« Je regrette que nous portions la même robe »: la réponse d’un avocat aux propos de Francis Vuillemin sur Samuel Paty. Par Maître Francis Teitgen




Samuel Paty « procédait à la discrimination des élèves musulmans », affirme un avocat de la défense

En marge de la première journée du procès en appel, Francis Vuillemin, l’avocat de Abdelhakim Sefrioui, l’un des complices présumés de l’assassin du professeur d’histoire-géographie, a accusé Samuel Paty d’avoir «discriminé des élèves musulmans». Francis Teitgen, avocat à la Cour, lui répond.

« Monsieur Francis Vuillemin est l’avocat de Monsieur Sifrioui, accusé dans le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty. Dans la salle des pas perdus du palais de justice de Paris, M. Vuillemin, manifestement enchanté de la présence des caméras, a tenu des propos qu’on ne peut laisser sans réponse.
Il accuse Samuel Paty d’avoir «discriminé» ses «élèves musulmans» en les invitant à quitter la salle de classe s’ils ne voulaient pas participer à un cours sur la liberté d’expression illustré par des caricatures du prophète. Cela aurait à ses yeux constitué une faute pédagogique exigeant que soit prise à son encontre une sanction disciplinaire. Implicitement mais nécessairement, l’avocat rend le professeur en partie responsable de son sort.

La parole de l’avocat défenseur est évidemment libre. Mais ici, s’agit-il de la parole de la défense ? Évidemment non et les propos de M. Vuillemin doivent donc être ramenés à ce qu’ils sont : une ignominie.

Une ignominie d’abord par leur teneur qui inverse les statuts de la victime et du bourreau. La participation de M. Sifrioui à l’égorgement de Samuel Paty serait légitimée par le comportement de celui-ci. La barbarie retrouverait un visage humain du fait de la victime. C’est la posture permanente des bourreaux. Il faut tenter d’atténuer sa responsabilité en la partageant. Il faut justifier l’horreur par le fait d’autrui. On sait où mène cette affreuse mascarade : à expliquer l’inexplicable pour excuser l’inexcusable.

Il est choquant qu’un avocat, détournant le rôle qui est le sien, tienne des propos indignes du serment qu’il a prêté.

Francis Teitgen
Une ignominie encore parce que ce n’est pas la parole de la défense.

En premier lieu, parce que celle-ci s’exerce dans les prétoires, en face des juges, et non pas dans les couloirs du palais en face des caméras. Les droits de la défense ont pour objectif de permettre à l’avocat de tenter de convaincre les jurés. Il ne s’agit pas de pérorer devant les micros. Évidemment, sans quiconque pour porter la contradiction.
M. Vuillemin n’a parlé que pour lui, pour se faire plaisir, sans aucun bénéfice pour son client. Cela, ce n’est pas la parole de la défense.

L’avocat qui plaide dans la salle d’audience, dans le cadre du procès pénal, armé de son talent pour convaincre celui qui tient le sort de son client entre ses mains, cet avocat-là, fait honneur à sa profession. Il bénéficie de ce fait d’une immunité de parole. Mais cette immunité s’arrête si l’avocat n’est pas dans son rôle de défenseur.

Il est choquant que les magistrats condamnent un accusé, parce que, pendant l’audience, l’avocat de ce dernier leur a déplu. Mais il est choquant qu’un avocat, détournant le rôle qui est le sien, tienne des propos indignes du serment qu’il a prêté.

Monsieur Vuillemin, à mes yeux, vous vous êtes déshonoré, et je regrette que nous portions la même robe ».

© Francis Teitgen
Francis Teitgen, avocat à la Cour, est ancien bâtonnier de Paris.

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