
Sa’ar Ofir, combattant du 7 octobre devenu accusé — et menace pour certaines institutions israéliennes, s’exprime sur « Aroutz Tov »
Entretien accordé à la chaîne israélienne Aroutz Tov (février 2026)
En France, peu de lecteurs ont entendu parler de Sa’ar Ofir. En Israël, son nom circule dans certains cercles comme celui d’un civil armé qui, le 7 octobre 2023, est descendu dans le sud du pays pour combattre les commandos du Hamas lors des premières heures de l’attaque. Selon son récit, il aurait participé aux affrontements, aidé à sécuriser des zones sous le feu et restitué du matériel appartenant à des unités d’élite tombées au combat.
Deux ans plus tard, l’homme se retrouve pourtant au cœur d’une bataille judiciaire. Placé en détention puis en résidence surveillée, poursuivi pour des faits qu’il conteste catégoriquement, Sa’ar Ofir affirme être la cible d’une persécution institutionnelle. Il dit aussi détenir des images et des informations sensibles liées aux événements du 7 octobre.
Dans un entretien long et frontal accordé à la chaîne israélienne Aroutz Tov le 24 février 2026, il s’exprime sans détour.
Du champ de bataille au banc des accusés
Le matin du 7 octobre, sous les salves de roquettes, Sa’ar et ses proches comprennent immédiatement que quelque chose d’exceptionnel est en train de se produire.
Trois jours plus tôt, le 3 octobre 2023, un message inhabituel avait circulé dans leur cercle. Une alerte imprécise. Étrange. Sud. Tension. Rien de formel. Mais assez pour préparer le matériel.
« Les gars, quelque chose de très étrange se prépare. Tout le monde en alerte. Équipement médical. Armes. Soyez prêts. »
Le 7 octobre au matin :
« À 7h50 du matin, on tombait déjà sur des terroristes. »
Ils combattent. Des membres du Yamam sont blessés. Des terroristes sont tués. Des soldats tombent. Des armes se retrouvent temporairement entre leurs mains.
Ils les restituent.
Et, selon Sa’ar, c’est précisément là que tout commence.
« Nous avons fait une erreur : nous avons donné les vidéos »
Après les combats, il contacte une unité spéciale.
Il propose les images captées par leurs caméras de gilet et de casque. Des vidéos brutes, filmées dans le chaos des premières heures.
« J’ai appelé l’officier de sécurité de cette unité. Je lui ai dit : j’ai des vidéos qui peuvent vous servir pour le débriefing, pour améliorer vos procédures. »
Ils se rendent à l’unité. Restituent les armes des soldats tombés. Transmettent les enregistrements.
Puis la mécanique judiciaire s’enclenche.
« Depuis ce moment-là, la persécution a commencé. »
Pourquoi ?
« Ils ont compris qu’il y avait ici une équipe qui savait quelque chose qui les embarrassait. »
Accusé d’avoir agressé un activiste du Hamas
Aujourd’hui, le dossier central porte sur des violences présumées contre un Palestinien identifié comme activiste du Hamas.
Sa’ar parle de « mensonges sur mensonges ».
« Nous avons montré qu’il détenait des armes, qu’il soutenait des shahids du Hamas et du Fatah. »
Il vise directement le parquet :
« Ce n’est pas l’État qui nous poursuit. C’est le Parquet de l’État d’Israël. Il a besoin d’une réforme de fond. »
Il évoque des caméras disparues. Des données effacées.
« Ils ont fait disparaître des caméras dans des endroits où nous étions. Ils ont essayé d’effacer des choses de nos téléphones pour que nous n’ayons pas de preuves. »
Fin décembre 2023, moins de deux mois après l’attaque, il est interrogé.
« L’État n’a même pas encore pansé ses plaies. Il y a des otages à Gaza. Et ce qui intéresse le parquet, c’est de nettoyer le terrain. »
Embarras militaire ?
Sa’ar avance une hypothèse lourde.
« Cela les embarrasse que nous ayons su, que nous ayons réagi rapidement, équipés et prêts. »
Il ne détaille pas publiquement ce qu’il affirme détenir. Il dit être empêché de tout révéler.
« Je suis empêché de publier les choses jusqu’au bout. Mais oui. Absolument. »
Il parle de « matériaux » et « d’informations » qui pourraient constituer un « témoignage de guerre ».
« Peut-être que ceux qui ont vu ces matériaux les ont perçus comme une menace réelle pour certaines fonctions, pour certaines personnes. »
La ligne est claire : il suggère que ce qu’il possède pourrait mettre en difficulté des responsables.
« Nous ne nous tairons pas »
Sa’ar dit ne pas chercher d’indemnités.
« Nous voulons qu’on blanchisse notre nom et qu’on nous laisse revenir à une vie normale. »
Mais il refuse de baisser la tête.
Six perquisitions à domicile. Saisies d’armes pourtant légales. Résidence surveillée.
« Il n’est pas logique que nous soyons interrogés comme des terroristes. »
Pourquoi ne pas se taire ?
Sa réponse est militaire :
« La meilleure défense, c’est l’attaque. »
L’avertissement final
Puis vient la phrase qui transforme l’entretien en déclaration de guerre judiciaire.
« S’ils vont avec nous jusqu’au bout, nous irons jusqu’au bout avec tout ce que nous avons. »
Il ajoute :
« Personne n’est à l’abri de la loi. Si ce n’est pas en Israël, alors peut-être ailleurs dans le monde. »
Et conclut :
« Nous entrerons, nous dévoilerons. Et je pense qu’aucune de ces personnes ne veut que ces choses sortent. »
Sa’ar Ofir affirme avoir combattu les Nukhba le 7 octobre.
« En octobre, j’ai combattu les Nukhba. Alors maintenant, avec le parquet, tout va bien. »
Il ne parle pas comme un homme acculé. Il parle comme un homme qui se prépare à une seconde bataille.
La première était armée.
La seconde est judiciaire.
Et, selon lui, elle ne fait que commencer.
© David Germon

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