Vigipirate : les soldats pris au piège des mères juives

« Vous connaissez la différence entre une mère juive et un terroriste ? Avec le terroriste, on peut négocier… »
La blague juive est devenue réalité pour les soldats qui assurent depuis trois semaines la protection des synagogues et écoles juives de France.
La plupart des militaires ont installé leur campement à l’intérieur des quelque 700 lieux de culte et écoles qu’ils gardent 24 heures sur 24. Conséquence : ils doivent subir les assauts quotidiens des mamans, qui s’organisent davantage chaque jour.

Des militaires « à charge »

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« Les communautés ont organisé de véritables plannings pour la préparation des repas », explique à StreetPress Yves Toledano. L’animateur de Radio Shalom a consacré plusieurs de ses émissions dominicales aux « efforts faits par les communautés juives pour remercier les soldats de leur présence ».
Pour prendre dignement soin d’eux, les fidèles s’organisent à coup de chaînes de SMS et d’e-mails, comme ce texto reçu par les fidèles d’une syna’ du XXe :
« N’hésitez pas à leur apporter quelques petites choses (gâteaux, fruits, capsules de café Senseo pour la machine) et à leur dire merci d’être là… »
Et tout le monde a intérêt à s’impliquer à fond : « Le rabbin a dit que c’était un kiddoush hashem (une sanctification du nom divin) de bien s’occuper d’eux », explique Jérémy de la synagogue Loubavitch des Lilas (Seine-Saint-Denis).
Matin, midi et soir, les mères sont donc aux petits soins avec les militaires. La femme d’un rabbin explique que sa synagogue du XXe a huit soldats « à sa charge ». Et d’ajouter en rigolant :
« Ils ont fait l’Afghanistan ou le Mali, là, ça leur fait des vacances. »

En armes dans la synagogue

Les menus n’ont rien à envier à ceux du Club Med d’Eilat (Israël). Jérémy détaille le planning de sa syna’ :
« Le matin, quand les rouleaux de la Torah sortent, on organise une petite séouda (comprendre : une grosse collation). Du coup, on sort aux soldats des croissants, du café, des pains au chocolat… »
Les jours où ça n’a pas lieu, les fidèles ont organisé un roulement, pour leur apporter un p’tit-déj’. Et le vendredi, jour de shabbat, c’est presque un buffet de Bar Mitzvah qui attend les soldats :
« Il y a des mini-pizzas, des beignets, des salades, des petits fours et des desserts.
Les soldats rentrent dans la synagogue avec leurs armes pour partager le repas avec nous, c’est impressionnant. »
Parfois, c’est même carrément la teuf, comme dans cette synagogue à l’est de Paris où les fidèles ont embarqué les militaires et leurs Famas dans une danse endiablée, kippa sur la tête, autour des rouleaux de la Torah.

Au réfectoire,

les ovations des élèves

Une photo bien appétissante d’un gâteau apparaît avec ce message :
« Voici le cake au choco pour nos petits soldats ! »
Bienvenue sur le groupe WhatsApp de parents d’élèves de l’école Ganénou (XIIe) ! La cuisinière y est mise à contribution et l’école commande régulièrement des sushis pour les « petits soldats ». […]
Corinne, la directrice de l’école Maïmonide (Boulogne, Hauts-de-Seine), s’enthousiasme :
« C’est chez nous qu’ils sont le plus heureux ! On les chouchoute particulièrement. »
David, en première scientifique au groupe scolaire Yavné (XIIIe), raconte comment les soldats se font ovationner par les élèves à chaque fois qu’ils entrent au self. Ici, les soldats ont accès « en mode open bar à la cafét’ de l’école ».

« La seule chose qui pouvait nous rassurer »


Mais ça n’était pas suffisant pour la mère de David, qui s’est aussi organisée avec le restaurant casher du coin pour que les soldats puissent y commander leur repas gratuitement. Pour David, « ils sont bien ! » :
« Ils se prennent paninis, bagels, houmous à volonté. »
Benjamin, papa de trois enfants à l’école Ganénou, justifie cet engouement :
« Les gens sont tellement reconnaissants ! Mettre des militaires devant les écoles, c’est la seule chose qui pouvait nous rassurer et nous permettre de reprendre une vie normale, après avoir déposé nos enfants à l’école le matin. »
Cette reconnaissance est « aussi élevée que la peur que l’on avait avant qu’ils arrivent », complète Yves Toledano. Et pourquoi « nourrir » des soldats à qui l’armée envoie pourtant des plats ? Jérémy, des Lilas :
« C’est vrai qu’ils ont leur ration, mais c’est important qu’ils soient bien. Et on les remercie du travail accompli. »
Lire la suite sur Street Press.
http://m.rue89.nouvelobs.com/#/news/257591

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