Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Louis Aragon. L’Affiche rouge
Et la Place de la République d’où s’ébranla le cortège du 11 janvier 2015 est devenue le lieu emblématique du mensonge islamiste triomphant, de la trahison de la France, et de la haine anti-juive la plus crasse.
Dina Kaplan
«Onze ans déjà, Que cela passe vite onze ans…» : les mots de Louis Aragon dans son poème «L’Affiche Rouge» résonnent en ces jours de janvier où l’on se souvient des attentats qui ont ensanglanté Paris, Montrouge et Vincennes.
Attentats islamistes, il faut encore et toujours le souligner tant il est vrai que l’injonction «Pas d’amalgame» a immanquablement conduit à effacer la marque djihadiste de ce terrorisme au point que la glorification d’organisations terroristes est devenue, depuis le 7 octobre 2023, le slogan unificateur des anti-Juifs ressortis des égouts putrides où on les pensait – à tort – définitivement enfermés.
Dès le 11 janvier 2015, lors de cette manifestation voulue par François Hollande, alors Président de la République – qui allait s’afficher en tête de cortège avec un terroriste négationniste déguisé en respectable dirigeant d’une Autorité Palestinienne pourtant corrompue et viscéralement antisémite – l’ambiguïté était de mise, et pas seulement dans le cortège officiel.
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Ces notes retrouvées, griffonnées quelques jours plus tard, témoignent du malaise éprouvé ce jour-là qui fut une nouvelle «journée de dupes» porteuse de lourdes menaces plus présentes que jamais onze ans plus tard:
« Le 25 janvier 2015. A 01h.03.
Étrange société en vérité…
Voilà deux semaines que quatre millions de personnes battaient le pavé, et tout recommence comme avant.
Pourquoi étaient-elles descendues dans la rue, d’ailleurs ?
J’en ai entendu s’exclamer «Que vient faire la laïcité là-dedans ?» en voyant des pancartes en proclamer la sacralité – si l’on ose dire.
D’autres ont protesté «Pas La Marseillaise, quand même !» quand la foule a spontanément entonné l’hymne national.
Je participais à un rassemblement immense mais improbable, une foule aux idées souvent contradictoires, où des drapeaux du N.P.A., des badges «P.C.F.» ou «Ligue des droits de l’ Homme» côtoyaient des banderoles de pacifistes incorrigibles et de hippies attardés («Faites l’amour, pas la guerre»).
Beaucoup de ceux-ci ont participé l’été dernier à des cortèges dans lesquels on hurlait «Mort à Israël ! Mort aux Juifs !» en brandissant des drapeaux du Hamas, du Hezbollah, de l’Etat Islamique. Et un représentant de la L.D.H. n’avait pas hésité à affirmer, sur un plateau T.V., que rien ne lui prouvait qu’il s’agissait d’organisations terroristes !
Quoi d’étonnant dès lors que, deux semaines plus tard, des voix s’élèvent contre les risques d’atteintes aux libertés que pourrait engendrer une législation renforçant la lutte contre le terrorisme? »
Aujourd’hui, je me souviens de ce cortège qui, arrivé Place de la Nation, se dispersa dans la nuit qui tombait. Comment ? Pas de marche vers l’Hyper Casher de Vincennes, situé à quelques centaines de mètres à peine ? Pourquoi ?
Je décidais de m’y rendre.
Peu de gens, vraiment très peu.
Dans la lumière blafarde et le froid, quelques dizaines de personnes seulement se tenaient là. Je n’ai pas vu de caméras ni de journalistes, et un seul homme politique ! Juste des anonymes, parmi lesquels une femme qui tint à me dire qu’elle était Marocaine en vacances, musulmane et qu’elle éprouvait le besoin de manifester sa solidarité en se tenant en ce lieu.
Dans un lourd silence, des ombres portant des combinaisons floquées «ZAKA» se sont glissées à l’intérieur des locaux ; l’autorisation venait de leur être donnée de pénétrer dans les lieux afin d’y accomplir leur mission sacrée de recueillir les restes de sang et de chair des Juifs assassinés en ce lieu – et pour ce seul motif.
Des prières furent murmurées, des bougies allumées – pas pour céder à la mode qui venait d’être lancée- des «peluches et bougies», mais par tradition immémoriale.
La solitude était palpable.
Elle l’est encore davantage aujourd’hui : certains en sont même à n’évoquer que les attentats de Charlie-Hebdo et de Montrouge, effaçant ainsi les victimes de l’Hyper Casher de Vincennes.
Onze ans plus tard, le slogan «Je suis Charlie ! Je suis Flic ! Je suis Juif ! » a été remplacé par des cris de haine : contre la liberté d’expression, contre la Police et contre les Juifs.
Et la Place de la République d’où s’ébranla le cortège du 11 janvier 2015 est devenue le lieu emblématique du mensonge islamiste triomphant, de la trahison de la France, et de la haine anti-juive la plus crasse.
© Dina Kaplan

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