
À propos de vérité, nous savons que deux grands mensonges parcourent la planète : l’un est que des États intégristes, voire fanatiques, comme le Qatar, la Turquie, l’Iran et ses proxys, et le Pakistan s’agitent et distillent leur venin antisémite pour défendre les Palestiniens, alors qu’ils se moquent des Palestiniens et que la haine qu’ils exportent jusque dans les universités est vieille de treize siècles.
L’autre mensonge c’est que plus on attaque Israël et les Juifs, mieux c’est pour les Palestiniens. De sorte que beaucoup de gens naïfs ou de bonne foi, qui ont eu de la compassion pour les victimes de Gaza, savent que pour grossir cette compassion ils doivent être encore plus hostiles à Israël, qu’ils traitent alors de tous les noms — apartheid, État colonial ; peu importe que ces termes soient vrais ou non, ils croient que c’est bon pour les Palestiniens. Et, pour leur faire un cadeau encore plus beau, ils prennent l’insulte la plus grave et l’adoptent comme vérité : Israël a commis un génocide. C’est donc en toute bonté que ces gros naïfs répètent ce mantra, qui est une contre-vérité.
On peut penser que la vérité ne va pas se laisser faire
Bien sûr, elle intervient, et le résultat, c’est que les Palestiniens n’ont jamais été aussi coincés, et leur cause n’a jamais été à ce point dans le trou. Mais j’insiste sur le fait que, pour ces grands naïfs ou ces petits pervers, c’est par un surcroît de bonté qu’ils adoptent la thèse du génocide, qui d’ailleurs ne leur coûte rien.
Ce que j’en déduis ?
Si l’on peut, par bonté, faire du mal en étant sûr de faire le bien, il s’ensuit que le mal et les méchants ne disparaîtront jamais. Car même s’il ne restait que des gens pleins de bonté, ils pourraient prendre, par bonté, des positions abominables, comme de traiter les Juifs de complices de génocide, alors qu’ils en ont été les premières victimes.
Pourquoi vous parler de cela aujourd’hui ?
Figurez-vous qu’elle m’est venue à la suite du rituel de Roch Hachana, je parle du rituel fruité. On y mange de la pomme au miel pour faire le vœu d’une année douce. Et d’autres fruits encore, pour souhaiter que nos crédits ou nos mérites soient nombreux comme les grains de sésame ou de grenade.
Et parfois, on joue sur le nom du fruit, par exemple en mangeant une datte, tamar. On prend une moitié, non pas de la datte, mais du mot tamar : on prend tam, qui veut dire « achevé », et on fait le vœu, en mangeant une datte, que nos ennemis et les ennemis de Dieu soient achevés. Et l’on cite, comme chaque fois, un verset à l’appui, en l’occurrence : « Ou-resha’im ‘od énam » — « Des méchants, il n’y en aura plus. »
Or, nous avons vu tout à l’heure que des naïfs de bonne foi peuvent faire le mal par bonté, par supplément de compassion. Donc, c’est râpé. Cela n’empêche pas d’entendre ce vœu comme un soupir de souffrance : « Mon Dieu, quand est-ce qu’ils disparaîtront, ceux-là, qui nous prennent tant d’énergie, et rétrécissent notre horizon et nous forcent à scruter leur abrutissement et à surveiller ce qu’ils nous préparent ? »
Peut-on réfuter ces naïfs de façon rationnelle ?
Bien sûr, en leur disant : si vous inquiétez Israël, c’est mauvais pour les Palestiniens, car si Israël s’inquiète pour sa sécurité, il ne permettra rien. Et sûrement pas un État islamiste de plus.
Mais les arguments rationnels ne marquent pas les esprits totalement dévoués au bien, à leurs bons sentiments, c’est-à-dire, en fait, à leur complaisance narcissique. Il n’y a pas de limite dans la passion de se plaire : elle est irrationnelle.
Donc, il y aura toujours des antisémites, des gens qui s’idolâtrent eux-mêmes quand ils sont persuadés d’être dans la vérité, et qui n’ont donc pas à la chercher. Et ce sont bien des ennemis de Dieu, s’il n’est autre que l’infini des possibles. Ce sont des gens qui veulent eux-mêmes définir le possible et bien l’encadrer dans leur idéologie.
Même en milieu juif, il y en a, parce qu’il y en a toujours qui vous en veulent non pas parce que vous avez fait ceci ou cela, mais parce que vous existez et qu’eux-mêmes doutent fort de leur existence. C’est cela, le noyau de la vindicte antijuive, qu’on trouve aussi bien chez les Juifs.
Maintenant, remarquons que tous ces souhaits qu’on fait au Nouvel An sont introduits par une formule intéressante : « Que ce soit un désir de devant l’Éternel que cette année soit bonne, que les méchants disparaissent », etc. En français simple, cela donnerait : « Veuille l’Éternel que ceci et cela. » Ou, plus simplement : « Dieu veuille que… » On demande à Dieu de vouloir ce que nous voulons. Et nous oublions que ça implique tout un travail, et un dialogue fréquent avec l’infini des possibles, pour faire en sorte que le destin nous trouve crédibles, car c’est ça, la multiplication de nos crédits.
« Dieu veuille que » est une formule étrange et simple.
Oui, à entendre de deux manières : ou bien Dieu est une instance personnelle et on est en train d’essayer de convaincre une personne, certes géante, mais qui a la même psychologie que nous ; ou bien Dieu, c’est l’être infini des possibles. Et, dans ce cas, « Dieu veuille » est un appel adressé à nous-mêmes, presque sous forme de question : suis-je capable de faire que mon désir s’intègre dans l’infini des possibles et qu’il acquière, par là, une force qui me dépasse ? Suis-je capable de me dépasser dans ce sens et de féconder des choses qui m’échappent, et d’être en résonance avec le hasard divin au point de l’accueillir quand il est favorable ?
Voilà la question et le défi. Le sens des vœux, c’est le désir d’être lié à ses points d’inspiration qui, après coup, auront fait partie du divin. « Que ce soit un vœu du divin » signifie : que notre vœu trouve son ancrage aux limites de l’humain, du côté du divin, que notre désir se rappelle à ses points d’inspiration.
Et justement, cette fête est aussi celle du souvenir ; c’est écrit comme cela en toutes lettres dans la Torah. Souvenir de quoi ? De la création du monde, d’abord. Et ça fait drôle, puisque nous n’y étions pas. Mais c’est un souvenir d’avenir et non pas du passé : c’est le souvenir ou le rappel de ceci, qu’on fait partie de la création du monde, qu’on y prend part, que chaque fois que nous commençons quelque chose qui compte pour nous, nous sommes appelés à être créateurs.
Et y a-t-il un autre souvenir à avoir ?
Un deuxième souvenir, c’est la ligature d’Isaac : on entend dans le shofar le souffle parcourant les cornes du bélier qui a permis à Abraham d’éviter un acte fou, évitement fondateur de notre filiation. Je vous laisse le soin de montrer que c’est un symbole d’espérance.
Et il y a bien sûr d’autres choses à se rappeler ; par exemple, se rappeler de revenir à soi, à sa question d’existence essentielle : que suis-je en train de faire sur cette terre ? Les choix que j’ai faits sont-ils vraiment à la hauteur de cette question ?
Daniel Sibony


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