Un entretien réalisé par Frédéric Sroussi
Tribune Juive : Un mois après les massacres du 7 octobre, vous vous êtes rendu en visite de solidarité au Kibboutz martyr de Nir Oz.
Vous aviez même déclaré sur la chaîne I24News, alors que vous vous trouviez sur les lieux du drame, que « vous étiez prêt à aider concrètement le Kibboutz » en ajoutant : « Ma ville est à la disposition des gens ».
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de cette visite ? Quel souvenir en gardez-vous aujourd’hui ?
Robert Ménard : Ce qui m’a le plus marqué, c’est évidemment l’état de certaines maisons avec des traces de sang au sol, tout étant saccagé, et j’imaginais ce qu’il s’était passé. Vous savez que j’ai été le patron de Reporters sans frontières pendant plus de vingt ans. Pendant toutes ces années je suis allé dans des zones de guerre, je connais les dégâts de la guerre, je connais le malheur de la guerre, mais dans ce kibboutz j’avais l’impression de vivre un malheur puissance 10. Pourquoi ? Parce qu’il touchait des gens qui n’avaient absolument rien fait, qui d’aucune manière n’étaient responsables de quoi que ce soit. J’avais même en tête qu’à Nir Oz – mais aussi ailleurs dans d’autres kibboutz – vivaient des gens qui avaient montré les années précédentes – et des dizaines de fois – de façon que l’on peut qualifier de naïve d’ailleurs, leur attachement à tisser des liens avec les Palestiniens de Gaza. Cette trahison, cette violence, ce malheur m’ont honnêtement touché au cœur. D’où ma décision de jumeler Béziers avec Nir Oz, mais aussi de placer comme nous l’avons fait sur la façade de l’Hôtel de ville de Béziers une bâche rappelant ce qui s’était passé le 7 octobre. Nous avons aussi organisé de multiples manifestations avec par exemple l’installation d’une grande table de « banquet » avec des chaises vides pour symboliser l’absence des otages israéliens détenus dans les geôles du Hamas. Cela a encore plus renforcé ma proximité – qui existait déjà avant – avec la petite communauté juive de Béziers.
T.J : Justement, le mot « proximité » est celui auquel je pense toujours quand je vois votre attachement à la communauté juive de votre ville – présence juive attestée à Béziers depuis d’ailleurs l’époque romaine -, mais bien plus largement encore à l’égard de la communauté juive de France et, même de l’État d’Israël dans son ensemble, ce qui est encore plus courageux. Votre parcours intellectuel, car vous êtes aussi diplômé de philosophie, me fait penser sur certains points à la défense du Peuple juif telle qu’exprimée par un grand philosophe catholique et philosémite du nom de Jacques Maritain. Ce dernier était animé aussi par cette phrase du Pape Pie XI qui avait déclaré : « Il n’est pas possible aux chrétiens d’avoir aucune part à l’antisémitisme : nous sommes spirituellement des sémites ».
R.M : Je fais en effet mienne cette très jolie phrase de Pie XI. Ce que je veux vous dire, c’est que mon approche vis-à-vis de la communauté juive et d’Israël n’est pas seulement intellectuelle. Je suis allé une quinzaine de fois en Israël, je ne suis pas Juif, et pourtant quand je suis en Israël, je me sens chez moi : comprenez-vous ce que je veux dire ? Nous partageons les mêmes valeurs : la même capacité à douter de soi, la même capacité à s’interroger, la même capacité à écouter l’autre, la même capacité à plaider pour l’autre contre soi. Tout ceci constitue les valeurs de notre civilisation judéo-chrétienne, et oui quand je suis à Tel-Aviv ou à Jérusalem, je me sens chez moi. Et le 7 octobre, je me suis souvenu de mon père. Il était marchand de timbres dans les années 1960, et il vendait des timbres israéliens. Lors de la Guerre des six jours, mon père a immédiatement proposé à son correspondant en Israël de venir se réfugier chez nous. Dieu merci, Israël l’a emporté en quelques jours…J’ai donc vécu dans un milieu où la proximité avec l’État d’Israël, avec la communauté juive est quelque chose de naturel.
À Béziers, la communauté juive, vous le disiez, fait partie de l’histoire de cette ville. Quand Béziers est attaqué en 1209 par les armées du roi et du Pape, la première chose que les Biterrois ont fait a été de protéger la toute petite communauté juive en la déplaçant à Carcassonne. Pas un Juif n’a été trahi par les habitants de Béziers quand ces derniers ont été massacrés de façon terrible.
Il existe à Béziers une tradition de solidarité ancestrale.
C’est aussi pour cela qu’à chaque fois que se déroule une fête juive je suis à la synagogue. Cette dernière vient d’ailleurs d’être restaurée magnifiquement. La communauté juive a décidé de donner le nom de mon épouse et de moi-même à la salle qui se trouve à côté de la synagogue, et je peux vous dire que ce geste m’a ému aux larmes.
T.J : C’est très émouvant en effet, et surtout mérité ! En plus de tout ce que vous avez fait au nom des otages israéliens pris dans les griffes du mouvement terroriste Hamas, vous avez aussi, et c’est exceptionnel, inauguré fin août 2025 à Béziers une « Place du 7 Octobre » tout en plantant un olivier à la mémoire du malheureux Ilan Halimi…
R.M : Et cela m’a paru naturel. Savez-vous que c’est la première « Place du 7 octobre » en France ? Ce qui s’est passé le 7 octobre devrait interroger le monde entier, et pas seulement l’interroger, mais le prendre à la gorge. Il faut faire en sorte que cette solidarité avec Israël soit quelque chose de quotidien.
Chaque année, je fête à l’intérieur de l’Hôtel de ville la Fête de Hanoukka, j’allume l’une des bougies de la Fête.
T.J : J’avais interviewé le maire de Chalon-sur-Saône, M. Gilles Platret au sujet d’un rapport rendu par son think tank « France 2050 » qui analysait l’infiltration de la République islamique d’Iran en France. Aujourd’hui il s’inquiète publiquement de « l’entrée légale de centaines d’islamistes dans (les) conseils municipaux en mars prochain sous la bannière de listes d’extrême-gauche. Si rien n’est fait (dit-il), des conseillers municipaux islamistes auront accès à énormément d’informations sur nos institutions et pourront s’en servir pour mieux les déstabiliser ».
Pensez-vous que ce risque existe aussi à Béziers ?
R.M : J’espère que non ! Mais, je vais vous raconter quelque chose : il y a un garçon que nous avons dénoncé et qui, aujourd’hui, avec une liste qui se présente aux élections municipales. Sur les réseaux sociaux, il avait posté une photo de Marianne, le symbole de notre République, mais en lui coupant la tête et en la remplaçant par un Coran !
Ce n’est pas une liste LFI ! Elle se présente officiellement comme apolitique même si elle est dirigée par un élu socialiste de la région. Mais, devinez quoi ? Savez-vous qui rend également hommage à cet homme ? Eh bien, le candidat du Rassemblement National ! J’en suis sidéré !
T.J : Quel est donc le lien entre le candidat du RN et cet islamiste ?
R.M : Dans un texte, le candidat du RN remercie ce garçon pour son « action sociale ». C’est ça l’entrisme !
Ce personnage est un islamiste qui est remercié officiellement par le candidat du Rassemblement National pour son action sociale, mais en oubliant que ce même homme a publié une photo de notre Marianne avec la tête coupée et remplacée par un Coran !
T.J : Le candidat RN connait-il cette photo ou feint-il de ne pas la connaître ?
R.M : Je ne sais pas…
T.J : Et son « action sociale » est-elle ouvertement « islamisante » ?
R.M : Bien sûr ! Les gens n’agissent pas forcément sous la bannière islamiste. Ils mènent des actions sociales, comme la distribution de nourriture Hallal. Mais, évidemment, derrière ça se cachent des visées islamistes !
T.J : Pour vous, le fait que le candidat RN puisse saluer publiquement l’ »action sociale » d’un islamiste démontre un calcul électoral clientéliste ?
R.M : Bien sûr ! C’est du clientélisme à l’état pur ! Quant au candidat qui mène la liste soi-disant apolitique et qui compte parmi ses soutiens ce même islamiste, il est allé à la veille des Fêtes de fin d’année, un vendredi, dans une mosquée de la ville prendre la parole juste avant l’imam.
Et, c’est la gauche la plus convenable ! La gauche « convenable » comme ça, je ne veux pas en entendre parler !
En fait, ce que j’essaye de dire, c’est que le communautarisme ne contamine pas seulement les listes de la France Insoumise, mais aussi le reste de la gauche, et en l’occurrence à Béziers même une liste du Rassemblement National !
Si je faisais un calcul électoral, qui aurais-je intérêt à soutenir ? La petite communauté juive que je défends tous les jours ou la communauté musulmane ? Sachez que 60 à 70 % des enfants des écoles publiques de Béziers sont issus de l’immigration dont 90 % de ces enfants sont musulmans. Qui aurais-je intérêt à câliner ? Si vous voulez gagner les élections, il ne faut pas faire ce que je fais, mais je vais les gagner quand même !
T.J: Ceci démontre votre courage en politique. Et d’ailleurs, selon un sondage IPSOS récent vous seriez réélu avec 60 % des voix dès le premier tour, même si je sais que les candidats craignent toujours une démobilisation des électeurs qui pensent à tort que les jeux sont faits…
R.M : Rien n’est fait. Mais pour revenir à la communauté musulmane, elle n’est pas monolithique. Il existe dans cette communauté plusieurs sensibilités. Ce que j’incarne dans le domaine de l’autorité par exemple – le fait d’installer une Crèche au sein de l’Hôtel de ville (65 000 personnes sont venues la visiter) ou encore le fait de refuser de marier un OQTF, qui va me valoir de passer en correctionnelle – a un bon écho chez beaucoup de maghrébins. Ils se retrouvent dans cette politique. J’ai mis en place le premier couvre-feu pour les mineurs. Comment peut-on expliquer qu’un gosse de moins de 13 ans se retrouve tout seul dans la rue à 2 heures du matin ?! Les mamans musulmanes pensent la même chose que moi ! Il faut arriver à gagner une partie de la communauté musulmane en leur disant que c’est avec nous – les défenseurs de ces valeurs-là – qu’elle devrait s’associer.
T.J : Justement, alors que l’insécurité explose dans toute la France, la délinquance de proximité à Béziers a, selon les chiffres mêmes du ministère de l’Intérieur, baissé de 33 % en dix ans. Quel est votre secret ?
R.M : Mon secret est très simple : nous sommes passés de 30 policiers municipaux à plus de 130. Nous sommes passés de 38 caméras à plus de 500. La police à Béziers est une police armée qui travaille 24 heures sur 24, et 7 jours sur 7. Je viens de mettre en place la première brigade anti-stupéfiants d’une police municipale ! Mais, hélas, tout cela ne suffit pas, nous avons besoin aussi d’un truc tout bête qui s’appelle des places de prison ! Il faut construire des prisons ! Il y a des gens dont la place est en prison ! Si quelqu’un est condamné à 15 jours de prison, eh bien, il doit les faire ! Je vous garantis que cela fera changer d’avis les délinquants sur ce que représente la prison.
T.J : Il existe quand même de ce point de vue un immense paradoxe. Vous qui refusez de marier une personne vivant illégalement en France êtes poursuivi en justice, alors que des délinquants ne le sont pas. Il existe bien un problème structurel en France concernant le pouvoir législatif et l’autorité judiciaire dont le laxisme vis-à-vis des délinquants est presque revendiqué.
R.M : Je fais attention à l’expression « laxisme de la justice », car chez moi à Béziers, les juges ne sont pas laxistes. Mais ils appliquent la loi. Une loi qui a été votée par des politiques !
Qui n’a cessé de renforcer le monde judiciaire, le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel ? Qui a ratifié un certain nombre de conventions internationales sans émettre des réserves sur tel ou tel article de ces conventions ? Mais, c’est la classe politique ! La classe politique ne peut s’en prendre qu’à elle-même ! Il faut maintenant faire preuve de courage pour que les choses changent !
T.J : D’ailleurs, en matière de sécurité, Béziers est la deuxième ville de France en termes d’investissement…
R.M : Effectivement, on met beaucoup d’argent. Les Biterrois ne me demandent pas lorsque je les rencontre plus de démocratie participative ! Que veulent-ils ? Eh bien, que la ville soit plus sûre, plus propre et plus belle. Nous attirons d’ailleurs beaucoup de touristes. Voilà ce que les gens veulent.
T.J : D’ailleurs, la sécurité est le fondement du Contrat social, on pense à Hobbes notamment. La première des libertés est la sécurité, et on ne comprend pas pourquoi une grande partie des maires n’assure pas ce droit fondamental à leurs administrés, tout comme vous le faites.
R.M : C’est parce que pendant longtemps, la gauche et même une partie de la droite disaient qu’il n’y avait pas de problèmes de sécurité, juste un « sentiment d’insécurité » : je t’en ficherai moi du « sentiment d’insécurité » ! Il y a eu un déni de ces problèmes liés à la sécurité tout comme il y a eu un déni du problème de l’immigration non contrôlée, j’insiste sur le « non contrôlée ». Et, aujourd’hui encore, il y a un déni du lien évident entre l’insécurité et cette immigration non contrôlée. Quand vous dites ça, on vous traite de « facho ».
T.J : J’aimerais revenir pour terminer cette interview sur votre formidable engagement vis-à-vis d’Israël et de la communauté juive puisque vous avez aussi fait installer à Béziers la sculpture du buste d’un héros israélien du 7 octobre en la personne d’Aner Shapira. Ce jeune homme a donné sa vie en protégeant celle de 27 autres jeunes qui étaient réfugiés dans un abri au Festival Nova. Aner a réussi à renvoyer les grenades qui étaient lancées par les immondes terroristes du Hamas vers cet abri. Il avait 22 ans. Ce buste fut inauguré en présence de la famille d’Aner Shapira et de la communauté juive de Béziers.
R.M : Oui, notre solidarité avec la communauté juive est visible, palpable dans toute notre ville.
T.J Robert Ménard, merci.
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Le couple Menard , des gens formidables qui osent , agissent et reussissent .
merci à mr ménard pour son soutien
sans faille à israël et à la communauté
juive
qu il soit remercié et honoré