Des marionnettes pour montrer Auschwitz

Auschwitz en marionnettes ?

Hotel Modern , compagnie néerlandaise, l’a osé, pourtant, en un spectacle extraordinaire et bouleversant, Kamp, créé à Rotterdam  en 2005 et qui, depuis, ne cesse de tourner dans toute l’Europe.

Le voilà   au Centquatre, à Paris, où il fait l’ouverture de Temps d’images, le festival qui mêle arts de la scène, arts plastiques et visuels.
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Kamp, c’est le camp d’Auschwitz reconstitué dans ses moindres détails, en une vaste maquette qui occupe l’espace de la scène. Les baraquements, la ligne de chemin de fer, les barbelés, le portail où s’affichaient les mots « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre »), et même les chambres à gaz et les fours crématoires. A l’intérieur, trois mille figurines de 8 centimètres de haut, représentant les déportés et leurs gardiens, manipulées par trois marionnettistes de la compagnie.

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LE CRI DE MUNCH

Le spectacle montre la machine de mort industrielle en une journée « ordinaire », si l’on peut dire, du camp. Le génie des trois animateurs de la compagnie,  c’est d’avoir trouvé, grâce à la marionnette, une forme de représentation à la fois abstraite, proche et distanciée.

Les figurines, que l’on doit à Herman Helle, le plasticien de la compagnie, sont fascinantes. Modelés dans l’argile, les visages, tous différents, s’inspirent du Cri, le célèbre tableau de Munch. Les corps en fil de fer revêtus du pyjama rayé deviennent transparents, moulés dans une sorte de résine, à l’approche de la chambre à gaz. Corps-fantômes, ceux qui sont jetés dans la fosse commune sont façonnés dans la glaise à laquelle ils semblent se mêler.

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Le deuxième coup de génie des créateurs d’Hotel Modern, c’est la manière dont ils jouent sur le macro et le micro. Le regard du spectateur embrasse à la fois l’ensemble du camp, avec ces figurines qui ont juste la taille nécessaire pour qu’on les distingue depuis la salle, et de multiples détails filmés en direct sur le plateau et projetés sur l’écran de fond de scène, en des images tremblées, nocturnes, spectrales.

Les micros-caméras entrent dans les dortoirs des baraquements, dans les valises où traînent encore les effets personnels des déportés, dans les miradors, dans la chambre à gaz. Elles s’attardent sur les visages muets, empreints d’incompréhension face à l’impensable.

Pas de paroles. Mais un travail sur le son sophistiqué, renforçant la sensation d’un monde fantôme, irrémédiablement voué à hanter les esprits. C’est l’ensemble de ce travail sur l’image, le son, les figurines, le rapport troublant et délicat entre les marionnettes et leurs manipulateurs deus ex machina aussi, qui éloigne la représentation de tout réalisme et la charge de toute sa force expressive.

UNE VÉRITABLE CATHARSIS

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« Fabriquer des marionnettes que nous allons gazer ou pendre, reproduire Auschwitz en miniature, c’est étrange, indubitablement », remarque Pauline Kalker.

La catharsis a lieu pour le spectateur, tant l’équipe d’Hotel Modern a trouvé la forme juste, avec ces milliers de figurines stylisées qui, effectivement, exercent leur fonction magique de symbolisation et d’appropriation.

Le spectacle extraordinaire et bouleversant de la compagnie néerlandaise Hotel Modern, Kamp, a été créé à Rotterdam (Pays-Bas) en 2005. Depuis cette date, il ne cesse de tourner dans toute l’Europe.

Crédits : © HERMAN HELLE

Kamp, par Hotel Modern. Dans le cadre du festival Temps d’images. Au Centquatre, 5, rue Curial, Paris 19e. Mercredi 18 septembre à 20 h 30 (complet), jeudi 19, vendredi 20 et samedi 21 à 21 h 30, dimanche 22 à 18 h 30. Durée : 1 heure. De 12 € à 20 €. 104.fr

Sources : Le Monde, Arte, Théâtre 104

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