Munich 1972 : le jour où les Jeux olympiques ont basculé dans l’horreur

Le 5 septembre 1972, les Jeux olympiques de Munich devaient incarner une Allemagne nouvelle, démocratique, pacifique, débarrassée des fantômes du nazisme. En quelques heures, le rêve s’est transformé en cauchemar. Onze membres de la délégation israélienne et un policier allemand allaient être tués. Cinquante-quatre ans plus tard, Munich reste l’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire contemporaine d’Israël et un terrible révélateur des failles de l’Allemagne de l’après-guerre.

Il y avait, dans les Jeux de Munich, une volonté presque symbolique : montrer au monde une autre Allemagne. Vingt-sept ans seulement après la chute du régime nazi, la République fédérale voulait offrir le visage d’un pays moderne, ouvert et pacifique. Les cérémonies avaient été pensées dans cet esprit, loin de la mise en scène grandiose et militarisée des Jeux de Berlin de 1936.

Et puis, au matin du 5 septembre, tout s’est effondré.

À l’aube, huit membres du groupe palestinien Septembre noir pénètrent dans le village olympique. Ils prennent pour cible les appartements de la délégation israélienne. Onze Israéliens sont pris en otage : des sportifs, des entraîneurs, des arbitres et des responsables de l’équipe. Deux d’entre eux sont assassinés dès les premières heures.

Le monde découvre alors, presque en direct, une situation totalement inédite : le terrorisme vient de faire irruption au cœur même des Jeux olympiques.

Une prise d’otages devant les caméras du monde entier

Les terroristes exigent notamment la libération de prisonniers palestiniens détenus en Israël. Pendant des heures, les négociations s’enchaînent. Les images des otages, des policiers allemands et des journalistes massés autour du village olympique sont diffusées dans le monde entier.

La télévision transforme Munich en une gigantesque scène de théâtre.

Mais derrière les images, neuf otages sont toujours retenus.

Les autorités allemandes décident finalement de tenter une opération de sauvetage sur la base aérienne de Fürstenfeldbruck. Elle tourne à la catastrophe. L’opération est mal préparée, les forces engagées sont insuffisamment équipées et les conditions d’intervention sont désastreuses.

Au terme de cette nuit tragique, les neuf otages encore vivants sont tués.

Au total, douze personnes sont assassinées : onze membres de la délégation israélienne et un policier bavarois.

Le rêve olympique vient de se fracasser.

Et à Munich, plus d’un demi-siècle après les faits, les images de cette journée restent saisissantes. Mais derrière elles demeure surtout une tragédie humaine : celle de onze Israéliens assassinés parce qu’ils étaient Israéliens, dans une Allemagne qui voulait précisément montrer au monde qu’elle était devenue autre.

Pour les familles des victimes, Munich ne s’est jamais terminé le 6 septembre 1972.

Pendant des décennies, elles ont vécu avec le deuil, mais aussi avec le sentiment que l’Allemagne ne leur avait pas donné toutes les réponses. Elles voulaient comprendre comment une opération de sauvetage aussi mal préparée avait pu conduire à la mort des neuf otages encore vivants. Elles réclamaient l’accès aux archives, la reconnaissance des responsabilités allemandes et une indemnisation qu’elles estimaient insuffisante.

Devant le bâtiment de la prise d’otages des athlètes israéliens, Munich (Allemagne). ProhibitOnions, CC BY-SA 3.0/Wikipédia.

Le temps n’a pas apaisé cette colère. Il l’a au contraire transformée en un combat pour la mémoire et la vérité.

En 2017, quarante-cinq ans après le massacre, un mémorial consacré aux victimes a enfin été inauguré dans le parc olympique de Munich. Un lieu tardif, mais essentiel : pour la première fois, les onze membres de la délégation israélienne étaient présentés non plus seulement comme les victimes d’un attentat, mais comme des hommes, des sportifs, des entraîneurs et des professionnels ayant chacun une histoire.

Puis, à l’approche du cinquantième anniversaire, le conflit entre les familles et les autorités allemandes a atteint son paroxysme. En septembre 2022, après de longues négociations, l’Allemagne a accepté de verser 28 millions d’euros aux familles. Surtout, le président Frank-Walter Steinmeier a reconnu publiquement les défaillances de l’État allemand et demandé pardon.

Il aura donc fallu un demi-siècle pour que l’Allemagne affronte pleinement les trois blessures de Munich : l’échec de la protection, l’échec du sauvetage l’échec et pendant descentes, l’échec de la reconnaissance.

Sylvie Bensaid

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