Humeur du jour. Une certaine idée de la République, par Khaled Slougui

Au vu des réactions à mes dernières chroniques, j’ai l’impression, au fond, d’être incompris. Bien sûr sans me renier, je dois quand même rectifier le tir. Oui! La subversion, la transgression, le dépassement, l’éradication, la neutralisation, l’impertinence sont des mots qui font partie de mon vocabulaire courant et habituel. Mais non ! je n’outrepasse pas le cadre républicain; je reste un légaliste patenté : la loi, toute la loi, rien que la loi. Tel est mon credo dans toutes les formations que je dispense, quel que soit par ailleurs le public auquel je m’adresse.

Cette précision est importante dans la mesure où aujourd’hui, l’enjeu c’est de réaffirmer avec force la supériorité de la loi civile sur la loi religieuse. Car d’aucuns, fussent-ils les pires des ténébreux, essaient, la mauvaise foi et le mensonge aidant, de poser une question qui n’a pas lieu d’être et qui est tranchée depuis longtemps : pourquoi la loi telle qu’elle existe, serait-elle ce qu’il y a de mieux ?

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Une certaine idée de la république m’amène à préciser mon positionnement en réaction à certaines déclarations. C’est ce que se propose l’HUMEUR d’aujourd’ui, à travers une synthèse de mes posts sur les réseaux sociaux.

Mon amie Sarah me juge déterminé et mesuré, j’ai l’intention de rester sur ce registre.

1- j’ai toujours dit, que les plus dangereux parmi les islamistes sont ceux qui empruntent la rhétorique républicaine pour mieux faire passer la pilule, en jouant double jeu et en usant du double discours. C’est, en l’espèce, le cas des demandes néoreligieuses qui se déclinent au nom de la liberté, de la laïcité mal comprise, de l’égalité utilitaire, de la fraternité hypocrite. Même si, en dernier ressort, l’objectif reste la remise en cause de l’ordre établi. En général, on invoque l’idée que les valeurs républicaines, la laïcité notamment, ne sont en fin de compte qu’un particularisme parmi d’autres, non applicables à tout le monde, en particulier les « musulmans ».

Non! On ne badine pas… Vous connaissez la suite.

2- Selon Tarek Oubrou,  » Il faut que l’histoire de France soit réécrite à la lumière de la présence musulmane aujourd’hui ».

L’entourloupe consiste à sous-entendre que la présence musulmane en France date de l’émergence de l’islamisme, c’est à dire grossomodo, après la révolution iranienne (1979).
Ce à quoi j’ai répondu :  » L’histoire ne se réécrit jamais. Et la France ne va pas changer de civilisation, n’en déplaise aux islamistes. Cela n’a rien a voir avec la présence musulmane qui ne date pas depuis la montée de l’islamisme en France. D’aucuns la remontent à l’ancien régime, et c’est ,sans doute, plus conforme à la réalité.

Enfin qui l’a investi pour parler au nom des musulmans? Pauvre bougre! Le problème, c’est qu’il conseille Jupiter.

C’est quand même incroyable! D’un côté, on veut imiter les pieux prédécesseurs (les salafs) d’il y a 14 siècles; de l’autre, on veut faire montre de modernisme en réécrivant l’histoire de France, en y introduisant un zest d’islam, pour l’adapter à la réalité d’aujourd’ui, réalité plus fantasmée, que corroborée par des faits dûments établis. En définitive, cette construction n’est rien d’autre que de la fourberie et de la roublardise.

3- Quant à Ghaleb Bencheikh, son objectif c’est « Réconcilier la nation tout entière avec sa composante islamique » (dans Marianne), ce à quoi j’ai répondu :

« Non monsieur! Je refuse votre communautarisme qui vous sert de marchepied pour des ambitions bassement mercantiles. La France est une et indivisible nous rappelle l’article 1 de la constitution. Et vous voulez la diviser sur la base du critère religieux? Cette composante n’existe que dans votre fantasme. De votre part, on s’attendrait a plus de discernement et de hauteur de vue ».

Je ne considère pas ce personnage comme un islamiste, ni comme un adversaire. Mais, moi je suis un anticommunautariste impénitent et irréconciliable, pas lui. Je suggère à partir de ce positionnement la dissolution de la FIF (Fédération de l’Islam de France), dont la création résulte d’une manoeuvre politicienne de Hollande de laquelle il n’a même pas tiré profit; son existence ne se justifie plus. Les musulmans n’ont point besoin de représentants, cela est étranger aux textes sacrés, le rapport a Dieu se passe de toute intermédiation du groupe; voila la religion vraie. Ceux qui tiennent à prendre en otage les « musulmans » sont en réalité mûs par des intérêts catégoriels : il s’agit de prendre sa part de la rente théologique (mon concept).

A mon niveau, je ne peux pas me contenter de déclarations. Les actes sont plus importants. Les « musulmans » ont besoin d’indifférence, pas de droit a la différence qui peut très vite dériver vers la différence des droits, c’est ce que cherchent les islamistes. Autre différence entre lui et moi, et de taille. Moi, je ne fréquente pas les frères musulmans, je les combats en toutes circonstances, dusse- je rester seul. Lui en revanche, est de tous les rassemblements islamistes avec un discours circonstancié. Il ne les a jamais dérangés ni eux, ni les obscurantistes du FLN avec qui il a d’excellents rapports.

Conclusion : BURHAN GHALIOUN, l’un des plus grands spécialistes du monde arabe a clairement expliqué que c’est moins le programme de l’islamisme que son radicalisme qui mobilise les masses et gagne leur confiance, alors que les idéologies concurrentes piétinent. Les masses sont beaucoup plus attirées par la dimension politique contestataire que par l’esprit de piété et la réconciliation avec la morale religieuse.

D’où la nécessité de les affronter sur le plan politique, au nom de la loi, d’être ferme sur les principes, en surmontant le laisser-aller, le laxisme, la démission, le clientélisme et les concession en tous genres.

En défaisant aussi le communautarisme, et en neutralisant les acteurs; c’est cela aussi « retrouver le réflexe laïque ».

Je vous souhaite un bon week end!

Je vous suggère de méditer ces vers qui sont de moi

« Je méprise
La joie de posséder
Le goût immodéré du pouvoir
La renonciation à la liberté
Le triomphe imbécile de l’avoir ».

Khaled Slougui

Khaled Slougui

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Publié dans France
Un commentaire pour “Humeur du jour. Une certaine idée de la République, par Khaled Slougui
  1. Nadia Lamm dit :

    Khaled Sloughi, merci pour votre courageuse défense du vrai et votre mobilisation persistante
    Votre poème vient d’un cœur pur et droit. Aussi sonne-t-il juste.

    Toute mon estime pour vous !

    Nadia Lamm

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