Le Maroc mise sur le tout-chloroquine

Le royaume est le premier pays au monde à généraliser l’utilisation de ce médicament pour tous les malades touchés par le Covid-19.

Un agent nettoie la rue devant le Parlement marocain dans le but d’empêcher la propagation du coronavirus, le 18 mars, à Rabat. Mosa’ab Elshamy/AP

Alors que le débat sur l’efficacité de la chloroquine contre le coronavirus, défendue par le scientifique marseillais Didier Raoult, bat son plein, le Maroc a fait un choix radical en décidant d’administrer ce médicament à tous les patients atteints du Covid-19, dès le moment où ils sont testés positifs. Une circulaire du ministère de la santé du 23 mars a annoncé l’« introduction de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine − deux antipaludéens − dans la prise en charge thérapeutique des cas confirmés de Covid-19 ».

« La chloroquine est un traitement utilisé depuis plusieurs décennies. Le corps médical le connaît bien, notamment ses interactions et ses effets indésirables », indique à La Croix un responsable du ministère de la santé marocain pour justifier la décision. Le Maroc devient ainsi le premier pays au monde à généraliser le traitement à la chloroquine.

Tous les malades sont accueillis à l’hôpital

« Des analyses biologiques et un examen cardiologique sont systématiquement pratiqués sur les patients avant de commencer le traitement pour déterminer toute contre-indication », poursuit le responsable. Le Maroc, qui a instauré un « état d’urgence sanitaire » drastique le 20 mars pour ralentir l’épidémie, comptait, au 31 mars, 600 personnes testées positives, dont 15 ont guéri et 33 sont décédées.

Afin de pouvoir traiter l’ensemble des patients, l’État marocain a racheté dès la mi-mars l’intégralité du stock de Nivaquine (nom commercial de la chloroquine) et de Plaquenil (nom commercial de l’hydroxychloroquine) à la filiale marocaine du laboratoire français Sanofi, qui produit la première sur le sol marocain.

Les pharmacies dévalisées

Le tapage médiatique autour de la chloroquine ainsi que le rachat massif par l’État des deux médicaments a eu pour conséquence de créer une pénurie dans les pharmacies marocaines. « Les pharmacies ont été littéralement dévalisées de leurs stocks de Nivaquine et de Plaquenil, indique la docteure Khadija Moussayer, présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques. D’habitude, elles peuvent se réapprovisionner auprès du laboratoire, mais l’État a tout racheté. »

Résultat : les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde et de lupus, deux maladies auto-immunes pour lesquels les deux médicaments sont prescrits, sont ainsi privées de traitement. « Le ministère a indiqué que des solutions seraient rapidement trouvées », précise la docteure Khadija Moussayer. Selon le docteur Abderrahim Chouaibi, chargé de mission auprès du chef du gouvernement marocain Saadeddine El Othmani, « il est trop tôt pour confirmer l’efficacité du traitement contre le coronavirus. Il faudra attendre deux ou trois semaines après le début des soins car il est nécessaire d’avoir un échantillon important de patients. »

Source : la-croix.com

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