À Hébron, le face-à-face se tend

Vingt-cinq ans après sa création, la mission des observateurs internationaux (TIPH) à Hébron s’est arrêtée en janvier 2019. Depuis, certains déplorent une « normalisation » de la présence des israéliens.

Ce matin de mars, les apparences sont trompeuses à H2, la partie d’Hébron sous contrôle de l’armée israélienne. Chats et chiens errants traînent autour des énormes conteneurs en acier et, dans les rues, le calme règne

Pourtant, depuis plus de deux mois, cette zone, où vivent 40 000 Palestiniens, 800 israéliens et presque autant de soldats , vit un bouleversement : la « Présence internationale temporaire à Hébron » (TIPH), créée en 1994 après le massacre de 25 Palestiniens par Baruch Goldstein, un extrémiste juif, a plié bagage. Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui avait dénoncé le 28 janvier 2019 l’existence de cette « force internationale qui agit contre nous », a décidé de ne pas renouveler son mandat de six mois. Il l’avait pourtant jusque-là toujours paraphé.

Depuis, certains redoutent une montée des violences dans la zone. « Depuis le départ du TIPH, on se sent abandonné. Personne n’est plus là pour nous protéger, on a peur que les violences recommencent. » Avec son iris d’un bleu profond, le regard de Jamal est saisissant. Vendeur de tissus dans la vieille ville, il désigne les grillages tendus au-dessus de sa boutique à tous les touristes. « Les colons habitent juste au-dessus, ils nous lancent des détritus. »

Satisfaction chez les israéliens

Hébron est la plus grande ville de Cisjordanie mais la zone où vivent les israéliens s’étend sur à peine plus d’un kilomètre carré, espace confiné où se concentrent les tensions. Dans le « quartier » d’Avraham Avinu (quelques bâtiments), Yishai Fleisher, porte-parole de la « communauté juive d’Hébron », arbore une arme de poing à sa ceinture. Il ne cache pas sa satisfaction d’avoir vu le TIPH disparaître. « Que diriez-vous si un groupe d’étrangers venait dans votre ville pour vous photographier comme si vous étiez une bête curieuse ? ! » s’exclame-t-il, visiblement convaincu que la « situation » peut se régler sans « aide étrangère ».

Il « condamnerait évidemment » des violences commises par des israéliens mais nie leur existence. Si conflit il y a, son auteur est, pour lui, tout trouvé : Issa Amro, activiste palestinien vivant aussi à H2 et dont l’association « Youth Against Settlements » fournit une caméra à ses membres pour filmer toute agression dont ils seraient victimes ou témoins. « Il provoque les tensions et en tire profit. »

Le Fatah, parti du président palestinien Mahmoud Abbas, partage ce point de vue, condamnant les actions de l’activiste qui « attisent les violences envers la population de H2 ».

Car depuis le départ du TIPH, Issa Amro et sa nouvelle organisation, Kifah, ont largement suscité l’attention des médias.Vêtus de gilets bleus, ses 20 membres veillent sur les enfants qui rentrent de l’école pour leur éviter, d’après l’organisation, de se faire agresser. Selon Issa Amro, en février 2018, 25 attaques ont été perpétrées .

Les « harcèlements » en augmentation

Pour l’activiste, le communiqué du Fatah n’a rien d’une surprise. « Je considère l’Autorité palestinienne (NDLR : dirigée par le Fatah) comme un sous-fifre de l’occupation. Comme je les critique et que je n’accepte pas leur autorité, ils font ça pour se venger. » Ce dimanche, il est censé être jugé pour avoir critiqué l’Autorité palestinienne sur Facebook en 2017, une décision « inadmissible » selon Amnesty International.

À Hébron, d’autres organisations ont développé des opérations similaires à celles du TIPH, à l’image du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI), créé par le Conseil œcuménique des Églises (COE), en 2002. Le 29 janvier, le COE annonçait son départ provisoire de H2, dû à une forte augmentation des harcèlements par les « colons et les soldats israéliens ». Aujourd’hui, son directeur des affaires internationales, Peter Prove, assure que les équipes reviendront bientôt sur le terrain, mais sans savoir si leur présence sera renforcée.

La vie dans une implantation israélienne

Pour Yehuda Shaul, co-fondateur de l’ONG d’anciens soldats Breaking the silence, même si les observateurs reviennent, le mal est déjà fait. « Avec le départ du TIPH, la présence des colons à Hébron se normalise encore un peu plus. Benyamin Netanyahou voit qu’il peut agir sans provoquer de réponses de la communauté internationale. »

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Repères

Hébron, une ville sainte et divisée

Hébron abrite le caveau des patriarches, lieu saint pour les juifs et les musulmans, qui le considèrent comme la mosquée d’Abraham. Il contiendrait notamment la dépouille d’Abraham, père des trois monothéismes.

Après la victoire d’Israël lors de la guerre des Six Jours, en 1967, naît la colonie de Kiryat Arba, près d’Hébron. Des israéliens s’installent ensuite dans la vieille ville. En mai 1980, 6 étudiants juifs y sont assassinés.

Le 25 février 1994, 29 musulmans sont abattus par Baruch Goldstein, juif originaire des États-Unis, alors qu’ils prient dans la mosquée.

En janvier 1997, Benyamin Netanyahou, alors premier ministre, et Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne, signent le protocole d’Hébron. Il découpe la ville en deux secteurs, H1 sous autorité palestinienne, H2 sous celle d’Israël.

Salomé Parent LaCroix

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Publié dans France
Un commentaire pour “À Hébron, le face-à-face se tend
  1. Ingrid Israël Anderhuber dit :

    Hébron se trouve en Judée. Donc si dans cet articles les « colons » sont les Israéliens (Juifs), il s’agirait alors ici d’une de ces fameuses fake news ?
    En outre il est dit : « Abraham, père des trois monothéismes. » Si c’est le cas, mathématiquement trois monothéismes = un polythéisme ! Abraham serait donc le père du polythéisme ?! Misère !
    Heureusement, père Abraham, que tu ne nous entends pas !

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