Si tu penses bien
de Géraldine Nakache
avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié

Ce qui est intéressant, c’est d’abord le changement de registre de Géraldine Nakache.
Après Tout ce qui brille, Nous York et J’irai où tu iras, elle quitte la comédie et s’attaque à un sujet beaucoup plus sombre :
L’emprise psychologie dans le couple.
Et ce virage n’a rien d’un simple exercice de style.
Le film raconte la rencontre de Gil, interprétée par Monia Chokri, et Jacques, joué par Niels Schneider. Au départ, c’est l’évidence amoureuse : le coup de foudre, la confiance, l’impression d’avoir enfin rencontré la bonne personne. Puis, presque imperceptiblement, Jacques prend le contrôle de la vie de Gil.
C’est justement cette progression insidieuse qui semble être la grande force du film. Géraldine Nakache ne choisit pas nécessairement le spectaculaire. Elle s’intéresse davantage aux petits déplacements : une remarque, une inquiétude présentée comme de l’amour, une décision prise à la place de l’autre… Jusqu’au moment où la victime ne sait plus très bien si elle pense encore par elle-même.

J’aime particulièrement le titre, Si tu penses bien, qui devient progressivement glaçant. Cette phrase, apparemment rassurante, contient en réalité tout le mécanisme de domination : si quelque chose va mal, c’est parce que tu penses mal. La violence n’est plus seulement dans les actes, elle s’installe dans la tête.

Monia Chokri semble particulièrement juste dans ce rôle de femme qui se transforme sans que le spectateur puisse immédiatement mesurer ce qui lui arrive. Quant à Niels Schneider, il paraît prendre à contre-pied son image habituelle : son personnage n’est pas un monstre immédiatement identifiable, mais un homme séduisant, rassurant, presque irréprochable en apparence. C’est précisément ce qui le rend inquiétant.
Le film a d’ailleurs été bien accueilli à Cannes, où il était présenté dans la section Cannes Première. Le Festival souligne lui-même la curiosité suscitée par ce changement de registre de Nakache et l’accueil enthousiaste réservé à la projection.
Si tu penses bien est probablement le film le plus audacieux de Géraldine Nakache.
Elle prend le risque de dérouter ceux qui l’aiment pour son univers de comédie et de complicité féminine. Mais ce risque est précisément ce qui rend le film intéressant.
Ce n’est pas seulement un film sur un homme manipulateur et une femme sous emprise. C’est un film sur la manière dont on peut progressivement confondre amour et contrôle, protection et possession, confiance et renoncement de soi.
Et surtout, Géraldine Nakache semble avoir compris quelque chose de très juste : l’emprise commence rarement par la violence. Elle commence souvent par la séduction.
A voir des le 16 septembre
Sylvie Bensaid

Poster un Commentaire