Le « retour » de Hollande, par Richard Liscia

La retraite de François Hollande se passe bien et il tient à le faire savoir. La publication de son livre, « Les leçons du pouvoir » (Stock), est un succès de librairie et lui permet de retrouver le contact avec ses concitoyens, nombreux à lui demander une dédicace. On a voulu voir, dans l’engouement du public pour ses mémoires, l’amorce d’un retour politique. Lui-même, dans ses commentaires, de plus en plus vifs à l’égard du pouvoir actuel, semble y croire.

Photo : Wikipedia

COMME d’autres ex-présidents, François Hollande semble confondre curiosité littéraire et popularité. Son optimisme est pardonnable : il a avalé tant de couleuvres pendant son mandat qu’il a maintenant le droit de se détendre un peu. On n’est pas surpris de ce qu’il ait gardé une dent contre Emmanuel Macron, dont il pense, à tort ou à raison, qu’il l’a trahi. Il s’en veut de ne pas l’avoir vu venir. Il était pourtant évident que lorsque, l’ancien ministre de l’Économie a démissionné, ce ne pouvait être ni pour retourner dans le privé ni pour prendre sa retraite à 39 ans. Certes, le président actuel a probablement fait preuve de duplicité, car il n’a pas franchement exposé ses intentions à M. Hollande quand il l’a quitté. Il n’empêche que l’ex-président n’a pas attendu un an pour s’engager contre M. Macron, dans l’esprit ordinaire du règlement de comptes. Pas plus qu’il n’y avait d’élégance dans le départ mystérieux de M. Macron, il n’y en a dans la charge permanente de M. Hollande contre son successeur.

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Un censeur de plus.

D’autant qu’il rejoint ainsi les foules nombreuses et variées des oppositions vouées au discrédit de l’actuel pouvoir. M. Hollande, qui a un statut particulier, se joint à la meute. Mais peu importe : ainsi va la vie politique, qui n’est pas un bouquet de roses. Le problème, pour l’ancien président, c’est que, comme pendant son mandat, il a tendance à prendre ses désirs pour des réalités. De la même manière qu’il scrutait l’horizon pour y déceler le début d’un recul du chômage, il fait des comptes sur le temps qui nous sépare de 2022 pour évaluer ses propres chances de présenter sa candidature. Il oublie qu’il aura été le moins efficace des présidents de la Ve République, qu’en hésitant entre les méthodes de la social-démocratie et celles du libéralisme, il a plongé le pays dans l’incertitude et le désarroi. Il oublie des promesses de campagne excessives qu’il a été, forcément, incapable de tenir. Il oublie ses multiples erreurs de communication : lui qui avait juré d’exercer ses fonctions dans une dignité qui n’était pas, à ses yeux, le fort de Nicolas Sarkozy, nous a distraits avec ses frasques sentimentales et la publication d’un livre, « Un président ne devrait pas dire ça », qu’il a nourri de ses commentaires, allant jusqu’à franchir le cap de la confidentialité liée à ses lourdes responsabilités.

Un lecteur n’est pas un électeur.

On ne saurait dire si Emmanuel Macron voit en François Hollande un rival potentiel en 2022, s’il s’en alarme ou s’il s’en amuse, s’il est inquiet ou confiant à ce sujet, mais ce qui est sûr, c’est qu’en montrant le bout du nez, M. Hollande embarrasse surtout les socialistes qui ont déjà beaucoup de mal à se ressaisir après la trempée électorale qu’ils ont prise et qui ne souhaitent pas lancer un programme sur la base du retour à la case précédente. Ils lui ont déjà fait savoir que, si par extraordinaire il se portait candidat, il devrait participer à la primaire du PS. Dans le reste de la gauche, il ne trouve guère de soutien, ce serait plutôt le contraire. Bien entendu, tout peut arriver et nous avons assisté à assez de retournements de situation pour imaginer l’improbable et même l’impossible. Mais enfin les paramètres ne jouent pas en faveur de l’ex-président. Cent mille lecteurs et même plus ne font pas une majorité, ne font même pas un noyau appelé à s’élargir. Un lecteur n’est pas un électeur. Que M. Hollande, qui reste un homme affable, simple, accessible, qu’il trouve des poches de popularité dans une population indulgente, plus attachée à ses bonnes manières qu’à la qualité de sa gestion, cela fait partie de la nature humaine. Qu’à partir de là, M. Hollande puisse construire un projet aussi lourd et compliqué qu’un second mandat nous semble hors de sa portée.

Richard Liscia

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Publié dans politique
2 commentaires pour “Le « retour » de Hollande, par Richard Liscia
  1. Jg dit :

    Il n est pas le seul incompetent , ses illustres predecesseurs l ont ete . Et son successeur fera parti des pires !
    Heureusement pour moi , je ne suis plus concerne par les affaires francaises !

  2. julius dit :

    Petite blagounette de bistrot : Sarkhosy nous a fait regretter Chirac, Hollande nous a fait regretter Sarkhosy, t’ imagines celui qui nous fera regretter Hollande ? Hélas, je crois que nous l’avons.

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