Rupture imminente. Par David Castel

Rupture imminente

Qom.

Je regarde ça de mon salon. Écran allumé. Café froid. Les experts parlent. Les diplomates expliquent. Les mots glissent : « stabilité », « désescalade », « fenêtre d’opportunité ».

Moi je regarde les images. Les coupoles dorées. Les missiles en parade. Les visages fermés. Et je me demande : on attend quoi ?

Depuis 1979, le régime iranien tient par la foi et par la peur. Par le récit sacré et par la matraque. Il a survécu à tout. À la guerre contre l’Irak. Aux sanctions. Aux révoltes. Il encaisse, il plie, il serre les dents.

Aujourd’hui on voit bien que quelque chose se fatigue. Les jeunes n’y croient plus. Les religieux eux-mêmes admettent que le lien se distend. Le vernis craque. Très bien.

Mais pendant qu’on parle d’érosion, le temps passe.

Et le temps, là-bas, ce n’est pas abstrait.

Ce sont des centrifugeuses qui tournent.

Des missiles qu’on teste.

Des alliances qu’on renforce.

Depuis mon canapé, ça paraît simple. Si un régime est dangereux, s’il ne se réforme pas, s’il gagne du temps à chaque négociation, alors pourquoi ces hésitations permanentes ? Pourquoi ces demi-mesures ? Pourquoi cette peur d’aller au bout de la logique ?

Je ne suis pas stratège. Je ne vois que les évidences brutes. Un pouvoir théologique qui perd la foi de son peuple devient un pouvoir nu. Et un pouvoir nu, pour survivre, serre plus fort. Il ne lâche pas.

Alors on attend quoi ?

On attend qu’il soit plus fort ?

Qu’il franchisse une ligne rouge supplémentaire ?

Qu’il commette l’irréparable pour que tout devienne inévitable ?

Dans les salons occidentaux, on redoute l’embrasement. On redoute le mot guerre comme une obscénité. Mais l’histoire ne se soucie pas de nos pudeurs. Quand deux logiques sont incompatibles, elles finissent par se heurter.

En attendant, il se passe quoi ?

Il se passe que le régime respire encore.

Qu’il consolide.

Qu’il apprend.

Qu’il s’adapte.

Il se passe que l’opposition intérieure paie le prix.

Que les prisons se remplissent.

Que la lassitude s’installe.

Et nous, on commente.

Je ne donne pas de leçon. Je décris une sensation. Celle d’un spectateur qui voit la trajectoire et ne comprend pas pourquoi on feint d’ignorer la destination. Comme si repousser l’inévitable le rendait moins brutal.

Peut-être que la prudence est sagesse.

Peut-être que la retenue évite des milliers de morts.

Ou peut-être qu’elle ne fait que différer le choc.

Depuis mon salon, je ne vois qu’une chose : un régime qui ne change pas vraiment et un monde qui espère qu’il changera. Entre les deux, il y a le temps. Et le temps, parfois, est le plus dangereux des alliés.

© David Castel

Ex-avocat, hébréophone & parémiographe. Écrit entre deux cafés, trois procès et mille aphorismes.

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