Charles Meyer. Samuel Paty. Puis, le temps a passé…

Samuel Paty n’a sans doute réalisé que très tard qu’il était en danger. Il ne s’imaginait pas à quel point son destin se mêlerait au nôtre, pour le meilleur et hélas pour le pire. Tragiquement, nous sommes sans doute beaucoup à l’avoir pensé : en tant que simples citoyens, en tant que Français, nous nous sentons porter à une infime échelle le poids d’une responsabilité particulière, celle de respecter comme le bien le plus cher le prix que d’autres ont payé pour notre propre liberté, celle de faire honneur à la Liberté, au courage et au sacrifice.

Je déteste pour sa racine et son usage le mot respect, mais s’il y a bien quelque chose qu’on peut respecter, c’est la mort, surtout quand elle ne nous laisse pas d’autre choix devant l’honneur et la Patrie que celui de nous être inconditionnellement sacrificielle et tragique.

La mort de Samuel Paty, d’Arnaud Beltrame, la mort de nos héros accompagne chacun de nos pas en liberté, chaque audace et chaque combat pour cette liberté.

Mais aujourd’hui nous avons ça. Et nous ne pouvons pas polémiquer par détestation de Macron, pour Paty et les autres. Fin 2020, Emmanuel Macron a été totalement dépassé par cet épisode. Je le dis d’autant plus volontiers qu’il s’agit du seul épisode de ce quinquennat désastreux où j’ai humainement pu faire preuve d’empathie pour ce président de la République. Pour la première fois, j’ai ressenti que l’exaspération pour le personnage de foire se suspendait. Elle laissait place à l’effroi, à la sidération.

Pour le comprendre il ne suffit pas de visionner le discours des Mureaux et cette scène atroce, cette photo volée que nous avons vue. Car il y a eu les semaines qui ont suivi et la décapitation de Samuel Paty était le prélude d’une séquence beaucoup plus lourde encore que ce qu’Emmanuel Macron imaginait.

Des millions d’individus dans le monde ont manifesté une haine qu’il ne soupçonnait pas. Des dirigeants ont manifesté une haine qu’il ne soupçonnait pas. Caricaturé en chien, en diable, en que sais-je encore, il était, pour la première fois et pour peu de temps, dans son rôle de président de la République : en faisant écran de sa personne, en protégeant symboliquement les Français.

Chaque coup nous était à tous adressé, venu d’Erdogan, du Pakistan ou d’ailleurs. Très involontairement et très symboliquement certes, Macron les a pris à notre place. Ce n’est jamais anodin et cela en dit souvent plus long des institutions et d’une fonction à la charge symbolique certaine, que des individus qui les représentent, aussi misérables soient-ils.

Ce moment était malgré tous les obstacles de tristesse, de colère, de désarrois et de désordre, un moment collectif, sans doute dans lequel est réapparue affaiblie mais encore debout une Nation.

Devant ces cohortes de dingues tous animés par la même idéologie, l’islam, l’islam intégriste mais l’islam dominant et écrasant de ces dizaines de pays, je n’avais alors pas d’illusion autre à ce moment là : une fenêtre de lucidité s’ouvrait à l’Élysée, des changements mêmes mineurs et quelques tartines communicationnelles allaient apaiser pour un temps au moins les Français désemparés mais conscients de l’enjeu à mesure que les manifestations se multipliaient dans le monde pour que Samuel Paty meure une seconde fois.

Puis le temps a passé et aujourdhui nous avons ça. Et nous ne pouvons pas polémiquer, pour Paty et pour les autres.

 © Charles Meyer

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*