« A l’amour, ad vitam aeternam », roman de Isabelle Labé : un hymne à l’amour

Claire a 52 ans. Elle a un compagnon, Died, professeur de sciences politiques, qui vient de séduire Rose, une de ses étudiantes ( ou d’être capturé par elle ). Rose a la jeunesse ravageuse : le sourire, la gaieté, la beauté …

Sans un regret, Died quitte Claire. Pleurs, chagrin, tristesse…. Simon et Clotilde ses amis de toujours essayent de la consoler, son grand fils étudiant en Math Sup à Lyon vient à la rescousse. Mais c’est beaucoup trop dur pour elle cette rupture après 5 ans d’entente parfaite . Claire commence à perdre pied.

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Elle va rencontrer Henri, un médecin de Médecins sans frontières dont la présence souvent autour d’elle va l’intriguer puis la séduire. Il va l’emmener avec lui dans ses missions. Il y aura un séjour à Milan en juillet avec 36 degrés à l’ombre. Un séjour au Groenland où la température est de moins 30 degrés, puis Alep bombardée par les fous de Dieu, ou par les forces gouvernementales et Ahmed voit périr sa femme et son fils puis reçoit 2 balles qui lui transpercent un bras et une jambe. Henri est là et il le sauve …

Non, on ne va pas tout vous raconter et surtout pas ce qui survient à la fin du premier chapitre. Sachez que tout se termine bien, le méchant est puni et ceux qui étaient plongés dans l’affliction , retrouvent un bonheur mérité.
« Faut- il que nous connaissions le malheur pour reconnaître le bonheur ? » conclut l’auteure.

C’est écrit sous forme de journal intime : des phrases courtes, des mots simples, des impressions, des confidences.
Le cadre est évoqué, c’est Marseille avec le cloaque de ses quartiers nord, drogues et dealers, violences et règlements de comptes. C’est Marseille avec le mistral qui vient nettoyer le ciel, le soleil, les calanques et la mer à Cassis, fraîche et profonde, ce sont les « peuchéres » des marseillais pour marquer leur sympathie ou faire part de leur intérêt.

Il y a un thème dominant : l’hymne à l’amour ! Des sentiments à la tendresse puis à l’attachement et à la passion et il y a l’amour torride des corps jamais rassasiés. L’auteure décrit tout parfaitement. C’est très actuel, ce thème de la femme de 50 ans que Yann Moix juge « inintéressante » ce qui veut dire plus crûment, « imbaisable. » …

C’est une histoire plaisante, qui se lit en un peu plus d’une heure et qui pourrait être le synopsis d’un film à succès.

André Simon Victor

Le livre est distribué par Amazon , il a 107 pages et coûte 12 euros

EXTRAITS

Dimanche 7 février 2016.
Il est 6 heures du matin.
Et il pourrait bien neiger dehors.
Died ne dort pas, il fume une cigarette.
Il a déjà pris sa décision dès son réveil, il ne veut plus de moi dans sa vie.
Allongé dans le grand lit, il paraît très concentré devant son écran d’ordinateur.
J’ai l’horrible sensation que c’est la dernière fois que je le verrai.
Le miroir tremble comme mes lèvres, il y a un léger courant d’air qui bouleverse tout, un souffle de mauvais augure qui défigure, fragmente la réalité du matin.
Il soupire, tirant un maximum sur la fine cigarette, pianote encore plus fort sur les touches du clavier.
Ma respiration est haletante. J’arrive à lui parler.
« Regarde-moi, je t’en prie.
Dis-moi que ce n’est pas fini.
Tu veux ta liberté, j’étais trop envahissante, j’ai vieilli, je ne suis plus belle à tes yeux.
Il y a plein de questions dans ma tête, réponds-moi, Died !!! »
J’éclate en sanglots et tape avec mes poings serrés sur la poitrine de Died.
Des larmes de désespérance coulent sur le corps de l’homme sans qu’il bronche.
Je le frappe encore plus fort.
Died crie, me secoue puis me repousse :
« Arrête, Claire, ça suffit, j’ai cinquante-six ans, je ne suis plus capable de supporter ces crises de nerfs.
Laisse-moi respirer ».
Incontrôlable, je cherche son regard.
Je tiens dans ma main quelque chose qui fait mal à la chair, qui punit l’enfant quand il a fait une grosse bêtise.
« Tiens, professeur, voilà ta cravache, fouette-moi, puis prends-moi. »
Le silence règne dans la chambre. Died, tel un dieu de l’Olympe visite son profil Facebook.
Je suis assise sur le bord du lit.

Mon regard gris azur fixe le carrelage glacé.
Le dos courbé, ma main est posée sur ma joue telle une statue de « Rodin », figée dans une pensée sans aucun droit au mouvement.
« Tu t’es lassé, tu as tout découvert, savouré : maintenant, tu es repu. Encore une gorgée de Claire, et tu vas me vomir », lui dis-je à bout portant.
Died se lève, enfile un jean et un pull.
« Habille-toi, Claire, je te ramène en voiture à la prochaine station de métro.
Tu n’es pas bien, il faut que tu sois un peu seule », dit-il sagement.
Died l’admire une dernière fois.
Claire est terriblement belle à la lueur des premiers rayons du soleil, même sa nudité n’a rien d’impudique, au contraire, tout en nuances et délicatesse, en fait, à son image de femme enfant.
Les yeux sont rougis par ses sanglots intempestifs.
Son mascara coule en traînées noires sur ses joues.
La glace de la psyché, placée dans l’entrée du vestibule, lui renvoie l’image d’une femme à l’air très destroy ; cet air-là, autrefois, il en crevait d’amour.
Aujourd’hui, il ne le supporte plus.
« Seule, Diep, tu crois que je ne le suis pas suffisamment dans ma tête », dis-je avec difficulté.

Éditions Sylvain Laurent

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4 commentaires pour “« A l’amour, ad vitam aeternam », roman de Isabelle Labé : un hymne à l’amour
  1. Girardin dit :

    Dans ma jeunesse lointaine cela s’appelait un roman à l’eau de rose ; ou roman de gare voire roman-photo pour les dames d’un âge certain qui lisaient aussi « nous deux ».

    En plus le gars s’appelle Died. Le pauvre. Mais il est vrai que ces chef-d’oeuvres se distinguent par une totale absence d’humour.

    Mais, aucun doute : il vaut mieux lire ça qu’être aveugle.

    • André dit :

      Ahahahah!… je ne saurais mieux dire.

      • Pénélope Harver dit :

        Avant de juger ce roman, il faudrait le lire.
        Je l’ai beaucoup aimé parce qu’il est intimiste et dévoile avec pudeur les états d’âme d’une femme qui a peur de ne plus être aimée à cause de ses 52 ans.
        Ce n’est pas un roman de gare pour les femmes un peu fleur bleue.
        Il a beaucoup de profondeur et les mots sont riches en sens existentiel.
        Messieurs, au moins, grâce à ce livre, Isabelle labé nous dévoile le mystère de la femme.
        Et un corps de 52 ans a autant de sensualité que celui d’une jeune-femme de 25 ans.
        Bravo à l’auteur.
        Pénélope

      • Pénélope Harver dit :

        Très beau roman, on ne lasse pas du personnage de Claire avec ses doutes et son envie d’être aimée.
        Aucun rapport avec un roman de gare style « Nous deux ».
        Il y a de la profondeur et on comprend bien la psychologie des femmes.
        Pénélope

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