De la peinture aux cabarets de Saint-Germain-des-Prés, un spectacle musical nous invite à redécouvrir le Gainsbourg des débuts, avant que la légende ne s’écrive en lettres capitales.

Il y a le Gainsbourg que tout le monde croit connaître : provocateur, séducteur, génial, parfois sulfureux, devenu au fil du temps une véritable icône de la chanson française. Et puis il y a celui des débuts, plus fragile, plus hésitant, encore en quête de sa voix et de sa place. C’est ce Serge Gainsbourg-là que « Gainsbourg en confidence » choisit de faire revivre.
Le spectacle nous ramène dans le Saint-Germain-des-Prés des années 1955 à 1965, à l’époque où les cabarets constituent encore le cœur battant de la création artistique parisienne. Une décennie foisonnante, où se croisent écrivains, musiciens, comédiens et chanteurs, dans une atmosphère de liberté et d’effervescence qui semble aujourd’hui appartenir à un autre monde.
Serge Gainsbourg vient alors de renoncer à la peinture. Il choisit la chanson, mais cette nouvelle carrière n’a rien d’une évidence. Entre l’exigence d’une écriture raffinée et les sirènes d’une musique plus populaire portée par l’arrivée des yéyés, il cherche son chemin. Faut-il rester fidèle à une certaine idée de la chanson d’auteur ou se laisser emporter par la vague qui bouleverse la jeunesse française ?
C’est cette période de transition, aussi passionnante qu’inconnue, que le spectacle explore à travers une trentaine de chansons, certaines écrites pour lui-même, d’autres composées ou imaginées pour d’autres interprètes.
Gainsbourg, avant Gainsbourg
Au fil du spectacle, la voix de Jean-Michel Lamazou se mêle au piano de Bernard Menu, qui signe également les arrangements. Loin de figer les compositions dans leur écrin d’origine, celui-ci les revisite avec une liberté toute en finesse, bousculant parfois les versions originales sans jamais les trahir.
Mais « Gainsbourg en confidence » n’est pas simplement un concert. C’est aussi une conversation avec un artiste en devenir.
Les chansons sont ponctuées d’anecdotes, de courts textes et d’extraits d’interviews donnés par Gainsbourg au début de sa carrière. Une manière de laisser l’artiste parler de lui-même, avec ses mots, ses contradictions, son humour et déjà cette personnalité singulière qui allait bientôt devenir légendaire.
La narration s’organise autour de différents thèmes : les femmes, l’amour, le physique, le dandysme, les yéyés… Autant de portes d’entrée dans l’univers du jeune Gainsbourg, qui permettent de comprendre comment s’est construit, chanson après chanson, celui qui allait devenir l’un des auteurs-compositeurs les plus marquants de la chanson française.
Une plongée dans un Gainsbourg encore confidentiel
Ce qui séduit dans ce spectacle, c’est précisément cette volonté de revenir en arrière, avant les grandes provocations, avant les excès, avant l’image publique. De retrouver un Gainsbourg qui travaille, observe, doute, compose et cherche.
« Gainsbourg en confidence » propose ainsi davantage qu’un hommage : une plongée dans les années de formation d’un artiste, dans cette période où rien n’est encore écrit et où tout reste possible.
Un voyage musical dans un Paris disparu, celui des cabarets, des nuits de Saint-Germain-des-Prés et des artistes qui inventaient leur époque.
Une façon de retrouver Gainsbourg avant qu’il ne devienne Gainsbarre.
Sylvie Bensaid

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