Tout commence par une phrase.
Pas une explication.
Pas une justification.
Une déclaration.
« אני חוסף בפניכם אזרחי ישראל את המענה המלא שלי למבקר המדינה »
« Je vous expose, citoyens d’Israël, ma réponse complète au Contrôleur de l’État. »
Benjamin Netanyahu (Premier ministre d’Israël) choisit ses mots.
Il ne parle pas d’un simple désaccord politique.
Il parle de protocoles.
De transcriptions sécuritaires couvrant douze ans — de l’opération צוק איתן (Tzuk Eitan, guerre de Gaza 2014) jusqu’au matin du 7 octobre.
Le 25 décembre 2025, il rencontre le Contrôleur de l’État (organe chargé d’auditer les institutions publiques).
Quatre heures de réunion.
Transmission complète des documents.
Six jours plus tard : intervention de Bagatz (Cour suprême d’Israël), qui limite l’enquête du Contrôleur sur les volets centraux.
Puis viennent les extraits publiés.
Des pages noircies.
Des paragraphes effacés.
Le pays découvre les « protocoles noircis« .
Et une question s’installe :
Que montrent-ils réellement ?
I. 2022 – Gaza sort du centre
Un document interne apparaît :
« סיכום שיחת מפה » — Résumé d’évaluation opérationnelle.
Il concerne un bataillon précis :
גדוד מילואים חיר (bataillon de réserve infanterie, secteur Gaza).
La phrase est sans ambiguïté :
« היום את כל המילואים של גזרת עזה הוציאו מאופרטיביות »
« Aujourd’hui, toutes les réserves du secteur de Gaza ont été retirées de l’opérationnel. »
Retirées.
On discute :
- Réduction de bataillons
- Redistribution vers d’autres unités
- Affectation au Commandement du Front intérieur
Puis cette phrase sèche :
« אנחנו לא על הגרף »
« Nous ne sommes pas sur le graphique. »
Gaza n’est plus prioritaire.
Sur le plateau de C14, les intervenants explosent :
« רצו לחסל את המילואים. לא צריך מילואים. »
« Ils voulaient éliminer les réserves. On n’a pas besoin de réserves. »
Comparaison immédiate :
- Ligne Maginot (France 1940)
- Ligne Bar-Lev (avant guerre du Kippour)
- Grande Muraille
L’argument : la technologie a remplacé la vigilance humaine.
« בנינו קו מז’ינו בעזה. אמרו — גמרנו. »
« On a construit une ligne Maginot à Gaza. On a dit : c’est fini. »
II. La nuit du 6 au 7 octobre
Une alerte. Puis l’inertie.
Les mots sont précis :
« התראה של השבאק או את המידע שהתקבל באמן »
« Une alerte du Shin Bet ou une information reçue à Aman. »
- Shin Bet (שב »כ) — service de sécurité intérieure, dirigé par Ronen Bar.
- Aman — renseignement militaire israélien.
Une alerte existe.
Un doute circule.
Et pourtant.
« איך אתה הולך לישון בלילה? »
« Comment tu vas dormir la nuit ? »
Pourquoi le Premier ministre n’est-il pas réveillé ?
Pourquoi pas de mobilisation massive ?
Pourquoi pas d’activation immédiate des réserves ?
Selon les intervenants :
Les ימ »חים (dépôts d’urgence) ne sont pas prêts.
Les forces ne sont pas massivement déployées sur la barrière.
Les drones ne saturent pas le ciel.
Les chars ne se positionnent pas.
Les hélicoptères ne décollent pas immédiatement.
Et la phrase revient, presque rythmique :
« איפה הטנקים? איפה המסוקים? הדממה! »
« Où sont les chars ? Où sont les hélicoptères ? Silence ! »
La base d’Ashdod bouge.
La Marine agit.
Le Shin Bet prend certaines mesures.
Mais au sommet ?
Un “סקופ” est lancé sur le plateau :
Herzi Halevi (chef d’état-major de Tsahal) aurait parlé au commandant de la division Gaza après le 7 octobre.
Si c’est exact, cela interroge la chaîne.
Si c’est inexact, cela exige clarification.
Mais le doute s’installe.
III. La « miscalculation » = erreur d’évaluation stratégique
Des travaux académiques sont cités :
- Amit Tsair (ancien chef division Recherche Aman)
- Dr Rudi Golan (Centre Dado, institut stratégique militaire)
Thèse : guerre née d’une erreur d’interprétation mutuelle.
Mais sur le plateau :
« כל הסיפור של מסקלקולציה זה הפקרות »
« Toute cette histoire de miscalculation, c’est de l’abandon. »
Selon les intervenants, invoquer la théorie stratégique ne répond pas à la question opérationnelle.
IV. Diskin et la tension politique
Yuval Diskin (ancien chef du Shin Bet) aurait déclaré, trois semaines avant la guerre :
« בלום אותו »
« Bloquez-le. »
Il aurait appelé les responsables sécuritaires à freiner toute initiative qu’ils jugeraient dangereuse.
Les noms cités :
- Dedi
- Artzi
- Ronen
Contexte : tensions liées à la réforme judiciaire.
Sur le plateau, une hypothèse est formulée (présentée comme hypothèse) :
Certains responsables auraient pu choisir de gérer l’événement sans impliquer immédiatement le Premier ministre, par crainte d’escalade.
Aucune preuve judiciaire n’est présentée dans ce débat.
Mais la question est posée publiquement.
V. L’accusation la plus lourde
Un intervenant affirme :
« השבאק שינה את הפרוטוקול »
« Le Shin Bet a modifié le protocole du 7/10. »
Il s’agit d’une accusation formulée dans le débat télévisé.
Aucune décision judiciaire définitive ne confirme cette affirmation à ce stade.
Mais si elle était vraie, elle signifierait non seulement une défaillance, mais une bataille sur la mémoire institutionnelle.
VI. Commission d’enquête
Netanyahu propose une commission bipartisane de la Knesset (Parlement israélien), incluant coalition et opposition, inspirée du modèle américain post-11 septembre.
Argument des intervenants :
Pourquoi des juges dirigeraient-ils une enquête militaire ?
Référence implicite à Aharon Barak (ancien président de la Cour suprême, figure centrale du pouvoir judiciaire israélien).
VII. Décembre 2025 – Le point de rupture
- 4 heures avec le Contrôleur
- Transmission de 12 ans de protocoles
- Intervention de Bagatz
- Publication partielle
- Explosion médiatique
Les “protocoles noircis” deviennent le centre du débat national.
VIII. Ce qui reste
Il y avait du renseignement.
Mais :
- Quand exactement l’information est-elle arrivée ?
- À quel niveau d’urgence a-t-elle été transmise ?
- Netanyahu a-t-il été informé clairement ou de manière atténuée ?
- Herzi Halevi a-t-il contacté Gaza avant ou après ?
- Qui a modifié les protocoles, si modification il y a eu ?
- Pourquoi les réserves ont-elles été retirées en 2022 ?
La nuit du 6 au 7 octobre n’est pas seulement une nuit d’attaque. C’est une nuit de décisions.
Ou d’absence de décisions. Et la question qui ne disparaît pas : Qui savait — et qui a choisi de ne pas agir ?
© David Germon



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