Scandale nazi chez les parachutistes allemands : Le ministre B.Pistorius exige des sanctions et une reprise en main. Par Francis Moritz

Une affaire qui éclabousse une unité d’élite et qui se produit à un très mauvais moment.

Le gouvernement allemand a décidé et proclamé vouloir faire à terme de la Bundeswehr, la première armée conventionnelle du continent. C’est aussi un des pays en Europe où sont stockées des ogives nucléaires sous contrôle américain. Les faits se produisent alors que l’armée a lancé un vaste plan de recrutement volontaire afin de répondre à ses aspirations européennes.

Les forces armées allemandes (Bundeswehr) sont secouées par une série d’allégations visant le 26e régiment de parachutistes basé à Zweibrücken (Rhénanie-Palatinat), dans la caserne de Niederauerbach. Les soupçons portent sur un cocktail explosif : extrémisme de droite, agressions et harcèlement sexuels, rituels violents, consommation et trafic de stupéfiants, ainsi que provocations à caractère nazi (symboles anticonstitutionnels, saluts hitlériens, « soirée nazie » évoquée par certaines sources).

Le ministre de la Défense Boris Pistorius (SPD) a qualifié ces faits de « choquants », estimant qu’ils contredisent frontalement les valeurs de la Bundeswehr et exigeant une clarification complète.

Des chiffres lourds, des procédures déjà engagées

Selon les éléments rapportés, l’affaire agrège environ 200 incidents recensés ou examinés, et plusieurs niveaux d’enquête sont en cours :

  • Le parquet de Zweibrücken enquête sur 19 soldats (militaires du rang et sous-officiers, selon les autorités).
  • La Bundeswehr mène parallèlement une enquête interne plus large.
  • Au total, 55 suspects seraient concernés par des investigations administratives et/ou disciplinaires.
  • Des procédures de renvoi ont été engagées contre les 19 principaux suspects ; trois seraient déjà finalisées.
  • Les poursuites et procédures disciplinaires seraient conduites conjointement par la Bundeswehr et le parquet disciplinaire militaire.

Les chefs ou angles d’enquête évoqués incluent notamment incitation à la haine, usage de symboles d’organisations anticonstitutionnelles, et des infractions liées à la législation sur les stupéfiants (y compris cannabis à usage récréatif), en plus des faits à caractère sexuel signalés.

Le déclencheur : des plaintes internes et la parole de soldates

D’après les informations disponibles, l’affaire aurait pris de l’ampleur après plusieurs plaintes déposées en juin auprès de la commissaire parlementaire aux forces armées, notamment par des soldates du régiment.

Des témoignages évoquent un climat de sexisme, de misogynie, d’exhibitionnisme, et des récits particulièrement graves : photos prises sous la douche, agressions présumées, propos banalisant la violence sexuelle, parfois même dans des cadres hiérarchiques ou institutionnels. Sur le volet idéologique, il est question d’un noyau dur décrit comme une « clique d’extrême droite ouvertement antisémite », avec des actes antisémites et des mises en scène explicitement nazies.

Un air de déjà-vu : le précédent du KSK

Pour de nombreux observateurs, l’affaire rappelle immédiatement les scandales ayant touché le Commandement des forces spéciales (KSK), unité d’élite de la Bundeswehr, longtemps considérée comme particulièrement exposée à l’extrémisme de droite.

En 2017, lors d’une fête de départ près de Sindelfingen, le commandant de la 2e compagnie du KSK avait, selon un témoignage oculaire corroboré par des éléments matériels, effectué à plusieurs reprises le salut hitlérien au son de musique rock d’extrême droite. La scène, révélée par des enquêtes journalistiques, s’était déroulée devant une soixantaine de soldats actifs et retraités.

Quand la justice tranche… et que l’armée temporise

Sur le plan pénal, l’affaire était pourtant claire : le parquet de Stuttgart a jugé le témoignage crédible et infligé au commandant une amende de 4 000 euros pour usage de symboles d’organisations anticonstitutionnelles — sanction acceptée, donc juridiquement établie.

Mais au sein de la Bundeswehr, ce verdict n’a été considéré que comme ayant une « valeur indicative » pour les procédures internes. Résultat : malgré une condamnation pénale, le commandant est resté militaire pendant des années, illustrant une dissociation problématique entre justice civile et discipline militaire.

Cette lenteur a suscité de vives critiques politiques. Plusieurs élus ont dénoncé l’incapacité de l’armée à exclure rapidement des extrémistes avérés de ses rangs, en particulier lorsqu’ils appartiennent à des unités prestigieuses.

Pistorius vise aussi la chaîne de commandement

Au-delà des faits eux-mêmes, Pistorius s’en prend à la réaction initiale du commandement local, jugée insuffisante. Son grief central : les fautes « sur le terrain » n’auraient pas été identifiées assez tôt comme telles, ni poursuivies avec la rigueur nécessaire. Pour le ministre, c’est inacceptable, et cela ne doit plus se reproduire.

Son exigence se résume en trois priorités :

  1. Enquêter à fond sur chaque incident.
  2. Poursuivre avec toute la rigueur de la loi toute allégation confirmée.
  3. Rétablir la confiance dans le commandement local, c’est-à-dire la capacité de la hiérarchie à voir, trancher, sanctionner.

Pistorius insiste aussi sur un point sensible : il ne doit pas exister de peur de signaler, ni de « solidarité mal placée » envers ceux qui franchissent toutes les limites. En clair : pas d’omerta, pas d’esprit de corps transformé en bouclier.

Sanctions, renvois et “plan d’action” pour les forces aéroportées

La Bundeswehr affirme avoir déjà renvoyé plusieurs soldats du 26e régiment et annonce d’autres conséquences. Les mesures doivent s’inscrire dans un « plan d’action pour les forces aéroportées », censé renforcer :

  • la formation,
  • le commandement,
  • la prévention,
    afin d’éviter la répétition de ce type de dérives.

Ce plan s’appuierait sur un rapport interne (en voie d’achèvement) associé au commandant de l’armée de campagne, et doit être soumis à l’échelon supérieur compétent. Objectif affiché : passer d’une gestion au cas par cas à une réponse structurelle.

Une unité très demandée… et donc d’autant plus exposée

Le 26e régiment de parachutistes compterait environ 1 700 soldats. Paradoxalement, il est décrit comme une unité où le recrutement est plus facile qu’ailleurs : “les candidats affluent”, au point que les capacités de formation seraient sous tension.

Cette attractivité n’est pas un détail : elle souligne que l’unité occupe une place symbolique et opérationnelle importante — et que dans tout scandale y a un effet démultiplié sur l’image de la Bundeswehr.

Le contraste gênant : portes ouvertes sans incident, coulisses explosives

Fin août, la caserne aurait accueilli une journée portes ouvertes attirant 10 000 visiteurs, sans incident signalé. Dans le même temps, des accusations lourdes circulent sur des comportements clandestins : saluts hitlériens, uniformes nazis, consommation de drogue, violences et agressions sexuelles.

Ce contraste alimente une question politique centrale : comment une unité peut-elle apparaître irréprochable en façade, tout en laissant prospérer — si les faits sont confirmés — des pratiques extrêmes en interne ?

Un problème plus large : l’extrême droite dans la Bundeswehr

L’affaire de Zweibrücken s’inscrit dans un contexte plus vaste. Des chiffres mentionnés indiquent 280 incidents d’extrême droite recensés l’an dernier au sein des forces armées allemandes (niveau global), et 97 soldats renvoyés pour extrémisme de droite en 2024 (contre 62 l’année précédente), signe d’une hausse marquée.

Une lecture critique, portée par certains commentateurs, refuse l’idée des « cas isolés » : selon eux, l’augmentation des signalements révèle à la fois une dérive plus décomplexée et les limites d’un système qui, trop souvent, réagit tard, minimise, ou protège l’institution plutôt que les victimes.

Ce qui se joue vraiment : crédibilité, discipline, et culture interne

À ce stade, une partie des faits reste à établir juridiquement. Mais politiquement, l’essentiel est déjà là : la crédibilité du commandement, la capacité de la Bundeswehr à détecter et sanctionner vite, et la solidité de sa culture interne face aux tentations extrémistes, au sexisme et à la violence.

Pour Pistorius, l’équation est simple :

  • tolérance zéro pour l’extrémisme, les violences sexuelles et la drogue,
  • fin des angles morts dans la hiérarchie,
  • et restauration de la confiance — à l’intérieur de l’armée comme dans l’opinion publique. Contrairement à ce qui a pu se passer ailleurs, le très populaire ministre de la Défense n’a pas cherché à étouffer ou à minimiser la situation mais au contraire il s’applique à l’exposer clairement à son opinion publique, au sein d’une coalition qui n’est pas sans problèmes internes…

© Francis Moritz


Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps


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