La France sous Chávez

Mai 2027

Jean-Luc Mélenchon est élu président de la République.
Ce qui passait hier encore pour une chimère vient de se produire.
La révolution citoyenne entre à l’Élysée.

Mélenchon ne nous avait pourtant pas caché ses références. La révolution bolivarienne de Chávez était, disait-il, une « source d’inspiration ». Il ajoutait même :

« Ce n’est qu’une préfiguration de ce qui se passera ici. » (Melenchon)

Nous y sommes.

Les premières mesures tombent.

Retraite à 60 ans.
Hausse du SMIC.
Augmentation des traitements.
Embauches publiques.
Prestations nouvelles.
Blocage des prix.
Nationalisations ou prises de contrôle dans certains secteurs stratégiques.
Impôt sur le patrimoine.
Impôt sur les successions.
Impôt sur les hauts revenus.

Qui paiera ?

Les riches.

Évidemment.

Mais qu’est-ce qu’un riche ?

4 000 euros par mois, comme le prétendait Hollande le démago ?

On commence par Bernard Arnault.

Puis François Pinault.

Bolloré, lui, a droit à un traitement particulier : ce n’est plus seulement un milliardaire, c’est l’ennemi médiatique.

Et puis il y a Matthieu Pigasse.

Le banquier engagé.

Le milliardaire de gauche.

Le spécialiste autoproclamé des États en faillite.

L’homme qui aime expliquer que la dette peut être restructurée, que les créanciers doivent prendre leur part des pertes et que les peuples ne doivent pas payer pour les erreurs des marchés.

Pigasse s’est aussi intéressé au Venezuela en faillite, dans cette grande tradition des conseillers et des financiers qui savent accompagner les régimes ayant dépensé plus qu’ils ne pouvaient payer.

Quelle chance pour la France !

Lorsque le pays commencera à manquer d’argent, Mélenchon pourra donc appeler Pigasse.

Après tout, il connaît les États en difficulté.

Il sait comment négocier avec les créanciers.

Il connaît les restructurations.

Il maîtrise les mécanismes de la dette.

Il a fréquenté les banques, les gouvernements et les grandes fortunes.

Il saura certainement expliquer aux Français pourquoi les marchés sont méchants.

Il saura aussi leur annoncer que les marchés ont finalement raison de demander des taux plus élevés.

Et peut-être même leur présenter la facture du redressement.

On imagine déjà la scène.

Pigasse arrive à Bercy.

Il pose son attaché-case sur la table.

Il regarde les comptes.

Il demande :

« Combien avez-vous promis ? »

On lui répond :

« Tout. »

« Et combien avez-vous ? »

« Rien. »

Alors Pigasse sourit.

Il connaît ce genre de situation.

Il commence par parler de souveraineté.

Puis de justice sociale.

Puis de créanciers rapaces.

Puis de restructuration.

Mais, à la fin, il faudra bien faire les comptes.

Et les comptes ne se paient pas avec des éditoriaux.

On explique que quelques centaines de familles confisquent la richesse du pays.

On promet de la leur reprendre.

Formidable.

Le problème est qu’une fois Arnault, Pinault, Pigasse et les autres milliardaires pressurés, il reste encore un État gigantesque à financer.

Alors le riche descend d’un étage.

Le grand patron.

Puis le chef d’entreprise.

Puis le chirurgien.

Puis le cadre supérieur.

Puis le propriétaire.

Puis le retraité qui possède son appartement.

Plus l’État manque d’argent, plus le riche devient pauvre.

Et l’argent commence à partir.

Les fortunes les plus mobiles déplacent leurs actifs.

Les investissements sont suspendus.

Des sièges sociaux déménagent.

Les entrepreneurs cessent d’investir.

Les recettes fiscales attendues ne rentrent pas.

Pendant ce temps, les dépenses augmentent.

La France part déjà avec une dette publique de 115,7 % du PIB et un déficit supérieur à 5 % du PIB. (Insee)

Et voilà le piège.

LES PRÊTEURS PEUVENT FUIR

La France emprunte continuellement.

Pour financer son déficit.

Mais aussi pour rembourser les emprunts anciens arrivant à échéance en en émettant de nouveaux.

Cela fonctionne tant que quelqu’un veut acheter.

Or personne n’est obligé de prêter à Jean-Luc Mélenchon.

Le fonds américain peut acheter allemand.

L’assureur japonais peut acheter néerlandais.

La banque suisse peut réduire ses obligations françaises.

Le gestionnaire anglais peut vendre.

Et le prêteur qui accepte de rester peut simplement dire :

« D’accord. Mais maintenant je veux beaucoup plus cher. »

Les taux montent.

Le cours des obligations françaises baisse.

Le coût des nouveaux emprunts augmente.

La charge d’intérêts s’alourdit.

Il faut emprunter davantage pour financer un déficit qui s’aggrave.

Les prêteurs deviennent encore plus méfiants.

Ils demandent encore plus cher.

Ou ils partent.

Voilà l’engrenage.

Et puis arrive quelque chose que les grands théoriciens de la révolution oublient toujours.

La fin du mois.

Il faut payer les fonctionnaires.

Il faut verser les pensions des retraités du public.

Il faut payer les fournisseurs.

Il faut faire tourner les hôpitaux.

Les écoles.

La police.

La justice.

Avec quoi ?

Pas avec un discours.

Pas avec un meeting.

Pas avec un tweet.

Avec des euros.

Et soudain la dette cesse d’être un concept pour économistes.

Le fonctionnaire regarde son compte.

Le retraité du public regarde son compte.

Le fournisseur attend son virement.

Et Mélenchon découvre quelque chose que Chávez ne connaissait pas :

la France ne possède même pas sa planche à billets.

L’euro est à Francfort.

ALLO, L’EUROPE ?

Alors commence le paradoxe magnifique.

Le pouvoir élu pour tenir tête à Bruxelles appelle Bruxelles au secours.

La révolution citoyenne téléphone à la BCE.

Et Berlin comprend immédiatement l’enjeu.

Car la France n’est pas la Grèce.

On pouvait laisser planer la menace d’un défaut grec.

Avec la France, le jeu devient autrement dangereux.

La dette française se compte en milliers de milliards.

Les banques françaises sont parmi les plus importantes d’Europe.

Notre économie est intimement liée à l’Allemagne, à l’Italie, à l’Espagne, à la Belgique et au reste du continent.

Une crise française majeure provoquerait un choc dans toute la zone euro et pourrait contaminer beaucoup plus largement le système financier mondial.

Les institutions européennes et internationales auraient donc une raison puissante d’empêcher l’incendie de se propager.

Notre seul espoir serait notre obésité.

La France serait trop grosse pour être abandonnée.

Mais aussi tellement grosse qu’elle serait extraordinairement difficile à sauver.

Alors arriveraient les sauveteurs.

BCE.

Commission européenne.

Gouvernements européens.

Peut-être FMI.

Et avec eux, les conditions.

Réduisez les dépenses.

Rétablissez les comptes.

Abandonnez certaines promesses.

Rassurez les investisseurs.

Autrement dit :

faites exactement le contraire de ce pour quoi vous avez été élus.

Voilà le moment de vérité.

MÉLENCHON RECULE OU IL SE RADICALISE

S’il recule, il devient François Mitterrand en 1983.

La révolution est terminée.

Ses électeurs hurlent à la trahison.

Mais s’il refuse ?

Alors il lui faut expliquer pourquoi tout va mal.

Et un pouvoir idéologique possède toujours cette ressource merveilleuse :

les coupables.

Les milliardaires.

Arnault.

Pinault.

Pigasse, qui découvrira peut-être que le spécialiste des États en faillite n’aime pas beaucoup voir son propre pays rejoindre la liste.

Bolloré.

Les banques.

Les marchés.

Bruxelles.

L’Allemagne.

La BCE.

Les médias.

Les patrons.

Les « oligarques ».

Et pourquoi pas bientôt les « sionistes », ce mot suffisamment élastique pour désigner à la fois Israël, ses soutiens et tous ceux que certains militants auront envie de ranger derrière l’étiquette ?

Nous sommes ici dans la politique-fiction.

Mais la mécanique, elle, est vieille comme le monde :

quand l’expérience échoue, ce n’est jamais l’expérience qui est coupable. Ce sont ses ennemis.

LES GROS MALINS PAVOISENT

Pendant quelques semaines encore, une partie de la gauche exulte.

Enfin !

Le grand soir.

Les bourgeois tremblent.

Bolloré est maté.

Les milliardaires dégagent.

La finance est vaincue.

Les éditorialistes progressistes expliquent doctement que les marchés devront bien s’incliner devant le peuple français.

Pigasse, lui, donne des conférences sur la nécessité de sauver la France de la finance.

On pavoise pendant que le pays se dégrade.

Et puis les choses deviennent concrètes.

Les commerces ferment.

Les entreprises licencient.

L’immobilier chute.

Le crédit se raréfie.

Les retraites inquiètent.

Les services publics commencent eux-mêmes à manquer d’argent.

Et là, soudain, chez nos bourgeois révolutionnaires de salon, un doute apparaît.

Quoi ?

C’était pour de vrai ?

Mais enfin, nous, c’était intellectuel !

C’était Sartre.

C’était la révolution entre la poire et le fromage.

C’était formidable de parler de confiscation des patrimoines depuis un appartement du XIe arrondissement.

Mais notre maison ?

Notre portefeuille ?

Notre résidence secondaire ?

Notre retraite ?

Notre petit capital ?

Et surtout :

comment va-t-on passer l’été dans le Luberon ?

Que devient la maison de l’île de Ré ?

Le restaurant où nous avons nos habitudes ?

Les enfants pourront-ils toujours partir à New York ?

Le grand soir, certes.

Mais pas pendant les vacances.

Nos bobos découvrent avec effarement qu’une révolution ne respecte pas les résidences secondaires.

Ils sont tout marris.

Ils avaient commandé la révolution.

Ils découvrent la facture.

Même Pigasse pourrait alors se retrouver dans une situation délicate.

Car il y a une différence entre conseiller la restructuration de la dette d’un État lointain et voir son propre pays au bord du défaut.

Il est facile de réclamer que les créanciers paient lorsque l’on parle d’un autre pays.

Il est plus difficile de regarder ses propres placements, ses propres banques et ses propres entreprises perdre de la valeur.

Le spécialiste des États en faillite découvrirait peut-être que le redressement d’un pays ne consiste pas seulement à dénoncer les marchés.

Il faut aussi réduire les dépenses.

Augmenter les recettes sans tuer l’économie.

Rétablir la confiance.

Accepter l’impopularité.

Et expliquer à ses amis que la facture est pour eux aussi.

ET PUIS LE POUVOIR SE DURCIT

Car il reste un problème.

Les Français protestent.

Les chefs d’entreprise manifestent.

Les agriculteurs bloquent.

Les retraités descendent dans la rue.

Une partie des fonctionnaires s’inquiète.

Les opposants remplissent les places.

Les médias hostiles enquêtent.

Les sondages s’effondrent.

Que fait alors un pouvoir persuadé de représenter le peuple contre les puissants ?

C’est ici que notre scénario devient réellement chaviste.

Le pouvoir commence par dénoncer la presse.

Pas la presse, naturellement.

« Les médias des milliardaires. »

Bolloré devient l’obsession.

Puis les autres.

Pigasse, lui, bénéficie d’un traitement plus subtil.

Il n’est pas seulement un financier.

Il est un financier qui parle à gauche.

Il peut donc être présenté tour à tour comme un allié utile, un traître opportuniste ou un expert suspect, selon la direction du vent.

Pourquoi laisser quelques propriétaires privés « manipuler l’opinion » ?

On renforce les règles.

On multiplie les contrôles.

On menace les fréquences.

On examine les concessions.

On utilise les autorités administratives.

On crée de nouvelles obligations au nom du pluralisme.

Tout cela peut parfaitement être présenté comme démocratique.

Le résultat, lui, est simple :

les journalistes comprennent très vite jusqu’où ils peuvent aller.

On ne ferme pas nécessairement les journaux.

On leur apprend à se tenir tranquilles.

C’est beaucoup plus moderne.

ET LA RUE ?

Elle ne reste pas vide.

Face aux manifestations hostiles apparaissent les contre-manifestations.

Puis les services d’ordre.

Puis les « collectifs citoyens ».

Puis les groupes de militants décidés à protéger la révolution contre les « factieux ».

Officiellement, le pouvoir condamne toute violence.

Bien sûr.

Mais curieusement, certains violents semblent toujours trouver beaucoup d’indulgence lorsqu’ils frappent dans la bonne direction.

Les opposants parlent de milices.

Le gouvernement s’indigne du mot.

Pendant ce temps, les coups partent.

Les permanences sont attaquées.

Des réunions sont empêchées.

Des journalistes sont pris à partie.

Des entrepreneurs sont désignés publiquement.

Des personnalités doivent être protégées.

Les plus excités deviennent les tontons macoutes de la révolution citoyenne.

Pas besoin qu’ils portent un uniforme.

Ils ont les réseaux sociaux.

PUIS VIENT LA CORRUPTION

Elle aussi arrive toujours sous un joli nom.

Pas la corruption vulgaire avec une enveloppe sous la table.

La corruption révolutionnaire.

Les amis obtiennent les postes.

Les fidèles dirigent les organismes.

Les associations proches reçoivent les subventions.

Les entreprises conciliantes obtiennent les marchés.

Les médias favorables bénéficient de la sollicitude du pouvoir.

Les autres attendent.

Peu à peu, la frontière entre l’État, le parti et les militants devient poreuse.

Ce n’est jamais présenté comme du favoritisme.

C’est la défense de la révolution.

Et Pigasse pourrait alors devenir l’homme providentiel.

Le conseiller qui connaît les marchés.

Le négociateur qui sait parler aux créanciers.

Le financier capable de rassurer les investisseurs.

On lui confierait une mission de redressement.

Il faudrait alors voir ce que deviendrait le héros de la gauche mondaine lorsqu’il faudrait annoncer :

la retraite ne restera pas à 60 ans pour tout le monde ;

les salaires publics ne pourront pas augmenter indéfiniment ;

les prestations devront être ciblées ;

les impôts ne pourront pas être relevés sans limite ;

les entreprises devront être ménagées ;

les nationalisations coûteront cher ;

et les créanciers ne se contenteront pas de promesses.

Le spécialiste des États en faillite aurait enfin l’occasion de redresser son propre pays.

Mais il découvrirait peut-être que les Français ne sont pas plus faciles à convaincre que les marchés.

ET LES LIBERTÉS ?

Elles ne disparaissent pas un mardi matin.

C’est beaucoup plus subtil.

Une manifestation interdite ici pour risque de trouble à l’ordre public.

Une chaîne sanctionnée là.

Un entrepreneur fiscalement contrôlé.

Une association dissoute.

Un opposant poursuivi après un dérapage.

Une loi contre les « fausses informations ».

Une nouvelle réglementation des réseaux sociaux.

Toujours une excellente raison.

Toujours un texte juridique.

Toujours un professeur de droit sur un plateau pour expliquer que la démocratie fonctionne parfaitement.

Et, petit à petit, le citoyen comprend.

Il peut encore parler.

Mais certaines paroles coûtent plus cher que d’autres.

Voilà comment un pays libre commence à prendre de mauvaises habitudes.

Pas nécessairement par un coup d’État.

Par mille petits renoncements.

CHÁVEZ AVAIT LE PÉTROLE

C’est finalement ce qui rendrait l’expérience française plus dangereuse encore.

Chávez possédait une rente extraordinaire.

Il pouvait acheter du temps.

Mélenchon, lui, hériterait d’un pays dont la dette atteignait déjà 115,7 % du PIB en 2025, avec des finances dont le FMI souligne encore en 2026 la fragilité et la nécessité d’un redressement. (Insee)

Il devrait donc emprunter son temps.

Et ceux qui prêtent peuvent partir.

Alors notre salut viendrait peut-être de l’extérieur.

Non par amour de la France.

Par peur de sa chute.

Parce qu’un effondrement français menacerait l’euro, les banques européennes et provoquerait une onde de choc financière internationale.

La France serait trop grosse pour tomber tranquillement.

Le monde tenterait donc probablement de la retenir.

Mais il présenterait la facture.

ET SI LES SAUVEURS VENAIENT D’AILLEURS ?

Mais il existe une autre hypothèse.

Si l’Europe renâclait, si la BCE imposait des conditions jugées insupportables par le pouvoir français, si les investisseurs occidentaux réduisaient leur exposition, d’autres pourraient avancer leurs pions.

Le Qatar.

L’Arabie saoudite.

La Chine.

Et, dans une moindre mesure mais avec une portée politique évidente, l’Algérie.

Il ne s’agirait pas nécessairement d’un « sauvetage » officiel.

Il suffirait qu’ils accroissent leurs achats de dette française, leurs participations dans nos entreprises, leurs investissements immobiliers, industriels ou stratégiques.

Le Qatar et l’Arabie saoudite disposent de fonds souverains considérables.

La Chine, elle, joue dans une autre dimension encore, financière, industrielle et commerciale.

Et chacun sait qu’un pays affaibli négocie moins bien.

Celui qui a besoin d’argent écoute davantage celui qui peut en fournir.

Alors viendraient les prêts.

Les participations.

Les contrats énergétiques.

Les prises de capital.

Les investissements dans les infrastructures.

Les ports.

Les télécommunications.

L’industrie.

L’immobilier.

Peut-être certains médias.

Peut-être certaines entreprises stratégiques.

Officiellement, rien ne serait perdu.

On parlerait de partenariat.

D’attractivité.

D’investissements étrangers.

De confiance retrouvée.

Mais avec l’argent vient toujours l’influence.

Une demande diplomatique devient plus difficile à refuser.

Un vote international devient plus délicat.

Une réglementation peut devenir négociable.

Un contrat peut peser sur une décision.

Une puissance étrangère qui détient une part croissante de vos actifs ne vous donne pas nécessairement des ordres.

Elle n’en a même pas besoin.

Vous savez ce qu’elle attend.

Et voilà comment le vieux pays qui fut le phare du monde pourrait commencer à dépendre de ceux à qui il demande de financer ses fins de mois.

Quarante-cinq ans de gabegie sous la France administrée auraient conduit à ce paradoxe magnifique :

un État qui voulait tout contrôler chez lui finirait par dépendre davantage de l’argent venu d’ailleurs.

Quarante-cinq ans à empiler les dépenses.

Quarante-cinq ans à différer les réformes.

Quarante-cinq ans à croire que l’on pourrait éternellement financer le présent avec l’argent du futur.

Et lorsque le futur arriverait enfin, nous découvririons que la dette n’est pas seulement une question comptable.

C’est aussi une question de souveraineté.

Le Qatar ne financerait pas la France par amour de Montesquieu.

L’Arabie saoudite ne le ferait pas par admiration pour Victor Hugo.

La Chine ne le ferait pas pour sauver la République.

L’Algérie ne le ferait pas sans penser à son propre rapport de force avec Paris.

Ils défendraient leurs intérêts.

C’est parfaitement normal.

Le problème serait que nous ne serions plus en position de défendre les nôtres avec la même liberté.

La France ne serait peut-être pas colonisée.

Elle ne serait peut-être même pas officiellement sous tutelle.

Elle serait simplement moins libre de dire non.

Et dans les relations internationales, c’est déjà beaucoup.

Et le président qui voulait libérer la France des marchés se retrouverait devant Bruxelles, Francfort, Berlin et peut-être Washington à négocier les conditions de notre sauvetage.

Il pourrait alors appeler Pigasse.

Le spécialiste des États en faillite.

Le financier qui connaît les créanciers.

Le conseiller qui sait comment présenter une défaite comme une restructuration responsable.

Pigasse expliquerait que la France n’est pas en faillite.

Elle est en « transition ».

Que les sacrifices ne sont pas des sacrifices.

Ce sont des « ajustements ».

Que la perte de souveraineté n’est pas une perte de souveraineté.

C’est une « coordination internationale ».

Et que la hausse des impôts n’est pas une hausse des impôts.

C’est une « contribution exceptionnelle au redressement national ».

Il nous resterait alors à contempler le résultat.

Un pays appauvri.

Une société fracturée.

Des capitaux partis.

Une dette écrasante.

Une liberté écornée.

Une rue violente.

Et les derniers bourgeois révolutionnaires cherchant désespérément un billet pour l’île de Ré.

Mélenchon nous avait pourtant prévenus :

la révolution bolivarienne était une « source d’inspiration ». (Melenchon)

Il aurait simplement oublié de préciser une chose.

Chávez avait le pétrole.

Pigasse avait l’expérience des États en faillite.

Et nous avions seulement la France.

Paul Germon

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