Un rappeur est, pour la majorité des gens qui y habitent, un professeur, en banlieue. Quand on sort de la banlieue, un rappeur redevient un crétin un poil plus instruit que ceux qui ont toujours méprisé le savoir.
Je vais te répondre AKHENATON parce que tu fus un des héros de mon enfance. Il a fallu que je grandisse et que j’ouvre des livres pour comprendre quel crétin arrogant tu es et que je comprenne le poison que tu as mis dans mon esprit adolescent lorsque je fredonnais tes titres en mon for intérieur.
Alors, Akhenaton, toi qui met en avant ton identité de musulman ayant adopté l’identité arabo-musulmane je vais commencer par te répondre avec les mots de Omar Khayyam : « Si tu punis le mal que je fais par le mal, quelle différence entre toi et moi, dis ? »
Ensuite passons aux choses sérieuses et à la dissection de ton assertion sophistique :
Ce type d’assertion relève d’un mécanisme intellectuel extrêmement pauvre, mais redoutablement efficace, car il simplifie le réel au point de le rendre moralement binaire, et ce faisant il transforme une question politique complexe en équation primitive : si tu n’es pas X, alors tu es nécessairement l’ennemi de X, donc l’ennemi absolu, donc disqualifié, donc indigne de discussion – c’est ainsi qu’on diabolise un #Quentin pour le tuer en toute bonne conscience.
Or ce raisonnement repose sur un sophisme élémentaire que la logique formelle identifie depuis Aristote : le faux dilemme, c’est-à-dire la réduction artificielle du champ des possibles à deux options exclusives, alors que la réalité des positions intellectuelles, morales et politiques est infiniment plus large et structurée par des distinctions fines.
Refuser de s’auto-identifier comme « antifasciste » — terme historiquement chargé, politiquement instrumentalisé, et dont les usages contemporains varient considérablement — ne signifie nullement adhérer au fascisme ; cela peut signifier que l’on refuse la logique militante, que l’on conteste certaines pratiques associées à ce label, que l’on défend une conception libérale de la discussion publique, ou encore que l’on refuse précisément de penser le monde à travers des catégories morales binaires.
La supercherie consiste à faire glisser subrepticement le terme « antifasciste » d’une description historique (être opposé aux régimes fascistes du XXe siècle) vers une catégorie morale englobante (« être du côté du Bien »), et à redéfinir corrélativement « fasciste » comme toute position qui ne se conforme pas à cette auto-proclamation vertueuse ; autrement dit, on ne discute plus des idées, on redessine le vocabulaire de telle sorte que l’adversaire soit, par construction, assimilé à l’ennemi absolu – afin de tuer en toute bonne conscience des « Quentin ».
Ce procédé ne relève pas de la logique, mais de la rhétorique d’exclusion : il s’agit moins de démontrer que de classifier, moins d’argumenter que de distribuer des certificats de moralité – et d’exclure de la moralité élémentaire des « Quentin ».
L’invocation du « c’est mathématique » ajoute une couche d’autorité factice, comme si la simple analogie avec la rigueur des sciences exactes suffisait à donner à l’assertion la solidité d’un théorème ; or les mathématiques exigent des définitions stables, des prémisses explicites et une structure formelle cohérente, tandis qu’ici les concepts sont mouvants, historiquement situés et politiquement disputés.
Assimiler un débat moral à une équation, c’est précisément trahir l’exigence intellectuelle que l’on prétend incarner, car la pensée politique ne se réduit jamais à une disjonction binaire du type A ou non-A dès lors que les catégories elles-mêmes sont sujettes à interprétation.
Plus encore, cette logique binaire reproduit la structure même qu’elle prétend combattre : la désignation d’un ennemi moral total, la réduction du pluralisme à une alternative simpliste, la substitution du classement à l’argumentation. On ne combat pas une idéologie autoritaire en adoptant un schéma mental autoritaire ; on ne défend pas la liberté en supprimant la possibilité de positions intermédiaires. La pensée exige la distinction, la nuance, la hiérarchisation des concepts, la reconnaissance que l’opposition au fascisme peut s’exprimer sous des formes multiples, et que le refus d’une étiquette ne constitue pas une profession de foi inverse.
En définitive, ce genre de formule fonctionne parce qu’elle est performative : elle crée le clivage qu’elle énonce, elle enferme l’interlocuteur dans une alternative qu’elle a elle-même fabriquée, et elle dispense son auteur de l’effort argumentatif. Mais précisément pour cette raison, elle relève davantage de la stratégie tribale que de la philosophie, davantage du slogan que de la pensée, et davantage de l’excommunication morale que de la rigueur intellectuelle.
Voilà comment, en toute bonne conscience, on fabrique des « camps » et on diabolise des « Quentin » avant de les assassiner avec la meilleure intention du monde.
© Cyril Chevrot
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