Le silence occidental face aux crimes du régime iranien n’est ni une défaillance morale ni une cécité accidentelle. Il est le produit d’un système. Un système ancien, structuré, théorisé — et soigneusement dénié.
Ce système a un nom : Eurabia.
Ce nom est devenu imprononçable non parce qu’il serait infondé, mais parce qu’il est explicatif. Bat Ye’Or n’a pas été marginalisée pour excès, mais pour précision. Elle n’a pas prophétisé : elle a décrit.
Dès le début des années 2000, dans Eurabia : l’axe euro-arabe, elle documentait, archives et textes officiels à l’appui, un basculement stratégique de l’Europe : la substitution progressive de la clarté morale par le compromis civilisationnel, du réel par le récit, de la vérité par la gestion.
L’objectif était simple : préserver une paix sociale et diplomatique avec le monde arabo-musulman. Le prix à payer l’était tout autant : Israël et les Juifs comme variables d’ajustement.
Dans ce cadre, certaines victimes deviennent invisibles. Les Iraniens réprimés. Les chrétiens persécutés. Trop dérangeants, trop peu utiles, trop coûteux narrativement. Ils obligeraient à nommer un adversaire, un régime, une idéologie. Ils forceraient l’Europe à rompre avec ses accommodements.
Les Juifs, à l’inverse, ne disparaissent jamais du récit. Ils y sont surreprésentés, mais toujours comme problème. Jamais comme victimes simples. Toujours comme question politique, morale, symbolique à gérer.
Le 7 octobre en est l’illustration parfaite.
Un massacre absolu, immédiatement transformé en objet discursif. Comparé, contextualisé, relativisé. Non pour éclairer les autres tragédies, mais pour neutraliser celle-là.
— L’Iran ? Oui, mais Gaza.
— L’Ukraine ? Certes, mais Israël.
La comparaison ne sert pas à comprendre. Elle sert à dissoudre.
Ce que Bat Ye’Or avait compris, avant beaucoup d’autres, c’est que l’Europe ne cherche plus la vérité, mais l’équilibre. Et que, dans cette recherche obsessionnelle de coexistence, le Juif devient le point de friction permanent, celui sur lequel on appuie pour éviter de regarder ailleurs.
Eurabia n’est pas un complot secret. C’est un réflexe civilisationnel. Une logique de gestion : sacrifier la singularité juive pour préserver l’illusion de la paix.
D’où ce paradoxe glaçant, désormais parfaitement lisible :
- sans Juifs, il n’y a pas de récit ;
- avec eux, le récit devient hystérique, accusatoire, saturé.
Bat Ye’Or n’a pas été disqualifiée parce qu’elle avait tort, mais parce qu’elle rendait le déni impossible. Elle nommait ce que l’Europe voulait désapprendre à voir.
La lire aujourd’hui, la citer, la réhabiliter, ce n’est pas provoquer.
C’est refuser de participer à l’organisation du silence.
© Sarah Cattan

Bat ye or est une visionnaire et une grande dame
Je faisais partie de celles et ceux qui pensaient, de bonne foi, que Bat Ye’Or exagérait. J’ai eu tort. Elle avait juste raison avant tout le monde. Notre tolérance est devenue capitulation.