Berit Shalom. Une synagogue algéroise à Paris. Charles Baccouche

Au bas de la rue des Martyrs, percée Parisienne qui monte aux Abesses, la rue Saint Lazare, s’élançant vers sa gare, s’arrête devant le numéro 18, où une Magen David et une inscription en Hébreu vous invitent à pousser la porte de fer gris, constellée d’Etoiles de David.

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Nous sommes à « Berith Shalom » «L’Alliance de la paix », et si par chance, la lourde porte s’ouvre, alors la visite à travers le temps peut commencer.

Mais si on y passe lors des offices du Matin et du soir, ou lors des célébrations de Shabat, de Shavouot, de Kippour, de Soukkot et de toutes les fêtes juives, elles sont trop nombreuses pour toutes les citer (c’est simple, les juifs semblent toujours en fête, peut être que l’antisémitisme y trouve une de ses sources), alors la porte est bien ouverte, laissant s’échapper de joyeuses rumeurs.

D’ailleurs, le psaume 122 nous y invite: « Nous sommes pleins de joie quand on nous dit : allons inaugurer la maison de L’Eternel….« 

On s’avance le long d’une large et longue allé qui débouche après une volée d’escaliers, au sein même de la Synagogue. Son haut plafond culmine à plus de 12 mètres et ne cherche pas être imposant, il ajoute simplement à la beauté du lieu qui a adopté le rite algérois.

Cette belle synagogue est centrée sur l’estrade carrée plantée en son milieu d’où la voix splendide de son Hazan et de son ensemble de disciples, modulent les mots de l’Office dans un hébreu résonnant des accents d’autrefois.

Tout au fond, l’Aron Ha Kodesh abrite les rouleaux de la Loi que le tout Puissant a remis à Moshé au sommet du mont Sinaï. Les sièges entourent et l’estrade et enserrent le Kodesh en un arc de cercle harmonieux. Au dessus sur le rideau s’inscrit cette phrase lumineuse :

« Ici n’est rien d’autre que la maison de D…, C’est la porte du ciel »

Au début des années vingt, c’était un petit oratoire réunissant des juifs originaires de l’Empire ottoman. Elle fut inaugurée en 1930 par des juifs du sud et du nord de la méditerranée enfin réconciliés.

Elle fut animée et conduite par de grands Rabbins : Nissim Ovadia avant la guerre et Cassorla après la guerre.

Les horreurs nazies ont dépeuplé l’Europe de ses juifs, (l’Europe le paie encore), cette barbarie a vidé les synagogues de France et de Paris. L’Europe s’est réveillée avilie par la brutalité nazie, orpheline de ses juifssans paraître s’en soucier.

Mais Parce qu’ils sont un peuple qui resurgit toujours de la nuit dans laquelle les Nations veulent les enfermer, les juifs ont reconstruit leurs Communautés sur les ruines sanglantes du nazisme.

La vie juive a repris après ces ténèbres, grâce à l’émulation des E I F de l’école d’Orsay, des Maitres et enseignants comme Léon Askhénazi, André Néher, Robert Gamzon, Paul Roïtman et l’arrivée massive des juifs d’Afrique du nord, eux, chassés de leur Terre ancestrale.

D’Algérie, de Tunisie et du Maroc, les vagues de la décolonisation ont amené les communautés juives du Maghreb sur les plages de France qui se sont répandues  dans ses villes et ses villages,

Les juifs d’Algérie de caractère heureux et fiers de leur nationalité française, ont à nouveau rempli les synagogues de leurs millions frères assassinés dans les camps de la mort.

In memoriam, le Chant des partisans «  Ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place»

Les synagogues de France ont retrouvé en 1962, vie et vigueur, comme les fleuves asséchés, retrouvent leurs eaux vives par les surprenants sursauts de la Nature.

Les juifs d’Alger ont investi pour le meilleur la synagogue Berith Shalom abritée au fond de la rue Saint Lazare.

Ils y ont introduit leurs rites et leurs coutumes, leur mémoire surtout, en consacrant la synagogue à ses deux Maitres et Rabbins venus d’Espagne et de mémoire bénie : Ribach (1326-1408) « Rabbi Isaac Bar Chechet » et Rachbats, « Rabbi Shimon Ben Tzemach Duran » (1361-1444) Son fils Salomon (1400 – Alger 1468) est le RACHBACH qui a poursuivi l’œuvre de son père.

Ils ont relevé et ranimé (déjà) la communauté juive au 14eme siècle qui ne fut guère clément pour elle, mais quel siècle le fut ? Ces Maîtres d’exception ont crée des écoles, ont érigé des Baté Midrach, ont écrit des responsa qui font autorité, ont établi des Takanot. Aujourd’hui on dirait qu’ils ont fait jurisprudence.

A Brit Shalom, Synagogue de la rue Saint Lazare, officie un Hazan ! Quel Hazan ! (vous savez celui qui conduit l’Office, ce n’est pas au Rabbin de le faire) mais un Hazan tellement bon que lorsqu’il module les chants et les cantiques, et lit la Thora, il donne envie de pleurer tellement il chante comme là-bas, qui fut chez nous, au temps d’avant.

Il chante comme à Alger et à Constantine, comme à Bône et à Tlemcen, comme à Sétif et à Didjeli, comme à Bougie et à Mostaganem. Elle est devenue la synagogue dite des

« Algérois » mais tout juif d’Algérie s’y reconnaitrait.

Ecoutez le Hazan, lorsqu’il dit la Kedousha (qui réunit les anges et les hommes dans l’invocation de l’Unité divine et s’invitent les uns les autres à répéter qu’Il est saint trois fois saint)

Nos rabbins et les chants de là bas ont fait rayonner le judaïsme sur l’ensemble de la vaste Algérie et jusqu’à Paris, à Bérith Shalom qui a inscrit leurs noms au fronton de son ciel. D’ailleurs, une synagogue à Nétanya, sur la mer orientale, frontière maritime d’Israël, existe aussi une synagogue de rite algérois consacrée à RIBACH ET RACHBACH.

Mais, sans les femmes et les hommes qui se rencontrent et prient là, qui par leur présence, sanctifient une construction de pierre et la transfigurent en Béit ha-Knesset,

« Maison de rassemblement » du peuple, elle resterait un musée sans vie.

La Communauté qui se retrouve à Bérith Shalom est fidèle aux coutumes et aux usages de ses pères, les juifs d’Alger et par extension de l’Algérie juive, d’avant leur départ douloureux vers les cieux moins bleus de France et pas si accueillants, mais dernier refuge pour ce nouvel exil.

L’énergie bienveillante de son Rabin, de son président et de la Commission administrative, a créé une ambiance fraternelle qui adoucit la rigueur des prières et des bénédictions que scandent les offices du matin : Shahlit, de l’après midi : Minha, du soir : Maariv Arbit, sans laxisme et dans la stricte application des halakhot,

En plus, le Shabat et les fêtes se terminent autour d’un buffet généreux fait de charcuteries, de fricassées, de pizzas, d’olives, de boissons fruitées et d’alcools forts, dominés par l’inévitable Anisette, signe de reconnaissance des juifs d’Algérie, même si elle est un peu concurrencée par la Boukha, signe des frères de Tunisie et dont l’arôme rappelle la igue plutôt que l’anis.

Les libations et les toasts s’échangent dans l’aimable brouhaha de retrouvailles des familles,  de leurs enfants filant entre les jambes protectrices des adultes.

C’est un réconfort et un bonheur de se replonger régulièrement dans cette atmosphère juive et fraternelle, tendue vers l’avenir grâce à sa fidélité et à la mémoire de son Histoire.

Synagogue Berith Shalom 8 rue Saint-Lazare – 75009 Paris

Publié dans Religion

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