Sarah Cattan et Richard Kenigsman: Hanouccah, Tes Habits de lumière

2021. Suite d’une année inédite qui colla à la peau. Endeuilla tant et tant d’êtres chers. Le film le plus sombre ou le plus déjanté n’eût su inventer ce qu’alors tous nous vécûmes, oscillant entre stupéfaction, colère, agacements, désirs tus de rébellion, soumission, et qu’aujourd’hui encore nous tentons encore de panser …

Hannoucah 2021 commence dimanche 28 novembre. Chaque jour, à TJ, avec l’artiste et ami Richard Kenigsman, nous allumerons “la” bougie.

Nous l’allumerons parce que ce rituel est beau et que, in fine, ces 9 jours de Lumière, nous les dédions à chacun, Observants ou “Juifs de Kippour”, mais encore d’où que vous soyez, sans chapelle y compris, faut-il le dire.

Nous les allumerons au nom du Peuple juif, au sens où l’entendait Claude Lanzman, et que contèrent si bien, avant ou après Lui,  Jankélévitch, Wiesel, Win Freddy, Paulette Touzard, Serge et Beate Klarsfeld ou Patrick Desbois, parmi tant d’autres… 

A l’approche de Hanouccah, fête qui achève le cycle des sept fêtes du calendrier juif, je reprends ma bible à moi, Le Chandelier d’Or  de Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz, puis je confronte pour le plaisir plus que pour le besoin avec d’autres sources.

La Hanoukia de Richard Kenigsman

Richard Kenigsman qui me/se demande si nos sages auraient réfléchi au “noir d’une hanoukiah qui n’est pas encore allumée”…

S’agissant des fêtes juives, Josy Eisenberg nous rappelle que la Torah avait institué cinq fêtes, Roch Hachannah, Yom Kippour et les trois fêtes de pèlerinage et que les rabbins y ajoutèrent deux fêtes de leur cru : l’une figure dans la Bible, et c’est Pourim, la fête d’Esther, l’autre fut décrétée au second siècle avant l’ère chrétienne, après la clôture du canon biblique, et est la fête instituée par les rabbins. Ces deux fêtes partagent en conséquence une spécificité remarquable : le peuple juif, sorti de l’enfance, s’arroge le droit de sacraliser le temps au même titre que Dieu et de reconnaître ce qu’un événement a de providentiel.

Hanouccah et Pourim commémorent toutes deux une délivrance qui tient du miracle mais alors que Pourim se déroule en exil, Hanouccah eut lieu en terre sainte : la Judée, au sortir d’une guerre de partage entre les généraux successeurs d’Alexandre le Grand, était sous la domination du roi de Syrie, Antiochus IV Epiphane, un tyran qui n’avait aucun respect pour la religion juive et s’efforçait d’helléniser l’ensemble des populations formant son royaume, d’imposer à tous la culture et la religion grecque. Les Grecs avaient décrété que l’étude de la Torah était un crime passible de mort mais les enfants juifs continuèrent à étudier en secret et, à l’approche des patrouilles grecques, faisaient semblant de jouer à la toupie.

Le jour où tout sera lumière

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Refusant de se soumettre aux pratiques païennes qu’on leur imposait, une poignée de résistants juifs, en l’an 165 avant l’ère chrétienne, se souleva, avec à leur tête Juda Macchabée, contre les occupants syriens qui avaient tenté de les paganiser par la force, et délivra Jérusalem,  reconquérant le temple profané. Beaucoup d’hommes moururent dans ces combats violents, dont Juda Macchabée lui-même, d’où l’emploi de macchabée pour désigner un cadavre. Les Juifs fondent un état juif indépendant et, voulant purifier le Temple des idoles grecques, rallument le grand chandelier d’or à sept branches. Supposée durer un jour, l’huile consacrée à cet effet brûla huit jours et c’est ce double prodige que commémore Hanouccah, servant de modèle, lors des pogroms comme durant la Shoah, à ceux qui acceptaient de subir comme à ceux qui prônaient la résistance, et restant à ce jour la base des grands débats sur la soumission ou la révolte.

C’est la purification du Temple et le miracle de la fiole d’huile qui intéressa la tradition rabbinique, cette petite flamme qui survécut au-delà de ses réserves d’énergie symbolisant le destin d’Israël, et la lumière symbolisant encore, dans le judaïsme, la révélation, la Création, l’âme, la Torah et le jour où tout sera lumière : la tradition enseigne que Dieu l’a cachée et mise en réserve – dans la Torah – pour les justes dans les temps ultimes[1]. Avez-vous d’ailleurs noté l’assonance qui existe entre Torah et orah, un des noms de la lumière.

L’âme de l’homme est lampe de Dieu

Ainsi, faire briller la lumière, c’était bien le défi qu’ont relevé nos ancêtres et cette leçon est vécue chaque année à Hanouccah, où on allume chaque jour, huit jours durant, une lumière supplémentaire.

Dans un chapitre intitulé Les habits de lumière, Josy Eisenberg et Aldin Steinsaltz expliquent que le chandelier d’or était destiné à faire monter la lumière en permanence[2] ,  la lumière symbolisant le désir de s’élever, d’éclairer le monde, le faire changer en le ramenant à sa véritable source, le purifier. Lorsque le roi David dit que l’âme de l’homme est lampe de Dieu, il veut dire que l’âme doit se revêtir des commandements, de l’huile de la torah, pour se préparer à la vie future : ainsi, vivre et allumer ici-bas l’huile des commandements et de la torah, serait tisser le vêtement de lumière indispensable pour jouir des béatitudes éternelles.

Nous savons tous que le chandelier d’or du temple avait sept branches et que celui de Hanouccah en a huit. Le maharal de Prague, éminent talmudiste commentateur de l’œuvre de rachi, nous dit que sept, c’est le renouvellement cyclique des sept jours de la semaine, et que huit en revanche, c’est le nombre qui connote le dépassement du cycle naturel, le temps où l’histoire cessera d’être un éternel recommencement. Hanouccah a une portée symbolique très forte pour les Juifs car il s’agit de fêter la victoire de la lumière sur les ténèbres, au sens propre comme au sens figuré. Pour célébrer le miracle de la fiole d’huile, la coutume veut que l’on allume une bougie par jour de fête. L’allumage des bougies, fait par une jeune fille et accompagné de prières, se fait sur un candélabre à neuf branches, la neuvième bougie servant à allumer les huit autres.

Un grand miracle est arrivé là bas

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La fête des lumières est également l’occasion de festivités et de réjouissances que Raizel Druxman nous a racontées ici dans Célébrer Hanouka – Quand tradition et modernité se rencontrent, publié le 16 décembre. Notons que la toupie est restée, aujourd’hui encore, au centre des jeux de Hanouccah : sur chacune des quatre facettes de la toupie de Hanouccah est inscrite une lettre hébraïque, ces lettres renvoyant à la phrase Ness Gadol Haya Cham – Un grand miracle est arrivé là-bas.

Depuis 1948, le rabbinat d’Israël a assuré  le relais en ajoutant une huitième fête au calendrier religieux : Yom Haatsmaouth, le jour de l’Indépendance, anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, marquant de son sceau le troisième calendrier, que les historiens de l’avenir nommeront le calendrier israélien, où sont commémorés les événements fondateurs de la nation d’Israël. A noter que le Yom Haatsmaouth est complété le même mois par  Yom Yerushalaim, libération de Jérusalem en Juin 1967.

Aujourd’hui où notre présence sur cette terre est autant enviée que contestée, Eretz ‘Hemda, Terre convoitée, est aussi nommée Eretz A Haïm, Terre de vie.

Hanouccah, la fête des lumières, est célébrée cette année du dimanche 28 novembre au lundi 6 décembre 2021.

© Sarah Cattan, Marc Brzustowski et Richard Kenigsman

[1] Talmud Babli, traité Hagigah 1 2 a.

[2] Exode XXVII, 20.

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