Après la guerre israélo-arabe de 1948 / La question des réfugiés arabes. Par Nicolas Carras

« Les pays arabes en guerre contre Israël en 1948, ont gravement mal géré la question des civils, avec une absence de planification stratégique et humanitaire pour les réfugiés, aggravée par une confiance excessive dans une victoire rapide. L’histoire montre que l’erreur de ne pas envisager la défaite a été critique, et que le résultat de cette impréparation a été la formation de camps surpeuplés, prolongés et politiquement instrumentalisés, qui ont servi de base à l’endoctrinement antijuif ultérieur. »

« … Certains travaux critiques, comme celui d’Asaf Romirowsky, suggèrent que l’UNRWA a travaillé dès ses premières décennies d’une manière qui « empêche le rétablissement des réfugiés palestiniens dans les pays arabes » et contribue à la perpétuation du problème plutôt qu’à sa résolution… »

Après la guerre israélo-arabe de 1948, qui a éclaté immédiatement après la déclaration d’indépendance d’Israël le 14 mai 1948, conflit opposant non seulement les forces juives et arabes locales*, mais aussi cinq armées arabes étrangères (Égypte, Jordanie, Syrie, Liban, Irak) venues soutenir les populations palestiniennes et s’opposer à la partition de la Palestine décidée par l’ONU**, des centaines de milliers de Palestiniens furent déplacés et regroupés dans des camps de réfugiés dans des conditions extrêmement précaires. Ces camps apparaissent dès 1948-1949 avec Baqaa et Jerash en Jordanie, Gaza sous administration égyptienne, et Shatila, Ain al-Hilweh et Sabra au Liban. Les installations étaient rudimentaires : tentes, baraquements surpeuplés, manque d’eau potable et d’électricité, malnutrition et absence quasi totale d’infrastructure sanitaire.

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Le phénomène des déplacements de population palestiniens ne se réduit pas à un seul récit simpliste. Il résulte d’une conjonction de facteurs humains et militaires dans un contexte de guerre totale. Entre 1947 et 1949, selon les estimations, entre environ 650 000 et 750 000 Arabes palestiniens deviennent réfugiés.

Des civils fuient des zones de combat parce que, comme dans toute guerre, ils cherchent à se protéger face aux bombardements, aux sièges ou à l’avancée des lignes de front. Ces départs commencent dès la phase de guerre civile qui suit le vote du plan de partage de l’ONU en novembre 1947, alors que les affrontements opposent milices juives et forces arabes locales sous mandat britannique, donc avant même la proclamation officielle de l’État d’Israël en mai 1948.

Dans certains villages palestiniens en 1948, des commandants arabes ont ordonné ou recommandé l’évacuation des civils, en particulier femmes, enfants et personnes âgées, pour les mettre hors de danger ou « dégager le terrain pour des opérations militaires », afin d’éviter que les civils ne soient pris au piège lors des combats, comme le note Benny Morris dans The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited.

Dans plusieurs cas, des officiers de l’Arab Liberation Army (ALA) ont explicitement donné l’ordre de vider des villages pour permettre le déploiement militaire, et à Jérusalem ainsi que dans d’autres localités, les commandants arabes ont recommandé que femmes, enfants et personnes âgées soient envoyés dans des zones moins exposées au combat.

Ces mesures étaient locales et limitées, mais sont clairement documentées.

En mars 1948, le Comité arabe supérieur, organe politique palestinien, a imprimé un pamphlet recommandant l’évacuation des civils des zones de combat, formulant parfois ces instructions comme un soutien aux opérations militaires, avec des phrases du type

« ceux qui s’y opposent […] gêneront la guerre sainte… ».

En parallèle, des responsables arabes hors de Palestine, comme le Premier ministre irakien Nuri Saïd, ont fait des déclarations publiques invitant les Arabes à conduire femmes et enfants vers des zones sûres pendant que les armées arabes combattaient.

Le journalisme contemporain rapporte également ces appels locaux. Au printemps 1948, des articles de Time Magazine évoquent des déclarations de leaders de quartiers ou comités espérant que l’évacuation des civils « paralyserait certaines villes comme Haïfa » ou profiterait à l’effort de guerre, confirmant que ces appels n’étaient pas de simples recommandations isolées mais faisaient partie d’une logique militaire et politique documentée.

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Un point central pour comprendre la catastrophe humanitaire qui a suivi est que les États arabes en guerre en 1948 n’avaient pas conçu la protection des civils palestiniens comme une priorité stratégique, et qu’aucun plan coordonné n’existait pour anticiper un scénario de défaite.

Les armées arabes étaient concentrées sur des objectifs militaires immédiats : prendre des villes clés, bloquer les lignes de communication israéliennes ou sécuriser des territoires, et considéraient les civils palestiniens principalement comme des réservoirs humains, des témoins ou, parfois, comme des outils de justification politique.

Certains responsables locaux ont certes conseillé aux civils de se déplacer pour « protéger femmes et enfants », mais ces mesures étaient ad hoc et locales, pas planifiées à l’échelle régionale ; quand la guerre a mal tourné, des civils se sont retrouvés dans des zones de combat ou des camps improvisés, souvent sans nourriture, eau, soins ni infrastructures, exposés à une misère prolongée.

L’erreur stratégique majeure a été de ne pas envisager la défaite : commandants et gouvernements semblaient sûrs de la victoire et incapables d’imaginer un retrait rapide face à des forces juives organisées et motivées, conduisant à une méconnaissance totale du risque humanitaire, sans plan pour reloger les réfugiés ni sécuriser les zones contrôlées.

Cette impréparation a directement contribué à l’ampleur du déplacement de masse et à la création de camps qui vont perdurer.

Le manque de prévoyance a ainsi transformé la guerre en catastrophe humanitaire, laissant des centaines de milliers de civils dans des situations précaires, parfois instrumentalisés politiquement, et faisant de la protection des populations un enjeu secondaire.

Les pays arabes en guerre ont donc gravement mal géré la question des civils, et cette absence de planification et cette confiance excessive dans une victoire rapide ont abouti à des camps surpeuplés, prolongés et politiquement instrumentalisés, servant ultérieurement de base à l’endoctrinement et à l’exploitation du ressentiment contre Israël.

Il existe aussi des cas documentés par des historiens comme Benny Morris où des unités de l’Haganah/IDF ont ordonné l’évacuation de villages pour des raisons militaires immédiates, sécurisation de zones, ou ont provoqué des départs par des attaques ciblées et des combats, et ensuite, après la prise de contrôle, des villages ont été démolis ou déclarés zones militaires fermées.

Une des images les plus célèbres de cette période est le massacre de Deir Yassin (9 avril 1948), où des membres des milices Irgoun et Lehi tuent des civils (Les historiens divergent sur le contexte exact des combats et sur la façon dont l’événement a été exploité politiquement pour provoquer une panique généralisée dans d’autres zones.***).

Ces éléments montrent que le mouvement de population résulte d’une combinaison de peur, d’actions militaires offensives, d’échecs des États arabes à protéger les civils et d’ordres ou recommandations divergents donnés localement.

Ce  contexte  complexe  est  souvent  oublié  ou  simplifié  dans  certains  récits « politiquement corrects » qui réduisent l’ensemble à un tableau unidimensionnel de victimes passives, alors que la réalité des ordres, des stratégies de défense, des décisions de commandants locaux, des anticipations tactiques et d’une guerre multiforme joue un rôle substantiel dans l’évolution de la situation sur le terrain.

Par la suite, ces événements ont été récupérés à des fins purement politiques et idéologiques, renforçant un discours anti‑israélien à travers un narratif clairement orienté.

Toute la propagande arabe qui suivra le prouve.

Il existe des preuves factuelles historiques que la propagande arabe d’après 1948, notamment dans les années 1950 et au‑delà, a amplifié de manière systématique le récit de la « Nakba » et utilisé cet événement à des fins politiques et idéologiques largement anti‑israéliennes. On ne parle pas seulement de simples commémorations :
ces campagnes ont été présentes dans la presse, les discours officiels et la culture politique arabe. Par exemple, dès les années 1950 et 1960, des journaux arabes diffusent des caricatures ouvertement anti‑israéliennes, associant souvent Israël à un ennemi de l’ensemble du monde arabe — caricatures et slogans qui relaient un discours de lutte et de « résistance » contre l’existence même d’Israël, comme l’illustre la presse égyptienne et libanaise de l’époque, qui ne se contente pas d’informer mais façonne un narratif fortement orienté contre Israël. De plus, des témoignages personnels et des analyses historiques pointent que la politique officielle de plusieurs États arabes dans les années 1950, notamment sous Nasser en Égypte, ne dissocie pas clairement la prise en charge humanitaire des réfugiés de la mobilisation politique contre Israël, transformant des populations déplacées en atouts de propagande contre l’État juif, et ce dès la première décennie après 1948. Un récit arabe de la Nakba se construit alors non seulement comme mémoire collective mais comme discours politique structuré visant à renforcer l’opposition à Israël et à solidifier l’image d’un État
« injuste» et « bourreau »

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Entre 1948 et la fin des années 1960, les camps de réfugiés palestiniens se multiplient à grande vitesse, principalement en Jordanie (Baqaa, Jerash, Amman), au Liban (Shatila, Ain al-Hilweh), dans la bande de Gaza sous administration égyptienne, et dans d’autres poches de population déplacée.

Ces camps, initialement conçus comme structures temporaires d’urgence par l’UNRWA, deviennent rapidement surpeuplés, avec des milliers de familles entassées dans des baraquements ou des tentes, souvent sans eau potable, sans soins médicaux suffisants, avec un accès très limité à l’éducation ou à l’emploi.

La pauvreté, la malnutrition, les maladies et la frustration quotidienne créent un environnement de stress permanent et de ressentiment profond, accentué par le fait que la plupart des habitants ne peuvent pas retourner dans leurs villages ou leurs terres, parfois détruits ou militarisés par Israël.

Dans ce contexte, même avant 1968, il existait déjà une matière première psychologique et sociale pour nourrir le fanatisme ou l’endoctrinement, avec des jeunes adultes et adolescents vivant dans l’humiliation, la dépendance et le sentiment d’injustice, entourés de familles traumatisées et de récits constants sur les pertes et les violences subies.

Si aucun programme organisé d’endoctrinement systématique n’est documenté avant 1968, les conditions extrêmes des camps constituaient un terrain explosif, où des idées radicales pouvaient germer, être transmises de génération en génération et servir de socle à une mobilisation idéologique ou militaire ultérieure, notamment après l’émergence de structures politiques comme le Fatah et l’implication de forces extérieures à partir de 1967.

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On a des éléments qui montrent qu’il existait bien des formes d’éducation et d’influence politiques dans les camps avant la fin des année 1960, pas forcément comme un programme idéologique centralisé et systématique au sens militaire ou étatique strict.

Dans les camps de réfugiés palestiniens, l’éducation n’était pas neutre d’un point de vue culturel ou social.

Dès le début des années 1950, des écoles et structures éducatives ont été mises en place — souvent par les habitants eux‑mêmes ou via l’UNRWA — et ces structures ont servi de lieux d’expression politique et de socialisation collective.

Les enseignants étaient majoritairement des réfugiés eux‑mêmes, souvent politisés et impliqués dans des réseaux nationalistes arabes (comme des communistes, baathistes, nationalistes) qui animaient des débats et transmettaient des idées politiques dans et hors de la classe.

Ceci démontre que, bien avant 1968, il existait des interactions entre instruction scolaire, socialisation politique et réseaux nationalistes à l’intérieur des camps — ce qui constitue une forme d’endoctrinement informel, même si ce n’était pas un programme centralisé étatique planifié comme tel par des institutions internationales ou par la Ligue arabe.

Les camps n’étaient pas seulement des lieux de survie.

ils sont devenus des espaces où la mémoire collective de la « Nakba » se transmettait activement (par la parole, l’école, les rassemblements), ce qui a alimenté un sentiment identitaire fort et une conscience politique qui n’était pas neutre.

Ce genre d’éducation politique informelle dans les camps constitue un terrain fertile de mobilisation idéologique avant que des structures plus organisées (comme celles développées après 1968) prennent le relais

Même si l’UNRWA n’était pas conçue officiellement comme une institution politique, son système scolaire et ses programmes ont progressivement favorisé la création d’un espace social dans lequel la conscience nationale palestinienne pouvait se développer.

Dès les milieu des années 1950, des syndicats d’enseignants et des forums de discussion politique se sont formés dans le contexte éducatif, ce qui a servi à encourager le débat politique au sein des camps et à rendre plus politisés des jeunes réfugiés.

Ce que les sources documentées ne montrent pas, c’est l’existence d’un programme d’endoctrinement structuré, planifié et coordonné par un État ou une institution majeure avant 1968 — comme celui qui s’est formalisé avec des mouvements politiques organisés (le Fatah, l’OLP, etc.) après Karameh.

Les éducations politiques ou nationalistes qui existaient étaient plutôt diffuses, locales, informelles et portées par des individus ou des réseaux politiques, pas par une structure hiérarchique unique.

Le terreau idéologique était bien présent avant 1968, mais ce n’était pas encore structuré comme les programmes politiques et militaires qui émergeront plus tard après Karameh et avec l’essor du Fatah et de l’OLP.

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On est en droit de s’interroger sur le rôle de l’UNRWA dans la pérennisation de ces camps et sur sa prétendue neutralité.

Si son mandat officiel était humanitaire, il est documenté que les structures et programmes mis en place n’ont jamais favorisé l’intégration des réfugiés dans les pays hôtes, et qu’elles ont souvent laissé les populations dans la misère prolongée.

Cela soulève la question de savoir si l’UNRWA ne suivait pas, consciemment ou non, des directives implicites de la Ligue arabe ou des États arabes, qui avaient intérêt à maintenir ces populations dans l’attente et le ressentiment, comme levier politique contre Israël.

Il est frappant que des réfugiés originaires de pays arabes comme l’Égypte ou certains villages de Transjordanie n’aient jamais été réintégrés dans leurs pays, ni relogés de manière stable, alors même que les États arabes disposaient des moyens d’accueillir et d’intégrer ces populations.

D’un point de vue éthique, cette situation pose un dilemme majeur : ces êtres humains ont été maintenus volontairement dans la précarité, instrumentalisés comme armes psychologiques et politiques, privés de perspectives de vie normale, et en partie conditionnés à la haine et au ressentiment, non par un hasard de la guerre, mais par des choix de gestion délibérés et des calculs politiques qui ont ignoré leur dignité et leur sécurité.

« L’UNRWA a été créée en 1949 pour venir en aide aux réfugiés palestiniens suite à la guerre de 1948‑49, avec une définition de « réfugié palestinien » qui se transmet de génération en génération. Cette définition est différente de celle du Haut‑Commissariat aux Réfugiés (HCR) et conduit à une population enregistrée qui augmente au fil du temps. Certains travaux critiques, comme celui d’Asaf Romirowsky, suggèrent que l’UNRWA a travaillé dès ses premières décennies d’une manière qui « empêche le rétablissement des réfugiés palestiniens dans les pays arabes » et contribue à la perpétuation du problème plutôt qu’à sa résolution, notamment en élargissant la définition des réfugiés ou en assumant des fonctions quasi‑gouvernementales dans les camps. Une thèse récente de la LSE montre que, surtout après 1967, l’UNRWA est devenue une institution politiquement intégrée aux dynamiques nationalistes dans les camps, se situant à l’intersection du politique et de l’humanitaire. Dans de nombreux pays arabes, les réfugiés palestiniens n’ont pas été intégrés comme citoyens à part entière : au Liban, ils sont largement exclus de l’accès aux emplois et aux services publics ; en Syrie et dans plusieurs États du Golfe, ils n’ont pas accès à la naturalisation ; seule la Jordanie a offert la citoyenneté à une partie importante des réfugiés arrivés avant 1967, mais pas à tous, notamment ceux venus de Gaza après 1967. Les financements et les services de l’UNRWA sont aujourd’hui sous pression, ce qui affecte directement les conditions de vie des réfugiés — éducation, santé, alimentation — et montre à quel point la situation humanitaire reste précaire, avec des coupes massives privant des centaines de milliers de personnes de services essentiels. Concrètement, ces sources indiquent que l’UNRWA n’est pas neutre dans la mesure purement humanitaire comme d’autres agences internationales : sa définition étendue des réfugiés et son rôle unique dans la région en font un acteur impliqué dans la gestion politique des réfugiés, non simplement dans leur réinstallation ou intégration. Les politiques des États arabes hôtes ont en grande partie maintenu les réfugiés dans un statut juridique et socio‑économique distinct, sans nationalisation ni intégration complète, contrairement à d’autres groupes de réfugiés dans le monde, et cela a contribué à la perpétuation de la question des réfugiés comme enjeu politique central du conflit, plutôt qu’à sa résolution durable. »

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L’endoctrinement politique et militaire apparaît progressivement à partir de la fin des années 1960, avec le camp de Karameh (Jordanie, mars 1968) comme point de bascule.

La bataille de Karameh, où le Fatah dirigé par Yasser Arafat montre son efficacité militaire contre les forces israéliennes, donne au Fatah un prestige immédiat dans le monde arabe et transforme Karameh en centre de recrutement, de formation militaire et de diffusion idéologique nationaliste.

À partir de ce moment, l’endoctrinement dans les camps devient structuré : le ressentiment et la misère y servent de levier pour inculquer aux jeunes générations une haine d’Israël et un sentiment de mission nationale armée.

Le rôle des États arabes et de la Ligue arabe dans cette dynamique est documenté.

Au Liban, les Palestiniens ne reçoivent pas la citoyenneté et restent soumis à des lois interdisant la possession de terres et l’exercice de certaines professions ; en Égypte, les réfugiés de Gaza restent apatrides et dépendants de l’aide humanitaire ; en Jordanie, certains camps (comme Baqaa) sont maintenus sous contrôle pour éviter que les réfugiés deviennent des acteurs politiques autonomes.

Ces choix politiques montrent que les camps ont été volontairement conservés comme instruments de pression contre Israël et comme réservoir de jeunes mobilisables, au mépris de la dignité humaine et des droits fondamentaux.

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À cette dimension régionale s’ajoute une influence étrangère indirecte.

Les archives Mitrokhin et les travaux de Christopher Andrew et de transfuges comme Ion Mihai Pacepa montrent que le KGB / URSS entretenait des liens stratégiques avec l’OLP et le Fatah à partir de la fin des années 1960.

Bien que le KGB n’ait jamais été physiquement présent dans les camps comme Karameh (on sait que le KGB a déployé des réseaux d’agents et d’informateurs dans de très nombreux pays du Moyen-Orient dès les années 1950-1960, et qu’il entretenait des contacts étroits avec des organisations palestiniennes naissantes comme le Fatah ou d’autres factions de l’OLP, pour orienter la propagande et la stratégie politique contre Israël.), son rôle est indirect mais réel : soutien politique, diplomatique et militaire, diffusion de propagande anti-israélienne, formation de cadres palestiniens dans les pays du bloc soviétique.

La rhétorique anti-sioniste et anti-américaine (« impérial-sionisme ») promue par le bloc soviétique a contribué à renforcer l’endoctrinement, en donnant une justification idéologique aux souffrances vécues dans les camps et en orientant la haine contre Israël.

Les archives documentent également que le KGB considérait l’anti-sionisme comme un levier pour fomenter l’anti-américanisme et la mobilisation politique de masse, en exploitant la frustration et la misère des jeunes réfugiés.

— Il faut replacer ça dans le contexte géopolitique de l’époque : après 1945 et surtout dans les années 1950‑60, l’URSS cherchait à étendre son influence au Moyen-Orient
pour compenser la présence américaine et européenne dans la région. Les Soviétiques voyaient dans les pays arabes récemment indépendants (Égypte de Nasser, Syrie, Irak, etc.) des alliés potentiels contre l’Occident. Dans ce cadre, l’anti-sionisme n’était pas seulement idéologique : il était un outil pratique pour gagner la sympathie et des alliances dans le monde arabe. Les archives montrent que le KGB considérait l’anti- sionisme comme un levier pour fomenter l’anti-américanisme, en liant Israël aux puissances occidentales, et ainsi construire un réseau de relations politiques et militaires avec des États et mouvements arabes, tout en soutenant indirectement des factions palestiniennes comme le Fatah. Autrement dit, l’hostilité envers Israël servait de passerelle diplomatique et idéologique, permettant à Moscou de se positionner comme un allié des peuples arabes et de créer un front politique anti-occidental, tout en restant dans l’ombre et en contrôlant la narration de la « lutte palestinienne » pour ses propres objectifs stratégiques.

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Éthiquement, ce phénomène révèle une dimension extrême de la cruauté humaine lorsqu’elle est instrumentalisée pour des objectifs politiques : des populations entières, en particulier des jeunes, sont maintenues dans des conditions de vie dégradantes, leur douleur est politisée, leur ressentiment manipulé pour servir des intérêts externes ou nationaux.

Les camps palestiniens illustrent comment la souffrance humaine peut être transformée en outil stratégique, où le malheur devient justification et moyen de mobilisation.

L’ordre moral et humain est ici violé de multiples manières : droit à la vie digne, droit à l’éducation non idéologique, liberté individuelle, sécurité et autonomie.

La responsabilité est partagée : par les dirigeants locaux qui choisissent de ne pas intégrer les réfugiés, par les institutions humanitaires compromises, et par les puissances étrangères qui orientent indirectement l’endoctrinement et la propagande.

En résumé, dès 1948-1949, la vie dans les camps est difficile, mais après 1967-1968, ces espaces deviennent des instruments politiques et militaires, utilisés pour inculquer haine et violence, avec une dimension d’endoctrinement indirectement soutenue par le KGB/URSS et exploitée par les États arabes.

Cela montre jusqu’où des êtres humains peuvent instrumentaliser la jeunesse et la misère pour des objectifs politiques, en transformant le ressentiment en outil de guerre psychologique et idéologique.

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Il est tout de même très étrange que ceux qui se présentent comme pro‑palestiniens et défenseurs des Arabes palestiniens ne mettent jamais en avant ce rôle indirect mais documenté du KGB dans le soutien idéologique et logistique aux mouvements palestiniens, ni l’usage politique de la misère des réfugiés par les États arabes ou l’UNRWA.

Ce sont en réalité principalement des analystes et auteurs pro‑israéliens qui rappellent ces faits et les mettent en lumière.

Cela pose une question éthique et politique : si certains acteurs pro‑palestiniens dans l’arène politique ou militante ne dénoncent pas ces manipulations ou ces instrumentalisation, peut-on vraiment leur faire confiance sur la sincérité de leur engagement envers le bien-être des populations qu’ils prétendent défendre ?

Notes

*En plus des armées étrangères, il y avait à l’intérieur même d’Israël un important réseau de combattants arabes antisionistes. Il ne s’agissait pas de quelques dizaines ou centaines de miliciens isolés, mais de plusieurs milliers d’hommes organisés en groupes paramilitaires et milices locales, souvent liés aux anciens comités de village, à l’ALA (Arab Liberation Army) ou à des factions du Haut Comité arabe. Ces combattants menaient des attaques contre des colonies juives, des convois et des lignes de communication, et jouaient un rôle actif dans la logistique militaire des forces arabes extérieures, fournissant renseignements, couverture et soutien aux offensives sur le terrain. Leur présence a compliqué le conflit, car Israël devait sécuriser ses zones même à l’intérieur de ses frontières déclarées, ajoutant une dimension interne au conflit déjà internationalisé.)

** La guerre résulte donc à la fois de la résolution de partition de 1947, du refus des États arabes de reconnaître un État juif, et de la lutte des groupes armés locaux contre la montée des forces sionistes, dans un contexte de violence civile préalable et de combats intercommunautaires.

***Concernant Deir Yassin, Benny Morris confirme qu’il y a eu des victimes civiles, mais nuance fortement l’interprétation : la chronologie, le contexte des combats et la nature exacte des violences restent débattus. Il explique que certains récits ont été exagérés ou instrumentalisés politiquement pour provoquer la panique dans d’autres villages arabes et accélérer l’exode, un effet amplifié par la circulation de rumeurs et la manière dont l’événement a été utilisé par des acteurs politiques et militaires des deux côtés. Selon Morris et d’autres historiens comme Ilan Pappé, les récits qui ont provoqué cette panique provenaient principalement de réseaux d’influence arabes locaux, de comités de leadership palestiniens, et parfois relayés par la presse ou les autorités arabes. Certains chefs de villages ou comités locaux ont rapporté l’attaque de manière dramatique ou exagérée aux populations voisines, avertissant que des massacres similaires pouvaient se produire ailleurs. Les dirigeants politiques et militaires arabes ont également utilisé l’événement pour encourager le déplacement temporaire ou permanent des civils, afin de dégager le terrain pour les opérations militaires ou éviter que la population ne gêne les combats. La combinaison de rumeurs, témoignages amplifiés et recommandations officielles locales a généré une panique générale, contribuant directement à l’exode massif des Palestiniens hors des zones de conflit. En résumé, il ne s’agit pas d’un seul acteur, mais d’un ensemble d’acteurs palestiniens et arabes, locaux et régionaux, qui ont involontairement ou volontairement amplifié la peur pour des raisons militaires et politiques, ce qui explique pourquoi même pour les historiens reconnaissant le massacre de Deir Yassin, le contexte exact et l’exploitation politique de l’événement restent centraux dans la controverse.

© Nicolas Carras

Nicolas Carras – Créateur (vidéo – son – photo), artiste, poète

https://nicolascarras.wordpress.com/

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