Pourquoi on ne finit pas le travail,par Marco Koskas

Il y a un point commun entre les Gilets Jaunes et les Marches dites du Retour, organisées par le Hamas : leur absence de revendication. Evidemment que les Gilets Jaunes demandent ceci ou cela, ceci et cela. Leurs doléances sont innombrables, contradictoires et pléthoriques. Pareil avec ces hordes qui viennent se jeter contre la barrière de sécurité à la frontière d’Israël et Gaza, pour « le droit au retour «. L’objet de la revendication est devenu indéchiffrable, et sa satisfaction secondaire. Ce qui compte dans ces nouveaux modes d’action de masse, c’est d’abord abolir la durée de la revendication. Nous sommes entrés dans l’ère de la revendication permanente, comme jadis en Chine maoïste la révolution permanente.

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Crainte et Pitié

Ces déferlements hebdomadaires, samedi pour les Jaunes, vendredi pour le Hamas, veulent juste se ritualiser ; devenir la réalité toute entière au moins une fois par semaine ; occuper l’espace public comme une armée d’occupation ; fabriquer de la martyrologie et de la terreur en même temps ; inspirer la crainte et la pitié à la fois. En bref, exister comme principe de nuisance plutôt que comme mouvement populaire.

Il faut bien reconnaître qu’ils ont inventé là un truc nouveau. En face, on se demande pourquoi Macron laisse faire vingt semaines durant, et pourquoi Israël ne « finit pas le travail «. La vraie raison, c’est sans doute que Macron a d’abord cru bon répondre par des mesures concrètes puisqu’il s’agissait de revendications concrètes aussi, au départ ; Israël également, en permettant par exemple au Qatar d’introduire de l’argent dans la Bande de Gaza pour payer les fonctionnaires. En s’en tenant donc aux principes classiques de résolution d’une crise.

« grande marche du retour » Reuters/Mohammed Salem

Solidarité

Mais on voit qu’aucune mesure ne met fin à ces éruptions. Pour les entretenir, les Gilets Jaunes refusent de se structurer en mouvement politique, tandis que le Hamas surnomme l’Etat d’Israël «l’Occupation », pour ne pas reconnaître en lui le partenaire incontournable de son avenir.
Mais si aucun gouvernement n’ose vraiment « finir le travail «, c’est aussi parce que les instances internationales créées par les démocraties passent leur temps à surveiller ces mêmes démocraties, qui elles se surveillent mutuellement comme le lait sur le feu. Ainsi l’ONU a reproché à la France la brutalité de sa police, tandis que le gouvernement français ne rate pas une occasion de reprocher à Israël la «disproportion» de sa répression. Confrontés au même genre de chaos hebdomadaire, ils pensent d’abord à se faire des reproches et, pendant ce temps-là, l’Iran pend haut et court ses condamnés, l’Arabie fouette ses femmes, tandis que la dictature vénezuélienne affame son peuple.

Dans le monde d’aujourd’hui, les démocraties devraient apprendre la solidarité, l’indulgence mutuelle, et cesser de se condamner les unes les autres. Mais les démocraties aujourd’hui veillent d’abord au confort des bandes armées et des dictatures. Si ces nouvelles insurrections pouvaient aboutir au moins à créer une solidarité entre démocraties, elles n’auraient pas eu lieu pour rien.

Marco Koskas
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Marco Koskas

Marco Koskas, le talentueux auteur de « Balas Bounel « et, très récemment, de « Bande de Français », ne met pas sur le même plan les manifestants Gilets jaunes avec ceux du Hamas à Gaza .

Il remarque justement que les deux sont passés de la manifestation d’indignation ou de colère à un rituel de la manifestation : vendredi pour le Hamas et samedi pour les GJ .Un de ses lecteurs sur Facebook , Alain ATTAL, lui a reproché ce rapprochement entre manifestants en colère avec casseurs incorporés et militants du Hamas avec terroristes majoritaires . Marco Koskas s’en est défendu et a réussi à convaincre son contradicteur .
Si on devait ajouter une remarque ce serait la suivante : le Hamas organise sa manif du vendredi pour montrer au monde qu’il continue de régner sur la bande de Gaza alors que le Fatah de Mahmoud Abbas se contente de vitupérer dans les instances internationales . Les gamins enrôlés de Gaza ( et non pas estropiés comme le disait Élise Lucet ) qu’ils soient volontaires ou non, se défoulent et sans doute préfèrent -t-ils lancer des cailloux et couper à la corvée de mosquée !

Pour les GJ, il y a eu plus d’analyses et de commentaires qu’il n’en fallait ! Il est vrai qu’une manif qui en est à sa vingtième représentation, ça finit par impressionner ! On ajoutera juste une remarque : pour certains la manif du samedi serait devenue une distraction gratuite et plutôt agréable par sa nouveauté et l’attrait de voir de près les avenues de la ville, les forces de l’ordre et peut être même de pouvoir dire plus tard « j’en étais ! »

André Simon Mamou

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Un commentaire pour “Pourquoi on ne finit pas le travail,par Marco Koskas
  1. Jean-Victor dit :

    Voilà un bien intéressant double éclairage que nous donne et Monsieur Koskas et Monsieur Mamou :
    Il n’y a en effet pas d’égalité posée entre ces deux mouvements et, s’ils ont un point commun, il ne tient qu’à leur caractère répétitif et à rien d’autre.
    Il n’y a en particulier rien de commun, et même une différence fondamentale, entre un mouvement qui est instrumentalisation d’une population pour tenir à la fois une paix civile intérieure et une lutte fratricide, et l’autre qui est l’émergence spontanéo-anarchiste d’un amalgame de colères disparates et de frustrations communes.
    Quant à leurs récurrentes occurrences, si on veut qu’elles fassent signe (mais le doivent-elles ?), il ne faut alors pas manquer de les rapprocher des vendredi de grèves scolaires lancées par la jeune écologiste suédoise, et des divers mouvements « occupy » (qu’on pourrait significativement écrire « occupailles » !).
    S’ils ont une signification, ce serait alors, et ce ne serait que, leur installation dans la durée. Celle-ci résulte de et révèle une absence d’issue proche, une perspective et des propositions confuses, un enfermement autistique des protagonistes et une résignation acceptée. Les lendemains ne chantent plus…

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