Tribune Juive

« Le croquemidor » de Francis Renaud: Quand un média décide d’ouvrir la porte

Par Sarah Cattan et Frédéric Sroussi

Il arrive qu’un film ne soit pas seulement une œuvre, mais un test. Un test de liberté. De courage.Une démonstration de pluralisme.

Le Croquemidor, réalisé par Francis Renaud, a traversé un parcours semé d’obstacles : refus, silences, portes closes. Dans un paysage cinématographique structuré par des circuits d’aide, de validation et de diffusion étroitement balisés, le film s’est retrouvé en marge. Il n’a pas été discuté, critiqué. Juste contourné. Odieusement.

Un choix éditorial assumé

C’est dans ce contexte que Tribune Juive, via une interview du réalisateur menée par Frédéric Sroussi, a décidé d’ouvrir ses colonnes au film. Pas par provocation. Pas par posture. Mais par principe.

Un principe simple : un média indépendant n’a pas vocation à reproduire les filtres du système culturel dominant. Il a, au contraire, vocation à regarder ce que d’autres ne regardent pas, à écouter ce que d’autres n’écoutent pas, à examiner ce que d’autres préfèrent ignorer.

Ainsi, pour Tribune juive, soutenir un film qui dérange ou qui ne rentre pas dans les cases n’a pas été perçu comme un acte militant, mais comme un acte journalistique.

Le verdict des lecteurs

Le résultat est venu des lecteurs eux-mêmes. L’article consacré au film Le Croquemidor a été hissé durablement dans le hit-parade des articles les plus lus du site. Longtemps. Sans campagne. Sans promotion artificielle.

Ce classement n’est pas anecdotique. Il dit quelque chose d’essentiel : lorsqu’on donne accès à une œuvre marginalisée, le public répond présent. Il veut savoir. Il veut comprendre. Il veut juger par lui-même. Autrement dit : l’appétit de pluralisme existe. Ce qui manque souvent, ce ne sont pas les lecteurs. Ce sont les relais.

L’audace comme ligne éditoriale

Dans un environnement médiatique où la prudence est devenue une norme, l’audace consiste parfois simplement à faire son travail. en publiant ce qui n’est pas encore validé par les circuits dominants. En donnant la parole à ceux qui ne bénéficient pas d’un écosystème favorable. En refusant la logique du silence sélectif.

Le succès de l’article sur Le Croquemidor n’est pas seulement un indicateur d’audience. C’est un indicateur de confiance : celle des lecteurs envers un média qui ne choisit pas ses sujets en fonction des convenances.

L’histoire du court-métrage Le Croquemidor dépasse le film lui-même. Elle rappelle qu’un média ne se définit pas seulement par ce qu’il critique, mais par ce qu’il accepte de montrer.

Dans un paysage culturel où l’homogénéité menace la diversité des voix, chaque espace de liberté compte. Tribune Juive a fait le choix d’ouvrir une porte. Les lecteurs l’ont franchie. Et c’est peut-être cela, au fond, la définition la plus simple de l’engagement : ne pas attendre que le consensus autorise la parole.

© Sarah Cattan et Frédéric Sroussi

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