La littérature israélienne en 5 romans

L’Etat d’Israël est créé le 14 mai 1948. Il faudra attendre encore une dizaine d’années pour que la littérature reprenne ses droits, prenant ses distances par rapport aux célébrations national-sionistes. En effet, c’est dans les décombres des mythologies identitaires et des utopies qui ne résistent pas à la corruption de la pratique politique au quotidien, que vient à maturité une nouvelle génération d’écrivains israéliens dont les principaux épigones ont pour noms Amos Oz, Avraham B. Yehoshua et Aharon Appelfeld. Avec ces écrivains imprégnés de Kafka et de l’existentialisme qui vont à leur tour marquer d’une manière indélébile les lettres israéliennes, on passe de la célébration à l’interrogation, de la collectivité à l’individu, du héros à l’anti-héros.

La Bibliothèque nationale d’Israël, à Jérusalem. OTRS Wikimedia

A travers des formes complexes et souvent allégoriques, leurs récits explorent inlassablement des destins individuels pris dans les rets de la mémoire et de l’histoire. Leurs thématiques vont de la critique sociale à la quête individuelle, en passant par l’incommunicabilité, le désespoir et, bien sûr, la tragédie absolue de l’Holocauste. C’est Aharon Appelfeld qui a bâti l’essentiel de son œuvre sur le thème de la Shoah. Rescapé lui-même d’un camp de concentration en Roumanie où il fut déporté dans sa jeunesse, l’auteur de La Chambre de Mariana interpelle sans cesse les ténèbres du génocide juif dans une tentative quasi-désespérée de se libérer des fantômes de son propre passé. Dans son sillage, d’autres romanciers (notamment David Grossman) et poètes se sont saisis de ce sujet et tentent de restituer la barbarie et l’horreur à travers le regard des jeunes générations.

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Se libérer du politique

Or, le regard que portent ces jeunes générations d’Israéliens sur les tragédies de leur histoire est étonnamment dénué d’enthousiasme. Celles-ci réclament des récits sur l’içi et maintenant, mieux enracinés dans leur société urbanisée, féminisée, atomisée, multiculturelle. Elles feront éclater le monde littéraire hébraïque trop longtemps prisonnier d’un imaginaire dominant monolithique, patriarcal, ashkénaze et laïque, où il y avait peu de place pour la pluralité. Aussi, assiste-t-on à partir des années 1980 à une véritable révolution littéraire avec l’entrée en scène des femmes, des minorités sépharades, des Arabes israéliens, des immigrants d’Irak, du Yémen et de Syrie. Ils ont pour noms Amir Gutfreund, Orly Castel-Bloom, Sayed Kashua, Etgar Keret, Alona Kimhi, Alon Hilu, Judith Katzir, Ron Leshem, Anton Shammas, pour ne citer que les plus connus.

En l’espace de deux décennies, ces nouveaux venus ont changé profondément la littérature israélienne : ils ont diversifié les genres et renouvelé les thèmes en s’investissant dans l’existentiel et dans le quotidien. Ils ont surtout pris soin de se démarquer de leurs prédécesseurs en affichant leur vocation à ne pas être des intellectuels vis-à-vis du champ politique. « La littérature est une chose plus profonde que la politique », affirme la romancière Zeruya Shalev, proclamant l’entrée de la littérature hébraïque dans l’ère post-sioniste.

Sans pour autant abandonner définitivement l’engagement et la préservation de la mémoire, comme en témoigne Le Troisième temple par lequel nous avons ouvert ce panorama. Le questionnement de la tradition auquel s’y livre son romancier talentueux est aussi une forme de préservation de la mémoire. Yishaï Sarid de reprendre à son compte les propos du regretté Aharon Appelfeld définissant la mission du romancier israélien à travers l’idée qu’il se faisait de son propre travail: «  Je n’écris pas un livre. J’écris une saga du peuple juif. J’écris sur cent ans de solitude juive ».

La littérature israélienne en 5 romans

Rétrospective, d’Avraham B. Yehoshua. (Traduit de l’hébreu par Jean-Louis Allouche, Grasset, 2012, 480 pages, 22 euros)
Judas, d’Amos Oz. (Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Gallimard, 2016, 352 pages, 22 euros)
Un cheval entre dans un bar, de David Grossmann (Traduit de l’hébreu par Nicolas Weill, Seuil, 234 pages, 19 euros)
L’Histoire d’une vie, d’Aharon Appelfeld ( Traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, 2004, 240 pages, 19 euros)
Le Poète de Gaza (Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 2011, 224 pages, 20,30 euros)

Source : rfi.fr

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Publié dans culture

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