Un café avec… Virginie Goldgran, la Goy la plus juive du monde, par Sarah Cattan

 Sarah Cattan – Virginie, vous portez le nom de Laurent : Goldgran.

Virginie Goldgran- Sur mon nom d’épouse, un curieux mélange de fierté et de peur. Fierté de porter le nom de l’homme que j’aime. Un joli nom d’ailleurs qui signifie « grain d’or ». Un patronyme rare : peu de personnes le portent. Fière également de partager à travers ce nom une culture différente de la mienne, culture chargée d’histoire et de tragédies.

Après réflexion et certaines hésitations, j’ai décidé de porter exclusivement ce nom marital. Pour dire vrai, par souci de simplification. Ayant changé de prénom, cela me semblait compliqué de conserver également mon nom de jeune fille en plus de mon nom d’épouse. Je suis pourtant très attachée à ce nom qui sonne bien « français de souche » de la France profonde, symbole de mes racines judéo chrétiennes.

J’ajouterai une remarque de ma mère lorsque j’ai décidé de porter le nom de Laurent : elle m’a demandé si je n’avais pas peur de prendre un nom juif… Si l’histoire devait se répéter. A méditer …

Peur également de porter ce nom « juif ».

Pour quelles raisons, moi « goy », ai-je ressenti des craintes ? Devons-nous en déduire que le fait qu’on puisse me prendre pour une juive serait source de problèmes ? Une honte ? Une tare ? Pour moi, bien sûr que non, mais pourquoi alors ? Il existe bien une réalité sur ce sentiment de rejet de la communauté juive qui amène malheureusement aujourd’hui à une sorte de repli communautaire et, de fait, à la montée de l’antisémitisme … Un cercle vicieux …

Mais ce sentiment d’hostilité est-il fondé ? Ou s’agit-il d’un vieux complexe de persécution de la communauté juive à travers les siècles ? Ainsi, à force de tirer le signal d’alarme (Laurent le premier), la communauté juive n’a-t-elle pas ancré dans mon esprit un sentiment de malaise ?

Sincèrement, si je ne peux comprendre ni expliquer ce climat hostile à son égard, je pense que ce sentiment est fondé, au moins pour partie, car il y a certainement une susceptibilité à fleur de peau, mais bien compréhensible.

Ceci étant, nous ne devons pas généraliser : heureusement notre société n’est pas peuplée uniquement d’antisémites !! Et j’en suis un bel exemple !

J’ajouterais, si vous me le permettez, mon sentiment personnel : celui ne pas avoir toujours été acceptée par la Communauté juive, j’en ai souffert. De cela, nous n’en parlons pas.

Sarah Cattan- Mais si, Virginie, parlons-en ?

Virginie Goldgran- Tout d’abord une précision très importante: Je n’ai jamais ressenti ce « rejet » de la part de la famille de Laurent et je dis souvent que c’est un peu grâce aux parents de Laurent que je suis devenue sa femme. Si j’avais ressenti un quelconque rejet , notre relation n’aurait pas pu s’inscrire dans la durée. Le fait d’être « goy » n’a jamais été un problème pour eux. Je ne les en remercierai jamais assez.

Cette difficulté, je l’ai rencontrée plus jeune, alors que j’avais une relation ( qui a duré deux ans) avec un Juif , un autre Laurent ( comme quoi, une sorte de pré destination !) . Si notre relation a échoué, c’est en grande partie à cause de nos parents respectifs et nous étions trop jeunes pour surmonter une difficulté de cette nature.

Un autre exemple: quand Laurent a annoncé à l’un de ses amis proches qu’il fréquentait une « goy » et que cette relation était sérieuse, ce copain lui a clairement manifesté sa désapprobation.

Sarah Cattan- Virginie, l’Alyah et vous ?

Virginie Goldgran- Laurent est intelligent, il me connaît parfaitement : il a bien compris que pour moi, faire mon Alyah serait extrêmement difficile. Même si j’ai un attachement particulier à Israël, c est un attachement de cœur, conjoncturel, né de notre union. Il n’est aucunement comparable au sien, qui est un lien, culturel, identitaire, viscéralement enraciné au plus profond de sa personne .

Si mon attachement à Israël est assez fort pour apprendre l’Hébreu depuis 2 ans maintenant, il ne l’est pas suffisamment pour prendre la nationalité israélienne, quitter mes proches, ma famille et amis, ma France, mes racines, mon patrimoine et ma culture … Je ne suis pas en capacité psychologique et émotionnelle d’assumer de tels renoncements. Ce serait une forme d’amputation identitaire.

L’avenir des Juifs en France, en Europe, dans le monde, est incertain, les Juifs ont peur, ils se sentent menacés par la montée de l’islamisme et nombreux sont ceux qui décident de faire leur Alyah. Sur leur terre ancestrale ils se sentent plus en sécurité.

Tribune juive : Les craintes de Laurent vous semblent-elles justifiées ?

Elles le sont pour partie bien entendu, mais elles sont cependant excessives. C’est un vrai ashkénaze, vous savez : l’optimisme ne fait pas partie de son vocabulaire !

En même temps je le comprends, son histoire familiale jonchée de cadavres morts en déportation, dans des conditions innommables, lui a transmis une sensibilité exacerbée face à ce climat d’insécurité dans lequel nous vivons aujourd’hui. La Peur omniprésente de voir l’histoire se répéter…

Il porte en lui des traumatismes importants, hérités de ses aïeuls et cette histoire familiale tragique n’appelle ni à la sérénité d’esprit ni à l’optimisme. Alors oui je le comprends bien sûr mais j’aimerais aussi le sortir de son obsession, l’amener à davantage d’optimisme, lui apporter un peu de paix intérieure.

C’était un plaisir pour moi de me prêter à l’exercice, a conclu Virginie

Sarah Cattan

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Publié dans interview
8 commentaires pour “Un café avec… Virginie Goldgran, la Goy la plus juive du monde, par Sarah Cattan
  1. Ixiane dit :

    Je ne suis pas unie à un juif mais j’ai le même sentiment pour ISRAEL qu’elle , peut-être davantage : je n’aime pas un homme israélien mais j’aime le DIEU d’ISRAEL et tout ce qui se passe en ISRAEL est orchestré par ce DIEU ( TRUMP en est un exemple vivant ).
    Malheureusement je ne crois pas que je visiterai un jour ce beau pays ( mais c’est comme si j’y étais…)

  2. Cohen dit :

    Il n’est pas nécessaire d’être un juif ashkénaze pour avoir une idée précise quant aux souffrances qu’ils ont endurées et à l’évolution actuelle du traditionnel bouc émissaire.
    Juif originaire d’Afrique du Nord né après la guerre, je partage le pessimisme de Monsieur, voir la parano.
    A deux nuances près :
    – Pessimisme joyeux
    – Parano mais vivant !
    J’ai, sur ce sujet, écrit un petit essai concernant la condition des juifs contemporains que je serai heureux de vous offrir.

  3. éliane dit :

    Qui est cette Virginie, comment s’appelait-elle ? Mais attention, on ne dit pas chez nous une Goy, quelquefois une goyte mais surtout une « schikse »…

  4. Chère Virginie Goldgran, je viens de poser un commentaire à l’article de votre mari Laurent : merci de bien vouloir en prendre connaissance.
    Quant à vos propres propos, ils me paraissent tout à fait défendables et je vous en félicite.
    J’ai un neveu, en région parisienne, qui a épousé une goy il y’a une quinzaine d’années, et tout se passe bien, entre eux-mêmes et avec leurs enfants.
    Bon courage, à vous et à votre cher époux.

  5. Laurent Ribes dit :

    Madame Sarah Cattan,

    J’ai pris connaissance avec intérêt de votre écrit du 3 octobre 2018 « Un café avec Virginie Goldgran, la Goy la plus juive du monde. »

    Dans ses propos repris par vos soins, Madame Virginie Goldgran indique :

    « J’ajouterais, si vous me le permettez, mon sentiment personnel : celui ne pas avoir toujours été acceptée par la Communauté juive, j’en ai souffert.

    De cela, nous n’en parlons pas.

    Sarah Cattan- Mais si, Virginie, parlons-en ?

    Virginie Goldgran- …

    Cette difficulté, je l’ai rencontrée plus jeune, alors que j’avais une relation ( qui a duré deux ans) avec un Juif , un autre Laurent ( comme quoi, une sorte de pré destination !) .

    Si notre relation a échoué c’est en grande partie à cause de ses parents, très hostiles au fait que leur fils sorte avec une « goy ».

    J’ai appris plus tard que son père l’encourageait à me tromper avec des juives. »

    Ces propos suscitant tout au moins certaines interrogations de ma part, je me suis permis de vous contacter en vos locaux de la Tribune Juive.

    Je reste dans l’attente d’un retour de votre part.

    Cordialement

    Laurent Ribes

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