Le procès Mérah et ce malaise en nous tous, par Sarah Cattan

C’est quoi cette arrestation de dix militants de l’ultra droite et même que, en lien avec Logan Alexandre Nisin, ils préparaient de sacrés attentats. Nous tuer Mélenchon et puis Castaner. Mais remettons de l’ordre à tout ça.  

Lundi 16 octobre, l’ancien directeur régional du renseignement, Christian Balle-Andui, fit gronder le tonnerre Salle Voltaire, en racontant comment elle s’était heurté, sa tentative d’orienter les recherches sur la filière djihadiste de Toulouse, au  scepticisme actif du SRPJ et de la direction centrale du renseignement. En expliquant comment Paris voulait l’extrême droite et refusa donc de considérer un seul instant cette hypothèse que les tueries de Toulouse seraient l’œuvre d’un islamiste.

C’était en 2012 et Balle-Andui, on lui répondit : cause toujours. Y a pas de risque islamiste. Alors lundi 16 octobre, Balle-Andui il nous le met sous les yeux, ce déni politique et policier. L’eût-on écouté et elle n’aurait pas eu lieu, la tuerie de l’école Ozar Hatorah ? L’eût-on écouté et jamais ces prénoms n’auraient été associés à la pire tuerie qui fût : une école. Au matin. Un père. Ses deux enfants. Une fillette. Exécutés. Exécutés parce que Juifs. Ça aurait donc pu n’avoir jamais existé ?

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Etrange comme cette note qu’il rédigea pour rien, cette note qui hurle l’aveuglement de Paris vis à vis du risque djihadiste, cette feuille qui dénonce preuve en mains un secret d’Etat qui coûta la vie à un homme et trois enfants, étrange comme elle ne fit point de bruit hors les enceintes de la Salle Voltaire.

Car au sein du Palais, cette note, elle fut une bombe que les avocats des Parties civiles feront sans doute exploser demain. Se retournant contre un Etat dont les manquements honteux devront être actés. Un Etat qui s’en sortit une première fois après avoir été reconnu en partie responsable dans la mort d’Abel Chennouf. Un Etat qui aura fort à faire pour sauver la face, cette fois.

Cet Etat qui, au lendemain 17 octobre, nous annonce l’arrestation préventive d’un commando dit de l’ultra droite. Armé d’un fusil de chasse. De deux pistolets à plomb autorisés à la vente. Un commando qui serait affilié à Logan, terroriste de pacotille s’il en est. Pas Audry Maupin.

Pourquoi ce sentiment partagé par nombre d’entre nous que ça sent l’arrestation bidon. L’opération de diversion. La tentative désespérée pour maquiller les mauvaises décisions des services de lutte antiterroriste. Faudrait quand même pas que leur incurie devienne publique.

Vous dites que nous serions paranos. Je vous réponds qu’alors l’épidémie se propage. Qu’il y a risque d’endémie. De perte définitive de confiance devant ce qui s’apparenterait à un scandale. Un scandale d’Etat.

La faute à cette liste de Balle-Andui et à cette arrestation concomitante de dix présumés terroristes de l’ultra droite, de pistolets à bouchon armés. C’est que plus ça va, plus nous on l’a, ce sentiment étrange d’être, comment dire, enfumés ? Oui c’est ça, enfumés.

Vous voyez bien qu’il fallait la prendre au sérieux, la piste de l’extrême droite ! Quoi qu’en dît Balle-Andui avec sa liste ! Voyez ! On en a dix ! Zallaient tuer Mélenchon et Castaner, des migrants, et ruer sur les Moquées! Ne crains rien, ô Peuple de France : l’Etat veille sur toi.

Every thing is under control, vous avais-je dit, et d’ailleurs, il dit pareil, François Mollins, nous assénant via Le Monde que depuis trente ans, la justice antiterroriste fonctionne de manière centralisée et spécialisée. Et que le dispositif actuel est un gage d’efficacité et de cohérence, puisque la France dispose d’une liste de soixante et un magistrats mobilisables à tout instant. Une liste, oui.

Il n’empêche. Nous on a du mal avec ce coup de filet qui devrait pourtant nous rassurer. On a du mal à l’oublier, la déposition de Balle-Andui. Qui fait exploser en mille éclats la compétence et la conscience professionnelle qu’on était en droit d’imaginer.

Il gère, l’Etat. A preuve ce coup de filet sur les probables complices du militant Logan N., arrêté et mis en examen cet été pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Les 10 interpellés ? A ce jour on veut vérifier la connaissance qu’ils pouvaient avoir des projets de Logan Alexandre Nisin. Logan N. qui tenait une page Facebook à la gloire de l’extrémiste de droite Anders Behring Breivik, auteur de la tuerie d’Utoya, en Norvège, en 2011. Qui avait, selon une source judiciaire de l’AFP, échafaudé un projet d’action violente aux contours imprécis. Tellement imprécis que France 2 évoque des discussions, pas de projet structuré, encore moins de repérages. Même que Logan N., il avait un gilet pare-balles et qu’il cherchait à se fabriquer un lance-flammes, lorsqu’il fut arrêté. Même qu’on retrouva deux revolvers et un fusil.

La liste de Balle-Andui. Incontestablement un moment clé dans ce procès tellement emprunt d’approximations et de confusions que le doute raisonnablement, inéluctablement, prit place, convoquant à la barre tout le volet du dysfonctionnement des services. Les guerres de service. Les conflits d’égos. Les rigidités des services. La centrale qui s’obstine dans son idée première. Ce 18 mars où ni le parquet de Montauban, ni celui de Toulouse ne proposent à Christian Ballé-Andui de se joindre à la réunion du soir à laquelle participe la police judiciaire.

Et puis voilà.

La liste. Provoquant l’indignation légitime des parties civiles qui sollicitent dès lors le Président de République pour qu’il fasse la lumière sur la non-déclassification des notes de la DCRI.

La liste. Un procès dans le procès en somme. La note secrète et le scandale, titra La Dépêche, alors que deux media parlèrent de boulette et de gaffe et que tous les autres se turent.

Comment pouvons-nous, en tant que parties civiles, donner du crédit à ceux qui depuis 2012 nous affirment que Mohamed Merah n’a agi que comme un loup solitaire et qu’on ne pouvait pas prévenir les actes criminels qu’il a accomplis, alors que ce responsable des renseignements explique que la filière était composée de plusieurs personnes parfaitement déterminées, que Mohamed Merah était dangereux, qu’il fallait le suivre : pour Maître Morice, l’Etat a caché des informations capitales à l’autorité judiciaire qui était chargée de faire la vérité sur ce dossier.

Salle Voltaire. Désormais les gendarmes scrutent encore plus tout ce qui bouge. C’est qu’ils ont repéré un homme au comportement suspect et ayant l’air de faire du repérage. Un pote de Logan N. encore ? Un déséquilibré ? Un loup solitaire ? Du terrorisme low cost ou du djihad solo.

Salle Voltaire. Ecoutez Carole Masliah, avocate des familles des victimes de l’école Ozar Hatorah  qui reproche vertement à Antoine Vey, un des avocats d’Abdelkader Merah, de désigner le terroriste par son prénom : Vous n’arrêtez pas de dire Mohamed, c’est insupportable pour les parties civiles, s’emporte-t-elle à raison.

Moi, je demande pourquoi diable Acquittador et ses deux collègues ne l’appelleraient pas Mohamed, à présent que Lui a osé, parlant de la mère de l’assassin, dire aux parties civiles d’épargner cette femme, mère d’un accusé … et d’un mort.

Au point où on en est.  Quand de décence il n’est plus question.

Sarah Cattan

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