Limore Yagil. Comment 75% des Juifs ont eu la vie sauve en France sous Vichy ?

Et si Limore Yagil était celle qui la première en parla et se demanda comment 75% des Juifs avaient eu la vie sauve en France sous Vichy ? Aujourd’hui, Limore Yagil livre sa thèse. Lecteurs, Soyez attentifs aux dates de parution de ses ouvrages.


“Je ne défends pas les idées d’Eric Zemmour, mais il n’a pas totalement faux, et surtout il a le droit de parler concernant Pétain. Reste que ce qui était accepté avant même par Klarsfeld notamment, désormais lorsque Zemmour le dit, c’est interdit. C’est cela qui est grave. Et surtout ces historiens, Bruttmann, Joly, Semelin, Dolut, qui n’attendent que l’occasion de parler d’eux-même en attaquant Zemmour…” Limore Yagil

Comment 75% des Juifs ont eu la vie sauve en France sous Vichy ?

Depuis 1998, cette énigme française me poursuit, dans mes recherches d’historienne et universitaire concernant la France sous Vichy. A l’époque c’est un sujet tabou, et c’est avec grande difficulté que j’ai trouvé un éditeur en 2005 pour publier : Chrétiens et Juifs sous vichy : sauvetage et désobéissance civile, (Paris, Cerf), ouvrage pionnier qui propose plusieurs réponses à l’énigme française : comment plus de 250 000 Juifs ont eu la vie sauve en France, pays où l’antisémitisme était bien présent avant 1939, et surtout pays où le gouvernement de Vichy a collaboré avec les autorités allemandes d’occupation. Il y a eu aussi 75 000 Juifs déportés, qu’il ne faut certainement pas oublier.

En 2010-2011, bien avant la publication de Jacques Sémelin sur le sujet, j’ai publié trois nouveaux livres concernant cette problématique : « La France terre de refuge et de désobéissance civile 1936-1944 : sauvetage des Juifs, (Cerf, 2010-2011), 3 tomes. Dans cet ouvrage qui cherche à comprendre pourquoi dans une région on a sauvé plus de juifs que dans une autre, pour la première fois, j’ai déterminé un lien antre ceux qui ont secouru des réfugiés avant 1939 et ceux qui ont aidé les Juifs pendant les années 1940-1944. J’ai démontré que dans les départements, où la mairie et la préfecture ont pris des engagements pour accueillir des réfugiés en 1939-1940, on a continué ensuite à le faire avec de nombreux juifs. Dans les départements, où il existait une riche tradition d’accueil comme sur la côte d’Azur pour les Russes, dans le Midi-Pyrénées, et le Limousin, pour les réfugiés espagnols, dans l’Isère et ailleurs pour les réfugiés polonais, dans la Drôme à Dieulefit et ailleurs pour les réfugiés d’Allemagne et de l’Autriche etc, dans ces mêmes localités, les habitants prennent différentes initiatives pour venir en aide aux juifs dès 1940.  

La première cause pour expliquer le sauvetage des juifs, c’est donc une mentalité locale, une tradition d’accueil de l’étranger, des structures d’accueil et surtout un engagement des individus, prêts à venir en aide aux étrangers.

Depuis 2005, donc bien avant que Semelin commença à réfléchir sur le sujet à la demande de Mme Simone Veil, j’ai déjà publié plusieurs ouvrages sur le sujet. J’ai étudié plus de 1000 dossiers des Justes à Yad Vashem (seulement une dizaine chez Semelin) ainsi que de nombreux documents d’archives et des témoignages publiés dans les différents ouvrages concernant l’époque.

Pour comprendre le sauvetage des Juifs, il faut surtout analyser l’étendue du sauvetage dans chaque département, prendre en compte la spécificité régionale, l’histoire locale, la mentalité, les liens avec d’autres pays d’où l’on recevait des informations sur la persécution des juifs, comme la Suisse par exemple. La majorité des pasteurs en France, étaient de nationalité suisse, avaient de profonds contacts avec leurs collègues en Suisse et surtout étaient des disciples de Karl Barth, un théologien qui a fui l’Allemagne, pour se réfugier en Suisse et qui a prôné haut et fort qu’il faut désobéir aux lois inhumaines et injustes et obéir à sa conscience. Savoir désobéir, c’est effectivement à mon sens, ce qui permet d’expliquer, plus que d’autres facteurs, le succès du sauvetage des juifs en France.

La notion de désobéissance civile pour comprendre le sauvetage

Pour comprendre l’originalité du sauvetage des Juifs en France et surtout son ampleur, il faut à mon sens utiliser la notion de « désobéissance civile ». Cette attitude est une prise de conscience de l’individu, dès 1940, qui décide d’obéir à sa conscience et agir, allant jusqu’à transgresser les lois et les ordres souvent ressentis comme inacceptables. En transgressant volontairement la loi, on assume le risque de la sanction, et souvent on met en danger ses proches. L’acte de désobéissance civile n’est pas synonyme de Résistance. C’est d’abord un acte individuel, indépendant d’un réseau ou d’un mouvement clandestin. Pour les uns, cela signifie de venir en aide aux personnes en détresse, en leur proposant du travail, un logement, en leur procurant de faux papiers,  de faux certificats de baptême, en les prévenant avec leur arrestation, en falsifiant leur présence dans les registre des Juifs recensés à la préfecture, en échouant dans les démarches de les arrêter, en les aidant à passer la frontière ou la ligne de démarcation, en les inscrivant comme auditeur libre dans les conservatoires de musique pour pouvoir continuer d’étudier, ou dans les universités. Il est étonnant de constater, que des étudiants juifs continuaient leur étude en médecine à l’université de Montpellier, alors qu’il y avait un numerus clausus qui leur interdisait d’être inscrits. Et Montpellier n’est pas une exception.

Tout d’abord il faut rappeler que les lois antisémites et xénophobes de Vichy et des autorités allemandes, touchent tous les Juifs dès 1940, et que c’est à partir de cette date que débute le sauvetage, car en étant exclu, il faut trouver un autre travail, un autre lieu pour se cacher, inscrire son enfant sous un faux nom, etc.. C’est par ordonnance allemande du 27 septembre 1940, que l’administration allemande a instaurée en zone occupée le recensement des Juifs sur la base d’une définition liée à sa religion ou à celles de ces ascendants. La même année sont également instituées les mesures préliminaires en vue de l’aryanisation. Ce n’est donc pas Vichy qui a entrepris ce processus.

En voyant la situation des Juifs en Pologne, et en Allemagne, et dans les autres pays européens occupés par les nazis, et pour donner l’impression qu’il détient le contrôle de la situation, Vichy  promulgue le statut des Juifs en octobre 1940, soit 4 mois après la signature de l’armistice, rien n’indique que se statut était préparé d’avance par les fonctionnaires de Vichy, et que  se statut faisait parie intégrante de la Révolution nationale. En revanche on trouve de nombreux témoignages et documents qui démontrent que le statut a été aussi le fruit d’une pression subit de plus en plus par Vichy.  

Ce statut n’était pas prévu à l’origine et ne fait partie du programme de la Révolution nationale. Il ne comporte ni le recensement des Juifs, ni des mesures préparant le déracinement  économique des Juifs. Il exclut les Juifs de la fonction publique, des professions libérales et de caractère culturel. Surtout Vichy  se proclame aux yeux des allemands un régime raciste. Mais concrètement en posant dès l’article premier du statut des Juifs la notion inexpliquée de « race juive » sans fournir des critères pour établir ce qu’elle est et instituant le mode des dérogations à la loi, il est clair que Vichy laissait aux fonctionnaires la possibilité de ne pas appliquer le statut avec zèle. Ce qui sera le cas dans nombreuses administrations jusqu’à novembre 1942, date à laquelle toute la France est occupée par les allemands.

Rappelons, encore et encore, la France a toujours été une terre de refuge pour de nombreux réfugiés venus depuis les années 1920 et c’est dans les mêmes localités, que l’on va continuer de le faire en faveur des réfugiés juifs.  Dans ces localités il y avait déjà des structures d’accueil, une mentalité d’accueil, des fonctionnaires et des habitants, prêts à agir en faveur des réfugiés, allant jusqu’à désobéir aux lois pour les secourir.

Le département de la Haute-Vienne transformé en lieu de refuge dès 1936 pour de nombreux enfants réfugiés espagnols fuyant la guerre civile dans leur pays, devient depuis 1939, celui le des repliés puis celui de nombreux Alsaciens et Lorrains, de nombreux Parisiens ou habitants des régions du nord et de l’Est, et parmi eux aussi de nombreux Juifs. Ce sont les préfets Jean Popineau, Antoine Lemoine et René Rivière, qui ont donné leur accord à l’O.S.E pour installer de façon tout à fait légale les différentes maisons dans le département. Le préfet régional Antoine Lemoine a rendu service à certains juifs, en refusant d’appliquer régulièrement les lois de Vichy. Un important réseau de sauvetage s’organisa autour de l’évêque Mgr Rastouil, impliquant les abbés Elias (Saint-Auvent), Achille Glorieux, l’abbé Robert Bengel (aumônier de l’école normale d’Obernai repliée à Solignac), certaines religieuses infirmières de l’hôpital, résistantes actives, d’autres religieuses travaillant au Bon-Pasteur et dans l’orphelinat des Sœurs bleues de Castres, des militants  de la J.EC, des scouts routiers (Jean Traversat), des membres de l’Amitié Chrétienne etc. Un autre réseau se forma autour des enseignants, des médecins, des fonctionnaires, et de quelques résistants. Parmi les nombreux villages refuges de ce département, on peut mentionner: Saint-Junien, Ambazac, Saint-Mathieu, Saint-Léonard-de-Noblat,  la recherche restant à conduire sur les autres localités. Toute cette activité de désobéissance civile était particulièrement courageuse.

Le département de la Creuse, très déchristianisé, se distingue par une histoire assez différente. Dans ce département pauvre et essentiellement agricole, il existait une tradition d’accueil des étrangers depuis la guerre de 1914-1918. Ici, la population accepta d’aider et d’accueillir les juifs sans trop se soucier de ce que le terme « Juif » voulait dire. La plupart des juifs se trouvant dans se département échapperont à la déportation. On note dans ce département un nombre important de villages refuge à l’exemple de Saint-Léger, de Vieilleville-Mourioux, de Chénérailles, d’Auzances, de Naillat, de Saint Léger, de Crocq, de La Souterraine etc, ainsi qu’une importante contribution des instituteurs et des institutrices qui refusèrent d’appliquer les lois antisémites de Vichy, des préfets et des fonctionnaires qui ont choisi de désobéir aux lois, pour permettre le sauvetage des juifs.  C’est avec l’autorisation des préfets : – Jean Cabouat, Jacques Henry, et Clément Vasserot- que les maisons de l’OSE s’installent dans ce département et que des juifs en surnombre dans le Midi sont autorisés à venir s’y installer. Sur environ 3000 Juifs recensés en Creuse début 1943 dont environ 1000 enfants, on dénombre 164 déportés, soit moins de 6% (la moyenne nationale est de 25%).

La Mayenne compte parmi les nombreux départements qui ont accueilli des réfugiés espagnols de 1936 à 1939. Cela prépara la population à s’engager dès 1940 dans des actions d’entraide aux Juifs. Les placements des enfants parisiens dans le département sont constants. Les juifs bénéficient de l’aide de la population dans plusieurs localités et chez des particuliers.  Nous trouvons la même situation dans la Sarthe, la Vendée, l’Orne, la Nièvre, l’Aveyron, etc. Le département de l’Isère peut être considéré comme une véritable terre de refuge pour les juifs et les réfugiés, et cela depuis 1940. Les juifs étaient très nombreux à Grenoble et dans les environs- le plateau des Petites Roches, aux sanatoriums de Saint-Hilaire du Touvet, et de Villard-de Lans, dans les localités : Saint- Pierre de Paladru, Montferrat, Voiron, Prélenfrey du Guä, Saint-Martin d’Uriage, Val d’Eybens,  etc. Ils trouvèrent une aide précieuse auprès de certains fonctionnaires, à la mairie de Grenoble, de Beaurepaire, de Domène, de Fontaine,  de Sappey-en-Chartreuse ou à la préfecture. Les enfants furent scolarisés ou trouvèrent un lieu de refuge dans les différentes écoles, laïques ou libres. Assez tôt s’organisèrent des réseaux d’évasion vers la Suisse, et bon nombre des prêtres de la région multiplièrent les faux certificats de baptême et aidèrent les juifs à trouver un abri. L’évêque tout en étant maréchaliste, approuva cette forme de désobéissance civile. Quant au préfet, Raoul Didkowski, s’il a obéi aux ordres en orchestrant les arrestations dans le département, il a aussi sauvé plus de 400 familles juives.

L’histoire du sauvetage des Juifs est composée de faits individuels, de milliers d’histoires personnelles, sans lesquelles  elles n’auraient pas eu lieu. Le lien commun à toutes ses personnes qui ont pris des risques, c’est bien la capacité de désobéir à une loi, une ordonnance qui leur semble injuste, inhumaine, contraire à la charité chrétienne et à l’humanisme.  Sur chaque juif sauvé, il faut calculer environ 5 à 10 personnes, qui l’on prit en charge, lui ont fournis de faux papiers, du travail, l’on trouver des cachettes, la possibilité de scolariser ses enfants, de le faire passer en zone libre ou à l’étranger, et de le faire changer de place si nécessaire. Le sauvetage des Juifs ne se limite pas aux 4000 Justes parmi les nations reconnus par Yad Vashem. A mon sens plus de 1,5 million d’hommes et de femmes, étaient impliquées directement ou indirectement, et ils  méritent surtout notre reconnaissance absolue. Parmi eux on trouve des pasteurs, des employés de mairies, des préfets, des gendarmes, des instituteurs, des scientifiques, des universitaires, des médecins, des assistantes sociales, des fermiers, des employés de chemin de fer,  des concierges, des commerçants, des hôteliers, des passeurs, des prêtres, des religieuses de différentes congrégations, des évêques, des pasteurs, des adolescents, etc. Nos ouvrages racontent leur courageuse attitude.

Depuis les années 1920, les familles d’agriculteurs sont habituées à recevoir des enfants en nourrice, et l’on continue de le faire pendant les années 1940-1944, surtout dans la Sarthe, en Vendée, dans la Creuse, dans l’Yonne, dans la Nièvre et ailleurs. La France est couverte par sanatoriums et par des préventoriums depuis les années 1920, pour mieux lutter contre la tuberculose, fléau national à cette époque. Cette présence de structures, de personnel médical, d’assistantes sociales et infirmières, permet d’y placer de « faux malades », de cacher surtout des Juifs et parfois aussi des résistants. Une étude minutieuse des sanatoriums et des préventoriums à l’échelle départementale, permet de découvrir comme je l’ai fait dans mes ouvrages, les nombreuses localités ou des juifs ont trouvé aide et refuge.

J’ai démontré en 2005 et en 2010, bien avant Semelin, l’importance de l’engagement de nombreuses assistantes sociales des différents services : Secours National (organisme placé sous la tutelle de Vichy), la CIMADE depuis 1939, la Croix-Rouge française, la Croix-Rouge Secours aux enfants ; l’aide aux mères de familles (AFM), le Service Social des étrangers (SSEA) ; le Service Lesage ( sous la tutelle de Vichy), etc. Ses œuvres travaillaient de manière légale dans les camps d’internement et auprès des réfugiés, notamment juifs. Sous le couvert de leur service, les assistantes sociales ont souvent osé agir illégalement et secourir des Juifs. Cette action non violente, n’était pas toujours synonyme de résistance civile, car certaines n’avaient aucun lien avec la Résistance, et ont choisi d’aider les juifs à titre individuel. Travailler pour les réprouvés au sein d’un cadre institutionnel rigide qui engendrait ces exclusions imposait non pas une soumission à l’ordre établi, mais un refus délibéré de la résignation en pratiquant la ruse. Combien sont-elles à avoir, au sein des institutions officielles, transgresser la règle  du légalisme à tout prix ?   Il est impossible de l’évaluer. Depuis les années 1930, les assistantes sociales et les services d’entraide prennent l’habitude de venir en aides aux nombreux réfugiés ; les sœurs hospitalières et les sœurs de Saint-Vincent de Paul, ( sœurs de la Charité) nombreuses dans les hôpitaux, les centres de repos, etc., s’activent pour aider les nombreux réfugiés, et ensuite des juifs. Les assistantes sociales ont pris d’importants risques en désobéissant à leur organisme de tutelle. Ce fut le cas également de nombreux médecins, et autres scientifiques.

L’école publique a été la grande oubliée de toute réflexion chez les historiens. Selon Hubert Hannoun, environ 12,68% des Justes étaient des professeurs, instituteurs ou directeurs d’école.[2] Des établissements scolaires ouvrirent leurs portes aux enfants soucieux de poursuivre leurs études pas seulement en Haute-Loire ou dans le pays des Cévennes, mais à travers toute la France, en zone libre ou occupée. Leur nombre dépasse largement celui mentionné par Yad-Vashem. En dépit des arrestations d’enseignants résistants ou d’élèves juifs isolés, au total le système scolaire a efficacement protégé l’enfance en général et les enfants juifs en particulier. Quand les enfants juifs devaient porter l’étoile jaune à partir de juin 1942, le monde enseignant refusa presque unanimement d’enregistrer la marque comme signe de discrimination  opératoire à l’intérieur de ses murs. Il convient aussi de se rappeler que l’étoile jaune ne fut jamais imposée en zone sud et que des enfants juifs purent continuer à aller à l’école publique jusqu’en 1944. Ce ne fut pas le cas dans d’autres pays européens à l’exemple de la Belgique ou des Pays-Bas. Par ailleurs, notons le nombre impressionnant de collèges libres à travers la France,  qui ont permis aux enfants juifs d’être scolarisés et aux adultes d’enseigner ou de trouver un travail dans leur établissement. 

Si l’on observe objectivement, l’attitude des préfets et sous préfets, on constate que loin  d’être des exécutants serviles du régime de Vichy et de la politique de collaboration, ils furent surtout  des fonctionnaires vigilants, qui osèrent créer toutes sortes d’obstacles aux démarches des Allemands,  contribuant ainsi au succès du sauvetage des Juifs. La fascination pour le modèle nazi était rare chez les ministres et secrétaires d’Etat du gouvernement de Vichy, ainsi que chez les nombreux préfets et sous- préfets étudiés. Le plus important à nos yeux, c’est qu’ils étaient prêts à désobéir aux ordres, tout en sachant le risque qu’ils encouraient : être démissionnaires ou arrêtés. Surtout n’oublions pas que sans la contribution des préfets, il n’y aurait pas eu autant de Juifs sauvés sur le Plateau du Vivarais-sur-Lignon, dans la Creuse, dans la Sarthe,  les Alpes-Maritimes, l’Isère, l’Indre, le Puy-de-Dôme, la Lozère, les Pyrénées –Orientales, le Cantal, l’Allier, etc.

La ligne de conduite principale d’un bon nombre de préfets fut d’accorder aux allemands seulement ce qu’il était impossible de leur refuser et lorsqu’il fallait céder, ces préfets ont au moins essayé de gagner du temps. Il est bien commode, plus de 60 ans après les événements d’accuser ces serviteurs de l’Etat de ne pas avoir démissionné à l’exemple d’un Jean Moulin. Mais une telle action aurait – elle- contribué à sauver plus de Juifs ? Au regard de l’histoire, on peut en douter. Il était préférable d’être présent et de discuter avec les allemands, de limiter les arrestations et les déportations, la main mise sur les sources et la main d’œuvre française.

Villages refuge

Il est erroné de vouloir limiter le sauvetage des juifs en France aux zones majoritairement protestantes à l’exemple du Chambon-sur-Lignon, ou des Cévennes. Les villages refuge, c’est-à-dire ces localités ou toute la population savait que l’on cachait des Juifs, et ne les a pas dénoncés, ne se limite pas aux Chambon-sur-Lignon. Ces localités refuge se trouvent nombreuses dans la Sarthe, en Vendée, dans la Creuse, dans la Drôme, dans le Loir-et-Cher, dans le Lot-et-Garonne, Tarn, Gers, Isère, etc. Au total plus de 140 villages refuge identifiés dans nos ouvrages parmi eux : Saint-Martin Vésubie, Vence, Clans, Grasse, Gagnes-sur-Mer, Sanary-sur Mer, Gordes, Valréas, Apt, Millau, Vialas, Vébron, Rousses, His, Grmat, Montréjeau, Vabre, Castres, Cordes-sur-Ciel, Clairac, Moissac, Athé, Nairac, Vic-Fezensac, Cazaubon, Bégué, Condom etc.  Une quarantaine de juifs habitaient ou transitaient par Braux, dans les Alpes-Maritimes depuis 1940. Grâce à l’aide et au courage de tous les habitants, aucun d’eux n’a été pris ou arrêté par les Allemands. Le sauvetage des juifs à Braux était possible en raison de la complicité de toute la population, y compris celle des gendarmes, qui tout en étant informés restaient muets, celle du curé de la paroisse, celle du maire et d’autres.

Vabre
Gaillac
Braux

Eglise

Il est certain que les évêques en France, étaient pétainistes, voir maréchalistes et assez critiques à l’égard des Résistants.  A l’exception de six évêques : Mgr Théas, Mgr Saliège, Mgr Delay, Mgr Moussaron,  le cardinal Gerlier et Mgr Vansteenberghe -qui ont riposté publiquement en été 1942, après les rafles des Juifs en zone occupée et en zone libre, la majorité est restée silencieuse. Cependant, plus de 70 évêques sur 80  ont secouru des Juifs et ont soutenu les activités illégales de certains prêtres et religieuses catholiques  dans leur diocèse qui ont cachés des Juifs, fourni faux papiers, faciliter à passer la ligne de démarcation ou la frontière avec l’Espagne ou avec la Suisse. Rappelons que parmi ces évêques silencieux et pétainistes, deux ont même été reconnus comme “Justes parmi les nations” par Yad Vashem – Mgr Piguet à Clermont Ferrand et Mgr Rémond à Nice. Souvent ils étaient encouragés à le faire par le Pape Pie XII, qui a aussi envoyé plusieurs millions de francs pour secourir les Juifs et les réfugiés en France.

Le silence de l’évêque de Rodez, Mgr Chaillot, comme celui de nombreux autres évêques, ne signifie pas dans le contexte des « années sombres », que l’évêque n’a rien fait pour secourir les Juifs ou qu’il n’a pas encouragé les prêtres et les sœurs des différentes congrégations, et même les catholiques pratiquants de son diocèse à le faire. Concrètement, l’évêque de Rodez encourage les catholiques dans son diocèse à venir en aide aux Juifs, à prendre des risques pour les secourir. Il a d’ailleurs protégé plusieurs familles juives. Son double langage ne doit pas cacher le fait qu’il était un véritable ennemi de la politique de collaboration menée par le gouvernement de Vichy, et a été même l’objet d’une enquête de la Gestapo en 1942, motivée par une circulaire diffusée dans son diocèse. Son attitude est plutôt favorable au maquis, ce qui est assez exceptionnelle chez les évêques.

Il faut surtout se rappeler que c’est bien avec les encouragements de l’évêque que des Juifs sont  accueillis au couvent Marie Notre-Dame de Massip,  à Notre-Dame de Lenne chez les sœurs franciscaines, au couvent  de la Clauze à Réquista,  à l’Institution Sainte Procule,  chez les frères des écoles chrétiennes, les Pères Blancs, les sœurs de Saint-Joseph d’Estaing ou de Veyreau, par la congrégation de la Sainte-Famille de Villefranche etc.  Plusieurs enfants juifs, sont cachés dans les couvents de Cougousse (orphelinat), de Ceignac, des familles à l’abbaye Notre-Dame de Bonnecombe, à l’Institution Sainte-Marie à Millau, et au couvent Sainte-Marie de la Présentation. Le couvent de la Miséricorde à Millau, abritait plusieurs enfants juifs, arrivés soit de la Creuse soit de l’Ardèche. Des enfants juifs sont placés dans les différentes congrégations : la Miséricorde, Notre-Dame de Lespinasse, le Sacré Cœur pour les garçons et la Présentation et Jeanne d’Arc pour les filles. Il encourage les curés des paroisses  avoisinantes, même maréchalistes, de prendre des initiatives en faveur des Juifs.. Les enfants sont considérés par les habitants, comme des réfugiés d’Alsace, dont les parents avaient disparu pendant la guerre. À Fayet et Saint-Martin-de-Lenne, le curé baptise des enfants juifs à la demande des parents, espérant ainsi les protéger. Contrairement à une idée véhiculée après la Libération,  les évêques en France n’ont pas encouragé la conversion des enfants juifs, mais ont donné des instructions précises pour sauvegarder et respecter la religion de l’enfant. Ainsi, des dizaines de juifs ont trouvé refuge dans les différentes paroisses, églises et institutions religieuses du département.  

Mgr Rémond, l’évêque de Nice

Mgr Rémond, l’évêque de Nice, connu pour ses positions pétainistes, créa avec l’aide d’un personnel spécial , composé d’assistantes sociales et de nombreux prêtres et religieuses, un vaste réseau de sauvetage  des juifs mis en place dès 1940 et qui permis de sauver plus de 500 enfants juifs et familles. Mgr Cesbron, évêque d’Annecy, encouragea les nombreux prêtres et institutions religieuses de son diocèse de secourir les nombreux juifs du diocèse. Fait étonnant, plus de 70 évêques sur les 80, ont secouru les juifs dans leur diocèse, alors qu’ils étaient des pétainistes fidèles souvent jusqu’à 1944. Cela ne signifie pas que l’Eglise catholique est devenue philosémite, mais que la charité chrétienne devenait plus importante en période de guerre et d’occupation et que face à la barbarie nazie, il fallait d’abord sauver des vies humaines. Devant la souffrance d’autrui, nombreux sont ceux qui ont risqué leur vie pour secourir des Juifs.

Plus de 70 évêques

C’est donc diocèse par diocèse, que j’ai retracé dans mes ouvrages l’histoire de nombreux religieux catholiques, qui avec l’encouragement de leur évêque, ont caché, hébergé et secouru des Juifs – adultes et enfants. Il s’agit avant tout d’un engagement précoce qui date de 1940, avec les premières ordonnances allemandes et les lois de Vichy qui ont exclu les Juifs. Alors que Jacques Semelin mentionne seulement six évêques, je mentionne plus de 70. Une différence de taille !! Mon nouveau ouvrage qui sera publié en avril 2022 chez Bayard : Des catholiques au secours des Juifs sous l’Occupation, propose au lecteur tout l’étendu de ce engagement catholique.

Les artistes juifs protégés en France

La France a été une véritable terre de refuge pour de nombreux artistes et écrivains depuis le début des années 1920. Il est étonnant de constater que les artistes juifs ont bénéficié de l’aide des artistes et des directeurs de théâtres. Bon nombre d’entre eux réfugient en 1940 sur la Côte d’Azur, à Nice, à Cannes, à Marseille mais également à Avignon et à Castres où ils continuent de créer clandestinement. Le nombre des artistes juifs déportés est assez limité. Il s’agit d’un chapitre de l’histoire culturelle qui est souvent ignoré et auquel nous avons consacré un ouvrage particulier. Parmi les peintres de l’Ecole de Paris qui ont eu la vie sauve en France on peut mentionner : Hersch Fenster, Chil Aronson, Alfred Aberdam, Paul Ackerman, Adler Janckel  Bagel Moses, Henryk Berlewi ; Maurice Blond, André Blondel, Esther Carp, Béla Czobel, Jacques Chapiro, Marc Chagall, David Garfinkiel, Ossip Lubitch, Mané Katz, Louis Marcoussis,  Mela Muter, etc. Le sculpteur Karl Klein se refugie avec sa femme et ses deux fils dans la région de Périgueux. Le peintre Isaac Dobrinsky se réfugie en 1942, en Dordogne où il se remet à peindre des natures mortes, des paysages et des portraits. Et le lecteur pourra une liste détaillée de ces artistes dans notre livre de 2015, y compris des musiciens, compositeurs, acteurs, cinéastes, décorateurs, danseurs, chanteurs etc.

Isaac Dobrinsky

Depuis l’exode, la cité phocéenne est en effet devenue un important foyer intellectuel et artistique. Parmi les réfugiés, on compte de très nombreux créateurs étrangers fuyant les persécutions nazies, le compositeur Bohuslav Martinu, le peintre Rudolf Kundera, la pianiste Rudolf Firkusny ou l’écrivain  roumain Eugène Ionesco. Une vie culturelle reprend ses droits, des journaux s’installent, comme la revue des Cahiers du Sud. Dès le début de 1941, les musiciens juifs sont exclus de l’Orchestre national. Ainsi, le violoniste Marc Kosloff, exclu, trouve  entre-temps  un autre emploi  à l’Orchestre de Cannes ; les pianistes Youra Guller et Clara Haskil, Reynaldo Hahn et le chef d’orchestre Manuel Rosenthal, bénéficient du soutien de trois femmes, mécènes d’artistes : Marguerite Fournier, qui hébergea également plusieurs artistes et musiciens en juin 1940, dont Charles Münch et Bohuslav Martinu ; Cécile de Valmalète, et la comtesse Lily Pastré qui encouragea certain nombre de projets pour venir en aide aux musiciens juifs. Elle logea 40 musiciens dans son château durant la guerre et, en 1940, fonda l’association Pour que l’Esprit vive, au sein de laquelle les artistes pouvaient trouver refuge et participer à des concerts et des conférences sur la renaissance de la culture. En juillet 1942 elle mit en scène une production du Songe d’une nuit d’été sur une musique de Jacques Ibert, considéré comme juif par le régime de Vichy, interprétée par l’orchestre national sous la direction du chef d’orchestre Manuel Rosenthal.  En réalité, c’est bien un espace de liberté locale qui se forma avec le soutien des mécènes marseillais, et celui de la préfecture, permettant aux artistes juifs et aux réfugiés de continuer de créer en dépit des interdictions de Vichy et des autorités allemandes.  La complicité au sein même de l’administration de Vichy en particulier, à Cannes et à Nice, à Villars-sur-Var, Marie-sur-Tinée, Saint-Martin-Vésubie  n’est pas à mettre en doute. Le sénateur-maire de Nice, bien qu’exilé à Annot, prit sous sa protection une quinzaine de familles juives, dont s’occupa son fils cadet.

Nommé le 23 juillet 1943, préfet des Alpes-Maritimes, Jean Chaigneau adopte une attitude bienveillante à l’égard des Juifs et prescrit à ses services de régulariser sans pénalité ceux qui vivaient sous une fausse identité[3]. Il cache plusieurs juifs dans ses appartements, notamment la compagne de Maurice Chevalier, Nita Raya et sa famille[4], tandis que son chef de cabinet cache, quatre amis juifs, dont Jean-Claude Aaron. Devant l’exigence des Allemands de leur communiquer les listes de Juifs, le préfet et l’Intendant régional de Police Durrafour ont refusé de le faire et décident de détruire les listes. Jean Chaigneau intervient, à plusieurs reprises en faveur  des Juifs arrêtés.

La rafle de juillet 1942 est classée comme  un échec relatif  à Marseille: 706 Juifs arrêtés dans l’ensemble de la région au lieu de 1170 que les services centraux ont prévus. C’est-à-dire 52% des Juifs recensés. Certains ont été avertis par la radio anglaise et ont pu fuir, d’autres ont bénéficié de la complicité des autorités locales ou de la population. Les différentes opérations menées par la suite par la police et la gendarmerie pour retrouver les Juifs n’ont pas donné les résultats escomptés. Il semblerait que les autorités locales n’ont pas réellement fait preuve d’un grand zèle pour satisfaire la demande de Vichy. La désobéissance de certains policiers et gendarmes est l’un des facteurs d’explication. L’activité du gendarme ou du policier rejoint celle d’un réseau de personnes de différents milieux sociaux, prêtent à agir, à prendre des risques pour secourir des Juifs : adultes ou enfants[5]. Le directeur du camp des Milles, situé aux portes d’Aix-en-Provence et à moins d’une trentaine de kilomètres de Marseille, Robert Maulavé, refuse en juillet 1942, de participer aux déportations. Il avait précédemment sauvé plusieurs familles juives. Le lecteur pourra trouver beaucoup plus d’informations concernant la désobéissance de certains gendarmes et policiers dans nos ouvrages et surtout dans : Désobéir. Des policiers et des gendarmes sous l’Occupation, (Nouveau Monde 2018).

Le cas de Marseille ne fut pas exceptionnel. C’est la même situation à Toulouse, en Lozère, l’Hérault, la Haute-Loire, les Alpes-Maritimes etc.  Il a été prévu d’arrêter 22000 juifs lors de la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942, , mais en raison des nombreuses fuites et la transgression des lois et des ordres, « seulement » 12884 Juifs sont arrêtés. L’une des raisons, la plus évidente, est que des fonctionnaires de la police française auraient dans différents cas renseigné les personnes à arrêter par eux, en leur conseillant de ne pas séjourner dans les appartements les 16 et 17 juillet 1942. Á cela il faut ajouter la passivité ou la mauvaise volonté qu’auraient  manifestée certains policiers et gendarmes. Pour se décider à désobéir en cet été 1942, il fallait non seulement vaincre la peur et la résignation, mais aussi faire preuve d’un rare courage pour venir informer les Juifs avant leur arrestation, leur fournir des faux papiers ou leur indiquer des lieux pour se cacher à Paris ou ailleurs.

Au total, l’histoire du sauvetage des Juifs dans les régions françaises ne saurait être envisagée sans prendre en compte avant tout le régime d’occupation en vigueur, les liens de dépendance entre l’occupant  et les préfectures ; les rafles spécifiques menées par les allemands  dans le cadre d’opération de représailles, et la lutte de Vichy contre les résistants. Surtout, il faudrait se rappeler qu’avec Vichy ou sans son aide et notamment celle des miliciens et des collaborationnistes, les autorités allemandes étaient décidées à déporter la totalité des Juifs en France – apatrides, étrangers et français.

C’est bien la désobéissance de nombreux français et françaises qui a fait échec à ce plan, en limitant le nombre de juifs déportés à 75,000 et c’est aussi le fait que la France n’était pas totalement occupée en 1940 et avait un régime autoritaire tel que Vichy, contrairement à d’autres pays, comme la Belgique et la Hollande, situation qui a permis le développement dès 1940, de zones de résistance et de désobéissance civile dans les différents domaines : culture, jeunesse, économie, éducation, police, main d’œuvre et notamment dans le domaine de la persécution  des Juifs.  

Depuis l’occupation totale de la France en novembre 1942,  Vichy perd de son autonomie d’action , les allemands ne faisaient plus confiance aux forces de l’ordre de Vichy pour arrêter les Juifs. En conséquence c’est la Gestapo et la Milice qui se chargèrent de la répression  et du massacre des Juifs en France.  Et comme l’affirme Serge Klarsfeld en 1983: « La concession allemande faite par Knochen à Bousquet le 2 juillet, la mise à l’écart des Juifs français de la déportation, n’était aux yeux des Allemands qu’un arrangement temporaire, qui faciliterait à l’Etat français sa collaboration aux mesures extrêmes contre les Juifs… »[6]. Des propos qui dans le contexte politique actuel, lorsqu’ils sont  repris par Zemmour, sont totalement  interdis et dénaturés de leur sens original par de nombreux historiens. On peut se demander qui manipule qui ? Zemmour ou les historiens qui l’accusent en manipulant et déformant ses propos ? C’est une autre question, à laquelle il sera possible de répondre dans quelques mois.

Limore Yagil, historienne franco-israélienne, et Professeure Habilitée à diriger des recherches. Paris IV-Sorbonne et Université de Bar-Ilan en Israël

Limore Yagil

[1] Limore Yagil  est historienne franco-israélienne. Professeure Habilitée à diriger des recherches à Paris IV-Sorbonne et à l’Université de Bar-Ilan en Israël, elle a publié une dizaine de livres sur la période de l’Occupation et surtout sur le sauvetage des Juifs et la désobéissance civile.

Parmi ces ouvrages : Des Catholiques au secours des Juifs sous l’Occupation, (Paris, Bayard,  2022) ; Les « anonymes » de la Résistance en France 1940-1942 : motivations et engagements de la première heure,  (SPM/ L’Harmattan,  2019) ; Désobéir. Des gendarmes et des policiers en France sous l’Occupation 1940-1944, (Paris, Nouveau Monde, 2018) ; Au nom de l’Art : 1933-1945 : exils, solidarités, et engagements, (Paris, Fayard 2015) ;  Le sauvetage des Juifs dans la région d’Angers – Indre-et-Loire, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Loire Inférieure – 1940-1944, ( Éditions  Le Geste, 2014) ; La France terre de refuge et de désobéissance civile 1936-1944 : sauvetage des Juifs, (Paris, Éditions Le Cerf, 2010-2011) Tome I : Histoire de la désobéissance civile- Implications des corps de métiers ; Tome II : Implication des fonctionnaires. Le sauvetage aux frontières et dans les villages-refuges ;  Tome III : Implication des milieux catholiques et protestants. L’aide des résistants ; Chrétiens et Juifs sous Vichy 1940-1944 : Désobéissance civile et sauvetage,  (Paris, Cerf, 2005), L’Homme Nouveau et la révolution nationale de Vichy 1940-1944, (Lille, P.U.L, Septentrion,  1997).

[2] Hubert Hannoun, L’épopée des Justes de France ( 1939-1945) Edit Connaissances et savoirs,  2004.

[3] Limore Yagil, Chrétiens et juifs, op cit. p. 259-260.

[4] Limore Yagil, Au nom de l’Art, Fayard, 2015, op. cit., p. 271-273 ; 392-395.

[5] Limore  Yagil, Chrétiens et Juifs, op cit., p. 237-316.

[6] Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, Fayard, 2001, p, 366.

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4 Comments

  1. Article passionnant. Point essentiel : c’est la province (notamment les villes du sud ou les zones rurales) qui a sauvé de nombreux Juifs, et non pas la “Ville Lumière”.

  2. Cet article dit sans doute la vérité MAIS ATTENTION : en AUCUN cas il ne disculpe, ni Vichy, ni Pétain.
    Il ne corrobore donc nullement la prétention zemmourienne selon laquelle « Pétain a sauvé les juifs français ».

    Selon cet article le sauvetage des Juifs était dû d’abord à l’importance de la France en surface ; ensuite à sa nature rurale (à l’époque) et à sa topographie, montagneuse par endroits et propice aux « cachettes ».
    Vichy et les allemands, très occupés par la guerre qui faisait rage ailleurs, ne pouvaient être partout.

    Et surtout, par l’esprit de désobéissance civile, hérité de la Révolution et omniprésent en France, notamment dans les régions rurales et dans la moitié sud.
    La population française, dont de nombreux fonctionnaires de Vichy, prenait des risques considérables pour héberger les Juifs, tout comme elle hébergeait les réfugiés espagnols pendant les années 1930.

    Concernant Pétain et Vichy : il était à ce régime très facile de retirer la nationalité française aux juifs qui l’avaient. C’était le cas surtout deux fois :
    – Les enfants des juifs « étrangers » nés en France étaient français conformément à une loi de 1927 (le droit du sol). Cela n’a pas empêché Vichy de leur retirer la nationalité française par décret et les rendre « éligibles » à la déportation. Effectivement ils ont fini par monter dans les trains comme leurs parents pour être exterminés.
    – Les Juifs d’Algérie, français en vertu du décret Crémieux de 1870, ont vu leur nationalité française révoquée par Vichy. Seule la faiblesse de Vichy en Algérie, due aux déboires militaires de l’Allemagne au Maghreb, sauva les Juifs d’Algérie (ce qui n’était pas le cas de certains de leurs coreligionnaires de Tunisie).

    C’était probablement le cas de parents de Zemmour, Juifs d’Algérie. Il ne peut donc pas l’ignorer ; ce qui ne l’empêche pas de raconter n’importe quoi histoire de faire plus français que les gaulois…

  3. La situation des Juifs en Algérie est différente de ces des juifs en France. La politique de Vichy et son application en Algérie est différente. Et il faut prendre en compte l’attitude des Algériens musulmans. Les ouvrages de Limore Yagil, se limitent à la France continentale. Il manque des ouvrages concernant l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Au lieu de publier deux fois le même livre, comme c’est le cas pour Laurent Joly, ou Jacques Semelin, il est temps que ces historiens et d’autres relèvent le défi et enquêtent sur la situation du sauvetage/ persécution en Alégérie.

  4. De tous les articles et livres que j’ai pu lire sur cette période et ce sujet, c’est la 1ère fois que j’ai vraiment le sentiment de lire un vrai historien (ici une historienne) digne de ce nom et qui ne met pas la lecture des faits au service de son propre dogme primordial.
    Merci Madame. Je vais me procurer l’un de vos livres.
    Cela efface un peu un article précédent de Semelin sur ce même site, très partisan et anti-Zemmourien primaire.
    On aimerait avoir le même type de démarche rigoureuse et non partisane sur l’autre question fondamentale : “Pourquoi 85 % des français Juifs ont été sauvés, quand seulement 60 % des Juifs non français établis en France l’ont été ?”.

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