La guerre que l’Occident n’a pas voulu voir. Iran, Europe, Amérique : comment nos idées ont été retournées — et pourquoi Israël en paie le prix. Par Paul Germon

🖋️ Paul Germon

Le monde continue de raisonner avec une carte mentale erronée : la civilisation, les idées, la modernité partiraient des États-Unis vers l’Europe, puis vers le reste du monde.

C’est faux.

Depuis près de quarante ans, le flux idéologique s’est inversé.

Les idées qui ont fragilisé l’Occident ne sont pas nées en Amérique.

Elles sont nées en Europe, ont été importées, radicalisées et industrialisées aux États-Unis, puis retournées comme armes stratégiques par des puissances qui avaient parfaitement compris que la guerre avait changé de nature.

Israël se trouve aujourd’hui au point d’impact de ce renversement.

I. Ce que l’ennemi a compris avant nous : on ne gagne plus seulement par les armes

Les dirigeants de Iran, comme les réseaux idéologiques issus des Frères musulmans et soutenus par Qatar, ont fait très tôt un diagnostic d’une lucidité implacable :

ils ne gagneraient jamais une guerre classique contre l’Occident.

Supériorité militaire, technologique, dissuasion stratégique : le rapport de force était sans appel.

Il fallait donc changer de champ de bataille.

La décision fut stratégique :

Puisque nous ne pouvons pas vaincre l’Occident par la force, nous le vaincrons par ses propres cadres moraux.

Il ne s’agissait pas de combattre les valeurs occidentales, mais de les absolutiser, de les décontextualiser, de les retourner contre ceux qui les portent.

Ce n’était pas une intuition idéologique.

C’était une doctrine de guerre cognitive.

II. Le grand contresens : non, les idées ne viennent pas d’Amérique

Contrairement au récit dominant, cette fragilisation morale ne vient pas des États-Unis.

Elle vient d’une Europe sortie du tragique historique, protégée militairement par d’autres, ayant remplacé la politique par la norme et la souveraineté par la posture morale.

C’est cette Europe qui a produit :

• la déconstruction du récit historique,

• la suspicion envers l’universel,

• la culpabilité comme principe politique,

• la défiance envers l’État-nation,

• la confusion entre force et faute.

Avec Jacques Derrida et d’autres, la critique cesse d’être corrective : elle devient dissolutive.

En Europe, cette pensée reste souvent académique, élitiste, parfois esthétisée.

Aux États-Unis, elle devient norme morale, militantisme, idéologie opératoire.

L’Amérique n’a pas inventé ce logiciel.

👉 Elle l’a industrialisé.

III. Le symptôme Piketty : quand l’Europe idéologise l’Amérique

Il suffit d’observer le succès de Thomas Piketty aux États-Unis pour mesurer l’ampleur du renversement.

Un économiste français, porteur d’une vision soupçonneuse et quasi punitive du capital, devient une référence centrale dans le pays du capitalisme inventif, populaire et dynamique.

Ce succès n’est pas économique.

Il est civilisationnel.

Il révèle une Amérique qui importe la culpabilité européenne, au moment même où l’Europe renonce à produire la puissance matérielle qui rend la morale possible.

IV. Pourquoi les décideurs occidentaux n’ont rien vu venir

L’échec occidental n’est pas un déficit d’intelligence.

C’est un aveuglement idéologique.

Les décideurs occidentaux n’ont pas vu venir cette guerre parce qu’ils ont cru que la guerre était finie.

Ils ont cru que :

• le droit remplacerait la force,

• la norme remplacerait la dissuasion,

• la morale pacifierait le réel.

Ils ont confondu soft power et bienveillance,

langage des droits et neutralité,

auto-critique et lucidité stratégique.

Ils ont voulu prévenir la critique plutôt que prévenir la défaite.

V. Obama : l’entrée de la repentance dans le discours politique

Il faut être rigoureux.

Barack Obama n’a pas rompu l’alliance militaire avec Israël.

Il l’a renforcée.

Sa faute n’est pas stratégique.

Elle est civilisationnelle.

Pour la première fois dans l’histoire politique américaine contemporaine, la notion de repentance est entrée explicitement dans le discours politique, comme si l’Occident devait d’abord s’excuser d’exister avant de pouvoir se défendre.

Cette inflexion est une faute majeure.

Obama n’a pas désarmé Israël.

Il a désarmé les esprits.

VI. Gramsci appliqué par l’ennemi

Antonio Gramsci avait vu juste sur un point essentiel :

la victoire politique est précédée par l’hégémonie culturelle.

Ce que les élites occidentales ont oublié, c’est que cette loi est idéologiquement neutre.

L’Iran, le Qatar et les réseaux islamistes ont appliqué Gramsci contre l’Occident.

Ils n’ont pas cherché à conquérir des territoires, mais des cadres mentaux : vocabulaire, catégories morales, récits dominants.

Une fois le cadre accepté, la défaite devient procédurale.

VII. Le soft power iranien et qatari : une stratégie, pas une influence

Le soft power iranien et qatari n’est ni diffus ni naïf.

Il est conscient, structuré, financé, stratégique.

Médias, universités, ONG, institutions internationales, droit humanitaire, langage des droits :

tout est utilisé pour délégitimer l’adversaire, non pour convaincre.

Ils ne rejettent pas les valeurs occidentales.

👉 Ils les instrumentalisent.

VIII. Le racisme oublié de la gauche occidentale : le mythe du « bon sauvage »

C’est l’un des aspects les plus graves — et les plus refoulés — de cette dérive.

Sous couvert de relativisme culturel et d’anti-impérialisme, une partie de la gauche occidentale développe un racisme paternaliste :

l’idée que les peuples des sociétés adverses n’auraient pas droit à la liberté, au développement, au bien-être, à la responsabilité politique.

Les tyrannies sont excusées.

Les oppressions sont contextualisées.

La violence est expliquée par la culture.

C’est le retour du bon sauvage.

Ce relativisme n’est pas humaniste.

Il est profondément raciste, car il refuse aux autres peuples ce que l’on exige pour soi-même.

Israël dérange précisément parce qu’il prouve l’inverse.

IX. Israël : la cible idéale

Israël concentre tout ce que ce logiciel idéologique ne supporte pas :

• un État-nation assumé,

• une souveraineté armée,

• une logique de survie.

Survivre devient une faute.

Se défendre devient une violence structurelle.

Le terrorisme devient résistance.

La question n’est plus politique.

Elle devient ontologique.

X. La gauche israélienne et l’oubli de l’idéal sioniste

La gauche sioniste originelle — celle de Yitzhak Rabin et de Shimon Peres — était tragique et lucide.

Elle savait que la justice sans survie est un luxe mortel.

Une partie de la nouvelle gauche israélienne a oublié cet héritage.

L’affaire récurrente autour du rôle du procureur militaire de Forces de défense israéliennes en est le symbole.

Le droit est devenu une finalité morale.

L’innocence a prétendu remplacer la victoire.

XI. Le succès ultime de la guerre cognitive

La guerre des idées est gagnée quand :

• l’accusation est intériorisée,

• le soupçon devient réflexe,

• la défense devient honteuse,

• et l’État agressé commence à se présenter lui-même comme suspect.

Conclusion

La question n’est plus de savoir qui a raison moralement.

Elle est de savoir qui a compris la nature de la guerre en cours.

L’Iran et ses alliés n’ont pas gagné parce qu’ils étaient plus justes.

Ils ont gagné provisoirement parce qu’ils ont compris avant nous que la guerre se ferait par les cadres, le langage, la morale et la culpabilité.

Mais une vérité demeure :

On ne survit pas parce qu’on est innocent.

On survit parce qu’on est légitime — et capable de se défendre.

© Paul Germon

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1 Comment

  1. Je reste néanmoins convaincu que toute cette panoplie des LGBTQQ… du wokisme … du réchauffisme… de l’écologisme mortifère, nous vient directement des USA et plus précisément pour certains de l’Ouest américain. Tout cela bien-sûr avec l’aide et le soutien des puissances occulte ou non style BlackRock et Cie. Déstabiliser l’Europe et particulièrement la France a tjs été la fonction première de l’Amérique expansionniste. Les événements actuels en sont un témoignage, aussi bien l’Ukraine que le Vénézuéla et demain le Groenland? Le Canada?

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