Iran : la longue illusion de la diplomatie française. Par Jean-Charles OpenIntel

On entend souvent que la diplomatie consiste à parler à tout le monde. Très bien. Encore faut-il savoir à qui l’on parle, ce que l’on demande et ne pas prendre une machine de répression pour un interlocuteur de bonne foi.

Depuis des années, la diplomatie française a fait le choix de traiter la République islamique d’Iran comme un interlocuteur classique, capable de donner des clarifications, de prendre des engagements ou d’infléchir sa ligne, alors même que tout montre l’inverse. C’est là le fond du problème. Paris a trop souvent demandé au régime iranien de s’expliquer sur des actes dont il était lui-même responsable ou de se limiter sur des instruments de puissance qu’il avait lui-même construits.

L’épisode Mahsa Amini en a donné une illustration presque caricaturale. Après la mort de cette jeune femme, arrêtée par la police des mœurs, Emmanuel Macron demande à Ebrahim Raïssi que toute la lumière soit faite. La formule est diplomatique, mais elle est surtout révélatrice. Car demander au régime iranien de faire la lumière sur la mort de Mahsa Amini revient en réalité à demander au système qui organise la répression d’enquêter sur lui-même.

Mais ce n’est pas un cas isolé. C’est une méthode.

On l’a vu lors de la répression des manifestations iraniennes. Pendant que les forces du régime écrasaient les protestataires, l’Europe appelait Téhéran à faire la lumière sur les violences et à respecter les droits des manifestants. Là encore, on demandait au pouvoir qui frappait, emprisonnait et tuait de se contrôler lui-même.

La même logique a structuré l’approche du dossier nucléaire. L’accord conclu en 2015 reposait sur l’idée qu’un mécanisme diplomatique pourrait contenir les ambitions du régime iranien, tout en laissant de côté des dimensions pourtant centrales de sa stratégie : les missiles balistiques, l’appareil des Gardiens de la révolution et les réseaux armés de la région, notamment le Hezbollah.

C’est d’ailleurs là qu’apparaît l’une des contradictions les plus flagrantes de la diplomatie européenne. Pendant des années, les capitales européennes ont reconnu le rôle militaire du Hezbollah au Liban et dans toute la région. Pourtant, l’Union européenne a maintenu cette fiction entre une soi-disant branche militaire, considérée comme terroriste, et une prétendue branche politique qui ne le serait pas.

Or cette séparation n’est reconnue ni par l’organisation elle-même ni par la plupart des services de renseignement. Le Hezbollah fonctionne comme une structure unique, financée, armée et guidée par Téhéran. Autrement dit, tout en dénonçant l’influence régionale de l’Iran, l’Europe a maintenu pendant des années un dispositif qui permettait encore à une partie de cette organisation d’opérer politiquement et financièrement.

Il y a aussi le cas des ressortissants occidentaux détenus en Iran. À plusieurs reprises, des citoyens européens, dont des Français, ont été arrêtés et emprisonnés sous des accusations d’espionnage ou d’atteinte à la sécurité nationale. Officiellement, Paris parle de diplomatie discrète pour obtenir leur libération. Dans les faits, beaucoup d’observateurs considèrent que ces arrestations servent de levier politique dans les négociations avec l’Occident.

Autrement dit, pendant que la diplomatie française s’efforce de préserver le dialogue, le régime iranien transforme la détention d’étrangers en instrument de pression.

Et aujourd’hui, Emmanuel Macron explique avoir appelé le président iranien Massoud Pezeshkian pour lui demander de garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, alors même que la menace sur ce passage fait depuis longtemps partie des principaux leviers de pression de Téhéran. Là encore, on fait comme si le régime allait renoncer de lui-même à un outil central de sa stratégie régionale.

C’est cela, au fond, le réquisitoire contre la diplomatie française. Non pas d’avoir essayé de parler à l’Iran. Une diplomatie parle, c’est sa fonction. Le problème est d’avoir parlé à ce régime comme à un État classique, susceptible de transparence, de correction ou de retenue, alors que toute son architecture politique repose sur la dissimulation, la coercition et l’expansion indirecte.

Pendant que d’autres acteurs ont fini par considérer la République islamique comme un adversaire stratégique, Paris a trop souvent persisté dans une logique d’exhortation diplomatique. On a demandé des enquêtes au persécuteur, des garanties au dissimulateur et de la modération au pyromane.

Et c’est peut-être là la faute la plus lourde. À force de parler à la République islamique comme à un État classique, la diplomatie française s’est condamnée à multiplier les illusions là où il aurait fallu, depuis longtemps, de la lucidité.

© Jean-Charles OpenIntel

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1 Comment

  1. La diplomatie est l emanation de la classe dirigeante et defend les interets de cette classe .l iran est un grand pays riche de nombreuses ressources et la classe possedante mercantiliste française y discerne des marchés economiques juteux et façiles car gerés par des despotes .
    Ainsi une forme de soumission bien française faites de courbettes et d invitations prestigieuses est elle , avant tout , le langage de commerçants sans conscience s adressant a un enorme pot de confiture .
    Regardez les rues de Teheran et la domination de l automobile française qui y circule , alors meme que la deroute de l industrie automobile tricolore est patente sur les marchés libres …….
    C est tellement plus facile de se coucher devant les mollahs que d affronter la concurrence internationale !!!!

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