tribune Juive : La voiture est-elle devenue l’ennemi officiel à Paris ou le symbole d’une fracture sociale que l’on refuse de voir?
Rachida Dati: Aujourd’hui, Paris ne dispose pas d’un véritable plan de circulation. Résultat : beaucoup d’usagers ont le sentiment d’un certain chaos dans l’espace public.
Je souhaite donc instaurer un plan de circulation fondé sur des études d’impact et des données précises. Chacun aura un espace clair et devra le respecter.
Le grand oublié reste le piéton, alors que la majorité des déplacements à Paris se fait à pied. Les cheminements devront être sécurisés, notamment pour les personnes handicapées, les personnes âgées ou les parents avec poussettes.
Tribune Juive : Paris traverse une crise de confiance. Quelle est, selon vous, la faute politique majeure de ces dernières années ?
Rachida Dati : Le laxisme beaucoup de laxisme Aujourd’hui, Paris souffre d’une image de ville sale et insécure. Dans plusieurs classements internationaux, la capitale a perdu de son rayonnement.Or Paris est une capitale mondiale. Elle doit briller par ses artistes, ses chercheurs, ses entrepreneurs et sa jeunesse.
Tribune Juive : Vous parlez souvent d’autorité. Concrètement, qu’est-ce que cela changerait dans la gestion quotidienne de la ville ?
Rachida Dati : L’autorité, c’est d’abord une organisation claire et des objectifs précis.En matière de sécurité, je mettrai en place un dispositif renforcé dans les quartiers devenus des zones de non-droit. Chaque mairie d’arrondissement disposera d’un centre de supervision urbain. Concernant la propreté, la ville devra être propre 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais surtout de coordination et de direction.Je reverrai l’ensemble des circuits de collecte et de nettoyage afin de rendre ces services plus efficaces.
Tribune Juive : Quels sont vos liens avec la communauté juive et que souhaitez-vous faire pour encourager le dialogue entre les religions?
Rachida Dati : Je refuse toute instrumentalisation des conflits internationaux dans le débat municipal. On voit au conseil de Paris que le conflit israélo palestinien est importé systématiquement pour opposer les musulmans aux juifs. C’est une volonté idéologique d’opposer les communautés, les unes aux autres, les confessions les unes aux autres. La gauche avec Emmanuel Grégoire qui a déclaré qu’elle ne s’allierait pas avec LFI compte sur ses listes des LFIstes, membres du collectif Free Palestine et d’autres collectifs qui prennent pour prétexte la Défense des populations palestiniennes pour mieux exprimer leur antisémitisme et leur rejet d’Israël. Lorsque j’étais ministre de la Justice, j’ai créé dans chaque parquet un magistrat spécialement chargé de la lutte contre l’antisémitisme. Et comme ministre de la Culture, j’ai déposé plainte à chaque attaque antisémite visant des institutions culturelles.
C’est un engagement ancien et constant. Mes liens avec la communauté juive sont aussi personnels. Ma mère vivait à Oran, où la communauté juive était très présente. En arrivant en France, ces relations se sont poursuivies. J’ai grandi dans un environnement où les fêtes se partageaient entre voisins. Encore aujourd’hui je suis très bien accueillie chez mes amis. Pour moi, la coexistence harmonieuse des communautés est une richesse.
Tribune Juive : Vous dites ne pas vouloir d’alliance avec Sarah Knafo. En cas de nécessité, feriez-vous alliance avec un autre parti ?
Rachida Dati :Le mode de scrutin municipal a évolué. C’est la liste arrivée en tête au second tour qui désigne le maire de Paris.Je mène donc une campagne de vote utile dès le premier tour afin de créer une dynamique forte. Mon objectif est d’arriver en tête et de battre la majorité sortante, Cette élection municipale doit porter sur l’avenir des Parisiens. Elle ne doit pas devenir un tremplin pour des ambitions personnelles.
Tribune Juive : Le mot de la fin?
Rachida Dati : Je veux que Paris retrouve sa beauté : ses bancs Davioud, ses kiosques, ses candélabres…
Je veux que Paris redevienne la ville du rêve, par son esthétique mais aussi par ses opportunités. Une capitale de la liberté, de l’ambition et de l’ascension sociale.
Je ferai tout pour que Paris continue de faire rêver et pour que ceux qui s’y installent puissent y construire leur destin.
Merci Rachida Dati et Bonne chance.
Propos recueillis par Sylvie Bensaid
Photos Alain Azria

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