Une pédagogie de la vie démocratique. Charles Rojzman

Aujourd’hui plus que jamais, une éducation à la vie démocratique est nécessaire.

Depuis l’irruption dans la société française des « gilets jaunes », on reparle à propos de la revendication de référendum d’initiative citoyenne (RIC) de démocratie participative. On cite en particulier le modèle suisse qui permet des « votations » populaires sur les sujets les plus variés, allant de la construction de minarets dans les mosquées jusqu’à l’instauration d’une semaine supplémentaire de congés payés.

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Cette démocratie réellement participative, qui ne se satisfait pas du modèle unique proposé aujourd’hui d’élections de représentants tous les cinq ans, est-elle possible aujourd’hui en France ?

Charles Rojzman

Dans leurs premières manifestations aux ronds-points, sur les routes et ailleurs, les gilets jaunes ont exprimé à la fois leurs souffrances et leur demande d’une société plus juste et plus égalitaire, dans laquelle les sacrifices nécessaires seraient partagés et acceptés en commun. Mais peu à peu, cette sorte de guerre civile qui couve en France depuis de longues années a créé des dissensions, des incompréhensions, des malentendus et pour finir le sentiment d’une impossibilité à réaliser les objectifs du départ.

On oublie qu’une véritable participation est impossible sans la création d’un lien véritable qui unit les citoyens et leur donne le sentiment qu’ils appartiennent à un ensemble autour du bien commun. Sans ce lien, la démocratie participative ne devient qu’une suite de revendications et de plaintes, fondées sur de la victimisation et de l’accusation.

Sans ce lien, la démocratie participative spontanée qui exprime au départ des revendications légitimes s’épuise et risque de devenir   l’expression anarchique de passions collectives, manipulées par des propagandes et susceptibles de se retourner massivement contre des boucs émissaires, voire de virer carrément au totalitarisme.

L’histoire l’a si souvent démontré : le désordre fait peur et se trouve vite remplacé par un ordre imposé, le plus souvent régressif. Cela est particulièrement vrai dans des périodes dangereuses où le monde vacille et où un sentiment d’insécurité ou de perte de valeurs engendre des peurs et des rébellions sans issue. C’est dans ces périodes-là que resurgit en particulier l’antisémitisme.

Il n’y aura donc pas de véritable participation démocratique sans un véritable processus d’éducation démocratique qui aide à créer ce lien qui fait défaut dans une société comme la nôtre, déchirée et fracturée en idéologies opposées, en communautés visibles ou invisibles.

Mais comment créer un lien qui ne soit pas simplement l’expression d’un consensus, mais au contraire l’acceptation des dissensions en vue d’un objectif commun ? Cette tâche paraît utopique, impossible. Pourtant mes nombreuses expériences de Thérapie sociale en France et à l’étranger, m’ont démontré qu’on pouvait avancer dans cette direction.

Ce lien ne doit pas être communautaire ou tribal, il ne doit pas rassembler des personnes porteuses des mêmes idéologies, des mêmes préjugés, des mêmes rengaines. Il doit se construire à travers un conflit qui mette en perspective les différences de normes, de valeurs, de pouvoirs. Créer le lien passe avant tout par des confrontations. La démocratie participative exige un lien, mais ce lien ne peut se construire qu’à travers ces affrontements entre adversaires. Or, nous ne sommes pas éduqués à entrer en conflit sans violence et sans diabolisation de l’adversaire.

Nous évitons le conflit car nous tendons à le confondre avec la violence, et que nous avons peur de la violence. Être en conflit demande des compétences particulières, si on les possède pas naturellement.

La violence est parfois nécessaire dans le combat mais elle lui nuit quand elle est l’expression d’un désordre et d’une désunion. Ce qui est le cas aujourd’hui à moins, et c’est notre souhait, qu’elle puisse se transformer en conflits assumés. Il faudra donc mettre en place une éducation au conflit qui comprend la formation à un ensemble de compétences, telles que l’exercice de l’autorité et la relation positive à l’autorité, la confiance en soi, le rapport à l’altérité, la connaissance et la maîtrise de la vie émotionnelle…

J’appelle donc à la création d’une nouvelle éducation populaire qui concernerait les adultes et qui pourrait prendre la forme d’une nouvelle éducation civique dans les établissements scolaires pour les enfants et les adolescents. Cette éducation à la vie démocratique nous permettra de mieux résister aux tentations totalitaires, inévitables dans les périodes de discorde et de perte de confiance dans les élites dirigeantes.

Charles Rojzman                                                                                                                         Institut Charles Rojzman                                                                                                                         Paris-Lausanne

L’institut Charles Rojzman assure des formations et des interventions en Thérapie sociale en France, Suisse, Italie, Allemagne, Etats-Unis, Colombie, Rwanda

Derniers ouvrages parus :                                                                                                             Vers les guerres civiles, préventions de la haine. Lemieux. 2018                                              Violences dans la République, l’urgence d’une réconciliation. La Découverte. 2016

 

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