Aron Löwi: le visage que les nazis n’ont pas pu effacer. Par Rachid Chidra

Le visage que les nazis n’ont pas pu effacer

Voici Aron Löwi.

Un marchand juif polonais de 62 ans de la petite ville de Zator.

Un mari. Un voisin. Un homme avec un nom, une histoire et une place dans sa communauté.

Le 5 mars 1942, cette identité lui a été enlevée.

Quand Aron est arrivé à Auschwitz, il n’était plus traité comme un être humain. Il est devenu prisonnier numéro 26406. Les photographies prises ce jour-là montrent un homme déjà brisé – bleu, émacié, ses yeux creux d’épuisement et de peur. Ils témoignent silencieux de la violence infligée avant même qu’il ne passe les portes du camp.

Épinglés à son uniforme rayé se trouvaient les symboles de haine soigneusement conçus par les nazis :

une étoile jaune le marquant comme juif,

un triangle rouge inversé le marquant de prisonnier politique.

D’autres portaient du vert pour « criminel », du rose pour « homosexuel », du noir pour « asocial. ”

C’était un système conçu pour dépouiller les gens de leur identité avant de les dépouiller de la vie.

Aron Löwi a survécu cinq jours à Auschwitz.

Il est arrivé le 5 mars.

Le 10 mars 1942, il était mort.

Aucune cause de décès n’a été enregistrée – juste une vie de plus effacée comme « inapte au travail », comme des millions d’autres consommées par cette machine d’annihilation. À Auschwitz, cinq jours ont suffi pour éteindre toute une vie.

Pourtant sa photo reste.

Son numéro reste.

Et se souvenir de son visage – un visage parmi des millions – est un acte de défi silencieux.

Pour retenir un nom

C’est résister à les oublier tous.‌‌

© Rachid Chidra

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*